Un cri du coeur - La lâcheté des gouvernements à Kanesatake
Pierrette Nicholas - Résidante de Kanesatake depuis 40 ans
4 décembre 2004
L'exaspération me force à vous écrire cette lettre. Depuis le 12 janvier 2004, notre vie a changé totalement (la mienne et celle de ma famille), et il y en a quantité d'autres qui souffrent en silence.
M. Jacques Chagnon a commis une erreur irréparable en laissant les bandits, les vendeurs de drogue, les criminels dominer un groupe de policiers qualifiés qui venaient enfin mettre un terme à la criminalité dans notre communauté. Ont suivi la vengeance, les gestes d'intimidation, le harcèlement, le vandalisme, la terreur, la prise en otage de la communauté, les vols, les incendies criminels [...]. Cela dure depuis maintenant 11 mois. Quelle lâcheté des gouvernements.
Les politiciens préfèrent croire les criminels de Kanesatake au lieu de croire les membres de la population qui ont fait des plaintes à répétition, parfois au risque de leur vie, qui ont péniblement exposé leurs états d'âme dans des lettres auxquelles on n'a même pas répondu, qui sont allés jusqu'à se rendre à l'Assemblée nationale pour y entendre le ministre de la Sécurité publique dire au peuple québécois que le grand chef était en campagne électorale.
Pourquoi endurer?
La population silencieuse de Kanesatake se demande pourquoi les résidants mohawks ont encore à endurer tout cela. Le ministre de la Sécurité publique n'est-il pas responsable de tous les résidants du Québec également? Les gouvernements se donnent bonne conscience en aidant d'autres pays à reconstruire leurs corps policiers, alors qu'ils laissent le peuple de Kanesatake sombrer dans un stress intolérable et qu'ils l'abandonnent aux mensonges des bandits, des hauts fonctionnaires de la Sûreté du Québec et de ses propres promesses non remplies.
Où est la police tripartite? Vous vous donnez bonne conscience encore une fois en envoyant chaque jour deux policiers de la GRC qui n'interviennent absolument pas, qui se limitent au village d'Oka. Pendant ce temps, les criminels sont morts de rire et ont le chemin libre pour vaquer à leurs activités criminelles de tous les jours. Croyez-moi, un jour, la vérité sortira, la vraie vérité. Y aurait-il chez le gouvernement des gens qui ont des contacts ou des intérêts avec ces bandits? [...]
Retour de la police
Je veux vous dire une chose: de 75 % à 85 % de la communauté demande le retour de la police mohawke. Pourquoi? [...] La police mohawke connaît mieux que n'importe quel autre corps policier les hors-la-loi de Kanesatake. Pourquoi la Sûreté du Québec a-t-elle des ordres d'empêcher la Kanesatake Mohawk Police d'entrer sur le territoire? [...]
Je suis écoeurée, tannée, épuisée physiquement, moralement et émotionnellement. Les gens se terrent chez eux, ne participent plus aux activités locales, les enfants se chicanent, les parents s'engueulent au sujet de la politique, des activités communautaires sont annulées... Les employés qui sont sous la tutelle du Conseil mohawk de Kanesatake sont brûlés, s'absentent du travail pour raisons de maladie, sont stressés, ont des crises d'anxiété, de panique, ne peuvent plus fonctionner normalement. Ils ont peur. Vous pouvez vérifier les taux d'arrêt de travail auprès de leur compagnie d'assurance, SSQ, à Québec.
Sombre avenir
Il y a aussi l'inquiétude qui s'ajoute. Que va-t-il arriver ce soir, demain? Je m'inquiète pour mes enfants, mes petits-enfants, mon époux. Vont-ils arriver à la maison en sécurité? Pourront-ils se rendre au travail sans accident, car, à la vitesse à laquelle ces voyous circulent sur la 344, sur le Chemin du milieu (sans permis de conduire, sans plaque d'immatriculation, en état d'ébriété) avec des véhicules à moitié démolis, avec les véhicules tout-terrains (VTT) qu'ils ont volés au poste de police mohawk, je me demande pourquoi je demeure encore là.
Oui, on pourrait s'en aller ailleurs, vendre... mais à qui? Laisser derrière cette humble demeure que j'ai bâtie de mes propres mains avec ma tendre moitié, ce foyer où nous avons élevé nos enfants, cette cuisine où nous avons ri, pleuré, raconté des histoires, fait les devoirs... [...] J'ai un gros noeud au coeur quand je parle de cela.
Je supplie toutes les parties interpellées dans cette lettre: faites quelque chose de concret. Laissez James Gabriel arrêter le crime, les drogues et soutenez-le, laissez-le continuer ce que personne d'autre n'a le courage de faire pour la communauté, pour le futur, pour les autres générations, laissez-le poursuivre son but avec notre police mohawke afin d'éradiquer cette corruption. Sinon, le fléau se répandra encore plus vite chez les autres communautés
autochtones. [...]
Après en avoir discuté avec quantité de personnes, je peux vous dire que, si notre police mohawke n'est pas réintégrée avant les élections, la grande majorité des membres de la communauté (qui n'ose pas parler) ne se sentira pas en sécurité et n'ira pas voter.
***
Texte adressé au premier ministre Jean Charest, aux ministres Jacques Chagnon et Benoît Pelletier, aux députés péquistes Jean-Pierre Charbonneau et Denise Beaudoin et au chef de l'Assemblée des Premières Nations Ghislain Picard
M. Jacques Chagnon a commis une erreur irréparable en laissant les bandits, les vendeurs de drogue, les criminels dominer un groupe de policiers qualifiés qui venaient enfin mettre un terme à la criminalité dans notre communauté. Ont suivi la vengeance, les gestes d'intimidation, le harcèlement, le vandalisme, la terreur, la prise en otage de la communauté, les vols, les incendies criminels [...]. Cela dure depuis maintenant 11 mois. Quelle lâcheté des gouvernements.
Les politiciens préfèrent croire les criminels de Kanesatake au lieu de croire les membres de la population qui ont fait des plaintes à répétition, parfois au risque de leur vie, qui ont péniblement exposé leurs états d'âme dans des lettres auxquelles on n'a même pas répondu, qui sont allés jusqu'à se rendre à l'Assemblée nationale pour y entendre le ministre de la Sécurité publique dire au peuple québécois que le grand chef était en campagne électorale.
Pourquoi endurer?
La population silencieuse de Kanesatake se demande pourquoi les résidants mohawks ont encore à endurer tout cela. Le ministre de la Sécurité publique n'est-il pas responsable de tous les résidants du Québec également? Les gouvernements se donnent bonne conscience en aidant d'autres pays à reconstruire leurs corps policiers, alors qu'ils laissent le peuple de Kanesatake sombrer dans un stress intolérable et qu'ils l'abandonnent aux mensonges des bandits, des hauts fonctionnaires de la Sûreté du Québec et de ses propres promesses non remplies.
Où est la police tripartite? Vous vous donnez bonne conscience encore une fois en envoyant chaque jour deux policiers de la GRC qui n'interviennent absolument pas, qui se limitent au village d'Oka. Pendant ce temps, les criminels sont morts de rire et ont le chemin libre pour vaquer à leurs activités criminelles de tous les jours. Croyez-moi, un jour, la vérité sortira, la vraie vérité. Y aurait-il chez le gouvernement des gens qui ont des contacts ou des intérêts avec ces bandits? [...]
Retour de la police
Je veux vous dire une chose: de 75 % à 85 % de la communauté demande le retour de la police mohawke. Pourquoi? [...] La police mohawke connaît mieux que n'importe quel autre corps policier les hors-la-loi de Kanesatake. Pourquoi la Sûreté du Québec a-t-elle des ordres d'empêcher la Kanesatake Mohawk Police d'entrer sur le territoire? [...]
Je suis écoeurée, tannée, épuisée physiquement, moralement et émotionnellement. Les gens se terrent chez eux, ne participent plus aux activités locales, les enfants se chicanent, les parents s'engueulent au sujet de la politique, des activités communautaires sont annulées... Les employés qui sont sous la tutelle du Conseil mohawk de Kanesatake sont brûlés, s'absentent du travail pour raisons de maladie, sont stressés, ont des crises d'anxiété, de panique, ne peuvent plus fonctionner normalement. Ils ont peur. Vous pouvez vérifier les taux d'arrêt de travail auprès de leur compagnie d'assurance, SSQ, à Québec.
Sombre avenir
Il y a aussi l'inquiétude qui s'ajoute. Que va-t-il arriver ce soir, demain? Je m'inquiète pour mes enfants, mes petits-enfants, mon époux. Vont-ils arriver à la maison en sécurité? Pourront-ils se rendre au travail sans accident, car, à la vitesse à laquelle ces voyous circulent sur la 344, sur le Chemin du milieu (sans permis de conduire, sans plaque d'immatriculation, en état d'ébriété) avec des véhicules à moitié démolis, avec les véhicules tout-terrains (VTT) qu'ils ont volés au poste de police mohawk, je me demande pourquoi je demeure encore là.
Oui, on pourrait s'en aller ailleurs, vendre... mais à qui? Laisser derrière cette humble demeure que j'ai bâtie de mes propres mains avec ma tendre moitié, ce foyer où nous avons élevé nos enfants, cette cuisine où nous avons ri, pleuré, raconté des histoires, fait les devoirs... [...] J'ai un gros noeud au coeur quand je parle de cela.
Je supplie toutes les parties interpellées dans cette lettre: faites quelque chose de concret. Laissez James Gabriel arrêter le crime, les drogues et soutenez-le, laissez-le continuer ce que personne d'autre n'a le courage de faire pour la communauté, pour le futur, pour les autres générations, laissez-le poursuivre son but avec notre police mohawke afin d'éradiquer cette corruption. Sinon, le fléau se répandra encore plus vite chez les autres communautés
autochtones. [...]
Après en avoir discuté avec quantité de personnes, je peux vous dire que, si notre police mohawke n'est pas réintégrée avant les élections, la grande majorité des membres de la communauté (qui n'ose pas parler) ne se sentira pas en sécurité et n'ira pas voter.
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Texte adressé au premier ministre Jean Charest, aux ministres Jacques Chagnon et Benoît Pelletier, aux députés péquistes Jean-Pierre Charbonneau et Denise Beaudoin et au chef de l'Assemblée des Premières Nations Ghislain Picard
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