L'inflation sélective
Le Barreau du Québec a eu la meilleure formule face à l'actuelle réforme de l'aide sociale. «L'État, a fait valoir l'organisme en commission parlementaire, n'a pas à se préoccuper d'être charitable. Il a cependant le devoir d'être juste. C'est pourquoi il importe qu'il reconnaisse clairement le droit du citoyen à l'assistance lorsque celui-ci est dans le besoin, quelle que soit la cause immédiate ou éloignée de ce besoin.»
Or, en maintenant sa décision de ne pas indexer les prestations des assistés sociaux aptes au travail pour qu'elles soient au même niveau que celles versées aux personnes qui ont des contraintes à l'emploi, le gouvernement libéral bafoue ce principe. Ainsi, si les «non-aptes» ont droit à une hausse de 1,3 % en 2005, les autres devront se contenter de la moitié. Comme si l'inflation était devenue sélective!
Claude Béchard, ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, a finassé sur le sujet hier, lorsqu'il présentait ses modifications au projet de loi 57 qui crée la Loi sur l'aide aux personnes et aux familles (on n'en finit plus de rebaptiser l'aide sociale au Québec!). Les primes d'incitation au travail, disait-il, vont compenser cette demi-indexation. Et il a précisé que l'indexation complète n'était pas écartée... dès que le gouvernement aura une marge de manoeuvre.
La politique-fiction n'ayant aucun intérêt, seul le scénario de demi-indexation mérite notre attention. Il comporte plusieurs lacunes. D'une part, il fait fi de l'écart important — 250 $ par mois — qui existe déjà entre les montants reçus selon que l'on est apte à l'emploi ou pas. Il n'y a aucune raison d'élargir cette différence, dont on peut même se demander si elle est justifiée.
D'autre part, le ministre confond le concept de couverture des besoins essentiels, ce qu'est l'aide sociale, et les incitatifs qui — le mot le dit — ajoutent au traitement de base. En amalgamant les deux, il procède de façon détournée à une diminution réelle de l'aide sociale, le tout sur une base bien plus idéologique que financière: il ne lui en coûterait que 14 millions supplémentaires pour procéder à une indexation complète pour tous en 2005.
Le gouvernement libéral rétorque par une parade: sous le Parti québécois, les prestations n'ont pas été indexées pendant quatre ans. Cette fois, un mécanisme d'indexation annuelle, le même que pour le régime d'imposition des particuliers, est prévu via le plan de lutte à la pauvreté.
Laissons au PQ ses bêtises et soulignons qu'il aurait été plus intéressant de prévoir l'indexation dans la loi sur l'aide sociale (comme cela se fait pour le régime des rentes) plutôt que dans un plan d'action prévu pour durer 10 ans. L'aide sociale lui survivra: autant y concentrer tout ce qui touche le sujet.
Faites-moi confiance, rétorquait hier le ministre Béchard face aux objections. Et pourquoi donc? Voilà un gouvernement qui fait financer ses nouvelles primes à l'emploi par les assistés sociaux eux-mêmes — grâce à sa demi-indexation et aux nouvelles restrictions imposées aux prestataires — de la même manière qu'en éducation, où ce sont les étudiants pauvres qui, en raison de la transformation des bourses en prêts, assument les 103 millions supplémentaires nécessaires au système. Les libéraux ont une drôle de conception de la justice sociale: normal que la méfiance règne.
jboileau@ledevoir.ca
Or, en maintenant sa décision de ne pas indexer les prestations des assistés sociaux aptes au travail pour qu'elles soient au même niveau que celles versées aux personnes qui ont des contraintes à l'emploi, le gouvernement libéral bafoue ce principe. Ainsi, si les «non-aptes» ont droit à une hausse de 1,3 % en 2005, les autres devront se contenter de la moitié. Comme si l'inflation était devenue sélective!
Claude Béchard, ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, a finassé sur le sujet hier, lorsqu'il présentait ses modifications au projet de loi 57 qui crée la Loi sur l'aide aux personnes et aux familles (on n'en finit plus de rebaptiser l'aide sociale au Québec!). Les primes d'incitation au travail, disait-il, vont compenser cette demi-indexation. Et il a précisé que l'indexation complète n'était pas écartée... dès que le gouvernement aura une marge de manoeuvre.
La politique-fiction n'ayant aucun intérêt, seul le scénario de demi-indexation mérite notre attention. Il comporte plusieurs lacunes. D'une part, il fait fi de l'écart important — 250 $ par mois — qui existe déjà entre les montants reçus selon que l'on est apte à l'emploi ou pas. Il n'y a aucune raison d'élargir cette différence, dont on peut même se demander si elle est justifiée.
D'autre part, le ministre confond le concept de couverture des besoins essentiels, ce qu'est l'aide sociale, et les incitatifs qui — le mot le dit — ajoutent au traitement de base. En amalgamant les deux, il procède de façon détournée à une diminution réelle de l'aide sociale, le tout sur une base bien plus idéologique que financière: il ne lui en coûterait que 14 millions supplémentaires pour procéder à une indexation complète pour tous en 2005.
Le gouvernement libéral rétorque par une parade: sous le Parti québécois, les prestations n'ont pas été indexées pendant quatre ans. Cette fois, un mécanisme d'indexation annuelle, le même que pour le régime d'imposition des particuliers, est prévu via le plan de lutte à la pauvreté.
Laissons au PQ ses bêtises et soulignons qu'il aurait été plus intéressant de prévoir l'indexation dans la loi sur l'aide sociale (comme cela se fait pour le régime des rentes) plutôt que dans un plan d'action prévu pour durer 10 ans. L'aide sociale lui survivra: autant y concentrer tout ce qui touche le sujet.
Faites-moi confiance, rétorquait hier le ministre Béchard face aux objections. Et pourquoi donc? Voilà un gouvernement qui fait financer ses nouvelles primes à l'emploi par les assistés sociaux eux-mêmes — grâce à sa demi-indexation et aux nouvelles restrictions imposées aux prestataires — de la même manière qu'en éducation, où ce sont les étudiants pauvres qui, en raison de la transformation des bourses en prêts, assument les 103 millions supplémentaires nécessaires au système. Les libéraux ont une drôle de conception de la justice sociale: normal que la méfiance règne.
jboileau@ledevoir.ca
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