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Libre opinion: Comment on nous prend pour des valises!

Jean-Marie Bioteau - Montréal  29 novembre 2004 
C'est devenu un principe. Depuis la construction de l'aéroport Mirabel, les gouvernements, quels qu'ils soient, y vont de projets de construction onéreux bien que parfois nécessaires avec un niveau de préparation et d'organisation digne d'enfants du primaire. On exproprie, on donne l'autorisation de bouleverser ici une communauté rurale, là des quartiers, sans prendre en considération le lieu d'implantation de ces mégaconstructions.

Résultat, tous ces projets se réalisent à coups de dépassements budgétaires et sont finalement mis en fonction dans des zones où l'infrastructure n'a même pas été prise en considération un seul instant. Qu'on se souvienne de cet aéroport Mirabel si bien desservi par les transports en commun qu'il était condamné avant même d'avoir accueilli le moindre passager. Beau travail! On nous prend pour des valises.

Et voilà que ça recommence. On procède le 16 novembre dernier à l'inauguration en grande pompe de la nouvelle jetée internationale de l'aéroport Trudeau, tout en sachant que cet aéroport ne dispose pas d'un réseau de transport en commun à la mesure de ses ambitions et digne d'un aéroport international. Superbe! On nous prend vraiment pour des valises.

Et maintenant le CHUM

Et pourquoi s'arrêter en si bon chemin? On mandate des commissions à grands frais pour émettre des avis quant à la construction d'un mégacentre hospitalier universitaire. La recommandation met pour une fois en avant l'accessibilité en proposant la construction à un endroit stratégique. Ce serait trop beau!

Le ministre de tutelle balbutie, un recteur sur ses derniers milles fait son petit bricolage en coulisses et un ministre des Transports en mal de publicité se jette dans la mêlée comme un chien dans un jeu de quilles, sans oublier au passage les retombées nécessaires à sa circonscription... donc à sa réélection. Remarquable! On nous prend sans l'ombre d'un doute pour des valises.

Les intérêts politiques d'abord

Le bon sens élémentaire voudrait que, à chaque projet d'envergure, les infrastructures soient prises en considération et conçues en même temps que ledit projet quand ce n'est pas en amont de celui-ci. Mais, là encore, ce serait trop beau, ce serait trop simple et surtout ça prendrait trop de temps, et ça ne coïnciderait pas nécessairement avec les intérêts politiques de celui-ci ou celui-là.

Alors, on préfère l'effet d'annonce à l'intérêt commun. On se dit qu'on ne sera peut-être même plus de cette terre quand on constatera qu'il faudra fermer le mégacomplexe dont on a ordonné la construction ou tout simplement le détruire. Bref! Charité bien ordonnée commence par soi-même. Le mot d'ordre n'a pas changé. De la belle ouvrage! Pas de doute, on nous prend pour des valises.

Il reste que nous assistons au spectacle pitoyable de décideurs que nous persistons à reconduire dans leurs fonctions avec un masochisme qui frise le ridicule. Nous confions notre argent à ces mêmes décideurs qui, de toute évidence, sont incapables de décider. Nous les laissons mettre la charrue avant les boeufs. Bravo!

Finalement, nous sommes peut-être effectivement des valises, et les valises, c'est bien connu, on les bourre, on les jette, on les change et, surtout, on ne veut pas savoir où et comment elles voyagent ni dans quel état elles sont: on veut en disposer quand on en a besoin, c'est tout!
 
 
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