Les Internationaux de Montréal commencent ce week-end - La tyrannie des soeurs Williams
C'était une question de temps tant leur force de frappe et leurs services puissants menaçaient de devenir précis et dévastateurs. De tournoi en tournoi, elles ont perfectionné leur technique, si bien qu'aujourd'hui les soeurs Williams trônent au premier et au deuxième rang du tennis féminin mondial. Ce faisant, ce sport a-t-il ainsi perdu sa finesse au profit de muscles gonflés? Serena et Venus Williams ont respectivement 20 et 22 ans. Les deux jeunes femmes sont grandes et ont un physique extrêmement athlétique. Sur un court, elles se déplacent agilement et, surtout, elles manient leur raquette de façon expéditive. Même style pour les deux soeurs. Mêmes résultats aussi.
Depuis leur arrivée sur le circuit Sanex WTA (en 1994 pour Venus et en 1995 pour Serena), elles ont cumulé 43 titres en simple et sept victoires dans un tournoi du Grand Chelem. Et c'est sans compter leurs nombreux trophées lorsqu'elles se retrouvent du même côté du filet en double.
Et plus le temps passe, plus les soeurs Williams sont confortablement assises en haut des marches sans trop avoir à forcer. Trois des quatre derniers tournois du Grand Chelem se sont soldés par une finale entre Serena et Venus. Mis à part Jennifer Capriati, peu de joueuses semblent capables de rivaliser avec les Williams. «Nous sommes les joueuses que les autres joueuses veulent éviter», a résumé Serena plus tôt cette année.
Mais la suprématie des Williams ne fait pas que des heureux et leur parcours au sein de l'élite du tennis est parsemé de rumeurs et d'accusations. On les traite souvent d'arrogantes ou d'enfants gâtées puisqu'elles ne participent qu'aux compétitions qui leur chantent.
Cette année mise à part, où elles sont plus présentes sur le circuit, les deux joueuses se retrouvent en effet rarement dans les mêmes villes, sauf pour les quatre tournois majeurs. À preuve, Venus Williams ne s'est pointé le nez qu'une seule fois aux Internationaux de tennis du Canada (en 1997) alors que Serena Williams en est à sa troisième participation consécutive (elle est d'ailleurs la championne en titre).
Et même lorsqu'elles se présentent toutes les deux à un tournoi, les ragots ne se taisent pas, surtout si elles s'affrontent. On prétend que leur père — le très expressif Richard Williams — décide de l'issue des rencontres entre ses deux filles. Dans les faits, rien n'a été prouvé mais leurs duels sont rarement enlevants.
En déficit d'humilité
«Ce sont des filles qui ont toujours eu une vie à part et qui ont été surprotégées depuis qu'elles sont toutes petites, explique Hélène Pelletier, analyste au Réseau des sports. Chaque fois qu'elles perdent, ce n'est jamais parce que leur adversaire a bien joué mais parce qu'elles ont commis des erreurs. Disons que l'humilité n'est pas leur principale qualité, alors ça choque les autres joueuses.»
Dans le fond, cependant, la domination des Williams pose un problème plus grave pour ce sport. Il y a à peine quelques années, la popularité du tennis féminin montait en flèche parce que les matchs regorgeaient d'échanges et de coups subtils comparativement au tennis masculin avec ses serveurs-canons. Aranxta Sanchez-Viccario remportait encore des épreuves. La jeune Martina Hingis dominait le classement mondial en jouant du tennis tactique. L'arrivée des joueuses puissantes comme les Williams a changé la mise.
«Avant l'arrivée des soeurs Williams sur le circuit avec leur puissance, le jeu était probablement plus intéressant et plus agréable à suivre», soulignait récemment l'Argentine Gabriela Sabatini, qui a pris sa retraite de la WTA il y a six ans. Selon elle, les Williams frappent la balle trop fort, rendant ainsi les matchs fort ennuyeux.
L'ancienne championne croit que le trio formé des deux soeurs Williams et de Jennifer Capriati divise le tennis féminin en deux: les meilleures et les autres. «Ce n'est pas bon pour le sport. [...] Aujourd'hui, on voit peu de jeu stratégique. On voit les joueuses frapper pratiquement seulement en puissance et peu de joueuses sont de calibre, à part Jennifer Capriati et les deux soeurs Williams. Elles frappent la balle fort et la frappent encore plus fort. Tant et si bien qu'on se sent mal pour la fille de l'autre côté du filet.»
Ce n'est pas l'opinion de Sylvain Bruneau, entraîneur national en chef à Tennis Canada. Selon lui, les Williams ont permis au tennis féminin d'explorer une autre facette du jeu. «Oui, elles sont fortes et puissantes, mais elles ajoutent une dimension plus agressive au jeu et elles forcent les autres joueuses à développer leur puissance pour pouvoir les vaincre.» Il admet cependant que, si les soeurs en viennent à gagner tous les tournois, le sport va en souffrir.
Même son de cloche du côté d'Hélène Pelletier, qui estime que les tournois seraient moins excitants si Venus et Serena les remportaient tous pendant deux ans. «Mais elles sont encore loin des 167 titres en simple de Martina Navratilova. [...] Le tennis féminin a changé pour devenir plus intéressant parce que les filles couvrent bien le terrain. Avant, elles se préparaient moins bien, n'avaient pas toutes une bonne alimentation et étaient moins en forme. Aujourd'hui, plus rien n'est laissé au hasard.»
L'analyste croit que les soeurs Williams poussent les autres joueuses à se dépasser. «Même Hingis, en étant toute petite, a réussi à leur tenir tête pendant un bout de temps. Présentement, elles jouent leur meilleur tennis car ce sont les meilleures athlètes sur le terrain. Elles sont dans une classe à part, mais je suis convaincue que les autres joueuses vont trouver une façon de les battre.»
Le tennis «sous l'influence du dopage»
Cette nouvelle catégorie de joueuses traîne dans son sillage une question encore plus grave, celle de la consommation de drogues. Pour oeuvrer à un très haut niveau, les joueuses doivent-elles utiliser des produits illicites? Le bruit court sur le circuit, même si aucune fille ne s'est fait pincer la main dans le sac. En fait, une poignée de joueurs du circuit masculin seulement ont été contrôlés positifs lors de tests d'urine.
À Roland-Garros cette année, on a effectué 128 contrôles antidopage auprès des joueurs inscrits au tournoi, contrôles qui ont permis de découvrir deux tricheurs (mais leurs noms n'ont pas été rendus publics... ). En juin, Nicolas Escudé a affirmé au quotidien Le Parisien qu'il serait utopiste de croire que le tennis est clean. «Quand, sur terre battue, après 50 frappes, le mec en face est frais et vous attend pour servir alors que vous-même êtes à l'agonie, on hallucine», avait déclaré le joueur français. Notons qu'il a été rabroué par l'ATP pour ses commentaires.
Mais les accusations ne sont plus réservées aux hommes. «Le tennis est sous l'influence du dopage et les autorités de ce sport sont en processus d'aveuglement en refusant de l'admettre», a déclaré il y a quelques semaines le directeur exécutif de l'agence australienne antidopage, John Mendoza. Selon lui, les meilleures joueuses au monde ne peuvent faire autrement que de prendre des produits illicites pour améliorer leur performance et les tests utilisés présentement sont inefficaces pour les détecter.
M. Mendoza a comparé la situation actuelle à celle des nageuses chinoises en 1994, lorsque cette équipe avait remporté 12 des 16 compétitions aux championnats mondiaux avant que des contrôles montrent que plusieurs avaient pris des stéroïdes anabolisants. «C'était évident à l'époque que la natation était devenue un sport dopé. Quel parent [...] laisserait aujourd'hui son enfant jouer au tennis? Si tu veux devenir la joueuse de tennis numéro un au monde, tu dois avoir un physique anormal.»
La WTA s'est empressée de nier ces allégations en précisant qu'en 2001, 140 joueuses ont été soumises à des tests antidopage lors de différentes compétitions. Dès cet automne cependant, la situation pourrait bien changer et les muscles se dégonfler soudainement. La Fédération internationale de tennis attend la décision de l'Agence mondiale antidopage, qui doit statuer si des tests sanguins sont nécessaires afin de détecter l'EPO, une hormone permettant d'améliorer son endurance. Si c'est le cas, on mettra en place ce type de contrôle pendant et surtout en dehors des semaines de compétition.
Contre les contrôles-surprises
Venus Williams et Jennifer Capriati se sont prononcées contre ces contrôles-surprises, qualifiant l'opération d'intrusion dans leur vie privée. «Je ne crois pas que ce soit une bonne idée, soutient l'aînée des Williams. Je crois qu'on devrait au moins nous avertir. Une chose est sûre, je ne laisserai personne entrer chez moi s'il ne s'est pas annoncé.»
«Je ne crois pas que l'on ait le droit de savoir ce qui se passe à l'intérieur de notre corps, même si on ne fait rien de mal, souligne de son côté Jennifer Capriati. Je n'ai jamais entendu parler de ce type de problème dans le circuit de toute façon. Je ne vois pas pourquoi on ferait de tels tests.»
Néanmoins, la question se pose et le public est en droit de savoir. D'autant plus que les joueuses ayant un plus gros gabarit risquent de se blesser plus souvent. Et qu'en dominant ainsi le tennis féminin, les joueuses puissantes laissent de moins en moins de place à celles plus petites mais plus rusées.
Existe-t-il des sports professionnels où il n'y a pas de drogue? demande Hélène Pelletier. «Il ne faut pas se cacher la tête dans le sable. Je suis convaincue que certaines joueuses se droguent, et c'est bien dommage.»
Depuis leur arrivée sur le circuit Sanex WTA (en 1994 pour Venus et en 1995 pour Serena), elles ont cumulé 43 titres en simple et sept victoires dans un tournoi du Grand Chelem. Et c'est sans compter leurs nombreux trophées lorsqu'elles se retrouvent du même côté du filet en double.
Et plus le temps passe, plus les soeurs Williams sont confortablement assises en haut des marches sans trop avoir à forcer. Trois des quatre derniers tournois du Grand Chelem se sont soldés par une finale entre Serena et Venus. Mis à part Jennifer Capriati, peu de joueuses semblent capables de rivaliser avec les Williams. «Nous sommes les joueuses que les autres joueuses veulent éviter», a résumé Serena plus tôt cette année.
Mais la suprématie des Williams ne fait pas que des heureux et leur parcours au sein de l'élite du tennis est parsemé de rumeurs et d'accusations. On les traite souvent d'arrogantes ou d'enfants gâtées puisqu'elles ne participent qu'aux compétitions qui leur chantent.
Cette année mise à part, où elles sont plus présentes sur le circuit, les deux joueuses se retrouvent en effet rarement dans les mêmes villes, sauf pour les quatre tournois majeurs. À preuve, Venus Williams ne s'est pointé le nez qu'une seule fois aux Internationaux de tennis du Canada (en 1997) alors que Serena Williams en est à sa troisième participation consécutive (elle est d'ailleurs la championne en titre).
Et même lorsqu'elles se présentent toutes les deux à un tournoi, les ragots ne se taisent pas, surtout si elles s'affrontent. On prétend que leur père — le très expressif Richard Williams — décide de l'issue des rencontres entre ses deux filles. Dans les faits, rien n'a été prouvé mais leurs duels sont rarement enlevants.
En déficit d'humilité
«Ce sont des filles qui ont toujours eu une vie à part et qui ont été surprotégées depuis qu'elles sont toutes petites, explique Hélène Pelletier, analyste au Réseau des sports. Chaque fois qu'elles perdent, ce n'est jamais parce que leur adversaire a bien joué mais parce qu'elles ont commis des erreurs. Disons que l'humilité n'est pas leur principale qualité, alors ça choque les autres joueuses.»
Dans le fond, cependant, la domination des Williams pose un problème plus grave pour ce sport. Il y a à peine quelques années, la popularité du tennis féminin montait en flèche parce que les matchs regorgeaient d'échanges et de coups subtils comparativement au tennis masculin avec ses serveurs-canons. Aranxta Sanchez-Viccario remportait encore des épreuves. La jeune Martina Hingis dominait le classement mondial en jouant du tennis tactique. L'arrivée des joueuses puissantes comme les Williams a changé la mise.
«Avant l'arrivée des soeurs Williams sur le circuit avec leur puissance, le jeu était probablement plus intéressant et plus agréable à suivre», soulignait récemment l'Argentine Gabriela Sabatini, qui a pris sa retraite de la WTA il y a six ans. Selon elle, les Williams frappent la balle trop fort, rendant ainsi les matchs fort ennuyeux.
L'ancienne championne croit que le trio formé des deux soeurs Williams et de Jennifer Capriati divise le tennis féminin en deux: les meilleures et les autres. «Ce n'est pas bon pour le sport. [...] Aujourd'hui, on voit peu de jeu stratégique. On voit les joueuses frapper pratiquement seulement en puissance et peu de joueuses sont de calibre, à part Jennifer Capriati et les deux soeurs Williams. Elles frappent la balle fort et la frappent encore plus fort. Tant et si bien qu'on se sent mal pour la fille de l'autre côté du filet.»
Ce n'est pas l'opinion de Sylvain Bruneau, entraîneur national en chef à Tennis Canada. Selon lui, les Williams ont permis au tennis féminin d'explorer une autre facette du jeu. «Oui, elles sont fortes et puissantes, mais elles ajoutent une dimension plus agressive au jeu et elles forcent les autres joueuses à développer leur puissance pour pouvoir les vaincre.» Il admet cependant que, si les soeurs en viennent à gagner tous les tournois, le sport va en souffrir.
Même son de cloche du côté d'Hélène Pelletier, qui estime que les tournois seraient moins excitants si Venus et Serena les remportaient tous pendant deux ans. «Mais elles sont encore loin des 167 titres en simple de Martina Navratilova. [...] Le tennis féminin a changé pour devenir plus intéressant parce que les filles couvrent bien le terrain. Avant, elles se préparaient moins bien, n'avaient pas toutes une bonne alimentation et étaient moins en forme. Aujourd'hui, plus rien n'est laissé au hasard.»
L'analyste croit que les soeurs Williams poussent les autres joueuses à se dépasser. «Même Hingis, en étant toute petite, a réussi à leur tenir tête pendant un bout de temps. Présentement, elles jouent leur meilleur tennis car ce sont les meilleures athlètes sur le terrain. Elles sont dans une classe à part, mais je suis convaincue que les autres joueuses vont trouver une façon de les battre.»
Le tennis «sous l'influence du dopage»
Cette nouvelle catégorie de joueuses traîne dans son sillage une question encore plus grave, celle de la consommation de drogues. Pour oeuvrer à un très haut niveau, les joueuses doivent-elles utiliser des produits illicites? Le bruit court sur le circuit, même si aucune fille ne s'est fait pincer la main dans le sac. En fait, une poignée de joueurs du circuit masculin seulement ont été contrôlés positifs lors de tests d'urine.
À Roland-Garros cette année, on a effectué 128 contrôles antidopage auprès des joueurs inscrits au tournoi, contrôles qui ont permis de découvrir deux tricheurs (mais leurs noms n'ont pas été rendus publics... ). En juin, Nicolas Escudé a affirmé au quotidien Le Parisien qu'il serait utopiste de croire que le tennis est clean. «Quand, sur terre battue, après 50 frappes, le mec en face est frais et vous attend pour servir alors que vous-même êtes à l'agonie, on hallucine», avait déclaré le joueur français. Notons qu'il a été rabroué par l'ATP pour ses commentaires.
Mais les accusations ne sont plus réservées aux hommes. «Le tennis est sous l'influence du dopage et les autorités de ce sport sont en processus d'aveuglement en refusant de l'admettre», a déclaré il y a quelques semaines le directeur exécutif de l'agence australienne antidopage, John Mendoza. Selon lui, les meilleures joueuses au monde ne peuvent faire autrement que de prendre des produits illicites pour améliorer leur performance et les tests utilisés présentement sont inefficaces pour les détecter.
M. Mendoza a comparé la situation actuelle à celle des nageuses chinoises en 1994, lorsque cette équipe avait remporté 12 des 16 compétitions aux championnats mondiaux avant que des contrôles montrent que plusieurs avaient pris des stéroïdes anabolisants. «C'était évident à l'époque que la natation était devenue un sport dopé. Quel parent [...] laisserait aujourd'hui son enfant jouer au tennis? Si tu veux devenir la joueuse de tennis numéro un au monde, tu dois avoir un physique anormal.»
La WTA s'est empressée de nier ces allégations en précisant qu'en 2001, 140 joueuses ont été soumises à des tests antidopage lors de différentes compétitions. Dès cet automne cependant, la situation pourrait bien changer et les muscles se dégonfler soudainement. La Fédération internationale de tennis attend la décision de l'Agence mondiale antidopage, qui doit statuer si des tests sanguins sont nécessaires afin de détecter l'EPO, une hormone permettant d'améliorer son endurance. Si c'est le cas, on mettra en place ce type de contrôle pendant et surtout en dehors des semaines de compétition.
Contre les contrôles-surprises
Venus Williams et Jennifer Capriati se sont prononcées contre ces contrôles-surprises, qualifiant l'opération d'intrusion dans leur vie privée. «Je ne crois pas que ce soit une bonne idée, soutient l'aînée des Williams. Je crois qu'on devrait au moins nous avertir. Une chose est sûre, je ne laisserai personne entrer chez moi s'il ne s'est pas annoncé.»
«Je ne crois pas que l'on ait le droit de savoir ce qui se passe à l'intérieur de notre corps, même si on ne fait rien de mal, souligne de son côté Jennifer Capriati. Je n'ai jamais entendu parler de ce type de problème dans le circuit de toute façon. Je ne vois pas pourquoi on ferait de tels tests.»
Néanmoins, la question se pose et le public est en droit de savoir. D'autant plus que les joueuses ayant un plus gros gabarit risquent de se blesser plus souvent. Et qu'en dominant ainsi le tennis féminin, les joueuses puissantes laissent de moins en moins de place à celles plus petites mais plus rusées.
Existe-t-il des sports professionnels où il n'y a pas de drogue? demande Hélène Pelletier. «Il ne faut pas se cacher la tête dans le sable. Je suis convaincue que certaines joueuses se droguent, et c'est bien dommage.»
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