Travailler en français
Josée Boileau
29 novembre 2004
À chaque rapport annuel de l'Office de la langue française (OLF), le refrain est immuable: il suffit que l'organisme rappelle que non, tout n'est pas encore gagné, pour qu'aussitôt des médias anglophones montent au créneau.
Vendredi, c'était au tour du National Post de prendre prétexte de ce rapport pour dénoncer en éditorial l'«odieuse» et «oppressive» loi 101. Hey guys, give us a break! La paix sociale au Québec, grâce en soit rendue à une loi 101 bien comprise, n'est plus menacée depuis déjà quelque temps par des fractures linguistiques. Et les querelles de chapelle agacent tout le monde.
Ainsi, on reconnaîtra sans peine que les préoccupations de l'OLF quant à la langue parlée à la maison sont déplacées. Rien de plus normal que les Anglo-Québécois, plus bilingues que jamais, s'en indignent, à l'image d'un chroniqueur de la Gazette la semaine dernière. La Charte de la langue française ne doit couvrir que l'espace public et l'État, pour reprendre l'expression célèbre, n'a pas plus à faire dans la cuisine ou le salon que dans la chambre à coucher.
Par contre, il est tout à fait pertinent de s'interroger sur la place du français au travail, notamment quand cela concerne les immigrants. Or l'OLF constate que, chez les immigrants récents, l'anglais est davantage utilisé au travail que chez les vagues précédentes d'immigration.
Cela s'explique: depuis quelque temps, le Québec reçoit moins d'immigrants d'origine latine, plus francophiles. Dans les années 70, ils représentaient 71 % des immigrants montréalais; depuis 1996, ils ne sont plus que 52 %, fait voir une étude de Paul Béland, du Conseil supérieur de la langue française, qui sera publiée cette semaine dans L'Annuaire du Québec 2005.
Ce visage changeant de l'immigration nous oblige à nous interroger sur nos outils d'intégration. L'école, depuis la loi 101, est un outil puissant, non seulement pour les enfants qui la fréquentent, mais aussi pour leurs parents. Pour les immigrants sans enfants, c'est plutôt le travail qui fait la différence: le premier emploi aura même une influence marquante pour l'utilisation, par la suite, du français comme langue d'usage public, selon une autre enquête du Conseil aussi rapportée dans L'Annuaire.
Le monde du travail est-il à la hauteur de cette tâche? Rien n'est moins sûr, notamment dans les PME et là où on fait des affaires hors Québec. De plus, la langue du propriétaire fait une énorme différence, démontre une étude de l'OLF citée dans leur rapport annuel.
Devant ce constat, la ministre Line Beauchamp, responsable du dossier linguistique, a exactement la même réponse que l'an passé: il faut dynamiser les comités de francisation des entreprises et, de toute façon, la France fait face aux mêmes enjeux. Entre ces deux déclarations identiques, rien n'a évidemment bougé.
À la FTQ, qui a fait du français au travail une devise, on souligne à quel point, devant tant d'inertie, les militants de cette cause sont des missionnaires. Donner des cours de français aux immigrants sur les lieux de travail reste un véritable défi. Or ce devrait être au gouvernement de s'en préoccuper. Ce n'est pas une question de nationalisme, simplement d'un espace commun à gérer.
jboileau@ledevoir.ca
Vendredi, c'était au tour du National Post de prendre prétexte de ce rapport pour dénoncer en éditorial l'«odieuse» et «oppressive» loi 101. Hey guys, give us a break! La paix sociale au Québec, grâce en soit rendue à une loi 101 bien comprise, n'est plus menacée depuis déjà quelque temps par des fractures linguistiques. Et les querelles de chapelle agacent tout le monde.
Ainsi, on reconnaîtra sans peine que les préoccupations de l'OLF quant à la langue parlée à la maison sont déplacées. Rien de plus normal que les Anglo-Québécois, plus bilingues que jamais, s'en indignent, à l'image d'un chroniqueur de la Gazette la semaine dernière. La Charte de la langue française ne doit couvrir que l'espace public et l'État, pour reprendre l'expression célèbre, n'a pas plus à faire dans la cuisine ou le salon que dans la chambre à coucher.
Par contre, il est tout à fait pertinent de s'interroger sur la place du français au travail, notamment quand cela concerne les immigrants. Or l'OLF constate que, chez les immigrants récents, l'anglais est davantage utilisé au travail que chez les vagues précédentes d'immigration.
Cela s'explique: depuis quelque temps, le Québec reçoit moins d'immigrants d'origine latine, plus francophiles. Dans les années 70, ils représentaient 71 % des immigrants montréalais; depuis 1996, ils ne sont plus que 52 %, fait voir une étude de Paul Béland, du Conseil supérieur de la langue française, qui sera publiée cette semaine dans L'Annuaire du Québec 2005.
Ce visage changeant de l'immigration nous oblige à nous interroger sur nos outils d'intégration. L'école, depuis la loi 101, est un outil puissant, non seulement pour les enfants qui la fréquentent, mais aussi pour leurs parents. Pour les immigrants sans enfants, c'est plutôt le travail qui fait la différence: le premier emploi aura même une influence marquante pour l'utilisation, par la suite, du français comme langue d'usage public, selon une autre enquête du Conseil aussi rapportée dans L'Annuaire.
Le monde du travail est-il à la hauteur de cette tâche? Rien n'est moins sûr, notamment dans les PME et là où on fait des affaires hors Québec. De plus, la langue du propriétaire fait une énorme différence, démontre une étude de l'OLF citée dans leur rapport annuel.
Devant ce constat, la ministre Line Beauchamp, responsable du dossier linguistique, a exactement la même réponse que l'an passé: il faut dynamiser les comités de francisation des entreprises et, de toute façon, la France fait face aux mêmes enjeux. Entre ces deux déclarations identiques, rien n'a évidemment bougé.
À la FTQ, qui a fait du français au travail une devise, on souligne à quel point, devant tant d'inertie, les militants de cette cause sont des missionnaires. Donner des cours de français aux immigrants sur les lieux de travail reste un véritable défi. Or ce devrait être au gouvernement de s'en préoccuper. Ce n'est pas une question de nationalisme, simplement d'un espace commun à gérer.
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