Heures historiques en Ukraine
Photo : Agence Reuters
Plus de 100 000 personnes soutenant l’opposition ont envahi hier les rues de Lvov, en Ukraine, pour protester contre les présumées fraudes ayant entaché le scrutin présidentiel tenu dimanche.
Tout juste un an après la Révolution de la rose en Géorgie, c'est au tour de l'Ukraine de connaître un soulèvement populaire sans précédent, sur fond orange celui-là. Sous une neige fine, plus de 200 000 personnes soutenant Viktor Iouchtchenko, le candidat réformateur de l'opposition, se sont réunies hier dans les rues de Kiev et de Lvov pour protester contre la victoire controversée du candidat pro-russe du pouvoir, Viktor Ianoukovitch, à la présidence, dimanche. Fort du soutien populaire, Iouchtchenko s'est proclamé vainqueur de la présidentielle et a symboliquement prêté serment devant un Parlement réuni en séance extraordinaire, où ne siégeaient que ses partisans.
Toute la journée, le mouvement de protestation a pris de l'ampleur dans la capitale ukrainienne, qui vit des heures décisives et historiques. Les autorités sont prises de court par la fronde. Le seul mouvement de mécontentement auquel elles avaient été jusqu'à présent confrontées est les manifestations qui avaient éclaté fin 2001 après la mort d'un journaliste. Des tentes avaient été dressées pendant des semaines, nuit et jour, au centre de Kiev. Le gouvernement avait laissé pourrir la situation, puis dégagé manu militari les derniers protestataires.
Les services de sécurité, le procureur et le ministre de l'Intérieur avaient menacé lundi de rétablir l'ordre. Hier, ils n'ont pas bougé. Les foules étaient trop nombreuses. Trop motivées aussi, en dépit de la neige froide.
Dans un discours prononcé devant les manifestants, Iouchtchenko a demandé aux forces de l'ordre de passer du côté de l'opposition et de ne pas tenter de disperser la population en révolte. La rue kiévienne ressemble de plus en plus à celles des révolutions tranquilles de Belgrade et de Tbilissi. Lors de ces deux mouvements en faveur de la démocratie, les opposants avaient aussi pris soin de s'assurer de la neutralité des forces de répression.
La crise politique semble totale. Rompant le silence qu'il observait depuis dimanche, le président sortant, Leonid Koutchma, a appelé hier soir toutes les forces politiques à négocier dès aujourd'hui. «Je suis convaincu que c'est la seule voie dans la recherche d'une position équilibrée qui ne laissera pas l'Ukraine se diviser en morceaux», a dit le chef de l'État, dans un communiqué lu à la télévision. L'offre de dialogue a été acceptée dans la soirée par l'opposition. Dénonçant le caractère «très dangereux» de la «farce politique» en cours, Koutchma s'est aussi dit «prêt à maintenir la loi et l'ordre».
La Commission centrale électorale a, elle, soudainement cessé de donner de nouveaux chiffres. Deux membres de la Commission ont appelé leurs 13 collègues à refuser de signer le procès-verbal des résultats de l'élection, selon l'agence de presse Interfax. Elle avait pourtant diligenté l'annonce des résultats du second tour de dimanche, au point que le candidat du pouvoir, le premier ministre Victor Ianoukovitch, était donné en tête avec une avance mathématiquement irréversible dès lundi matin, après le dépouillement de plus de 98 % des bulletins de vote.
Félicité lundi par le président russe, Vladimir Poutine, qui s'était ingéré dans l'élection en venant deux fois en Ukraine le soutenir, Ianoukovitch n'a donc toujours pas été officiellement proclamé président. Et il pourrait bien ne pas l'être. Hier, Poutine est revenu sur ses félicitations au candidat pro-russe en soulignant «qu'aucun résultat n'a été officiellement proclamé».
Dans la journée, le Parlement ukrainien a tenu une session extraordinaire, boycottée par les supporteurs de Viktor Ianoukovitc. Seulement 191 députés ukrainiens sur 450 étaient présents, un nombre insuffisant pour voter une résolution annulant les élections. L'opposition a néanmoins proclamé — de manière symbolique — son chef de file, Viktor Iouchtchenko, président de l'Ukraine, lors de cette séance au Parlement.
En attendant que la situation s'éclaircisse, l'opposition reste donc très fortement mobilisée face au pouvoir. Plusieurs dizaines de milliers de manifestants s'étaient déjà réunis lundi sur la place de l'Indépendance à Kiev, où l'opposition a érigé quelque deux cents tentes et où plusieurs milliers de personnes ont passé la nuit. Lundi, M. Iouchtchenko, acclamé en tant que «président élu», y avait appelé ses partisans à ne pas quitter la place «jusqu'à la victoire». Une autre manifestation importante, réunissant également une centaine de milliers de personnes, se déroulait parallèlement hier à Lvov, bastion des nationalistes de l'ouest du pays.
L'assemblée municipale de Lvov, une ville de 800 000 habitants, ainsi que celles de Loutsk, de Khmelnitski, d'Ivano-Frankivsk et de Vinnytsia, quatre villes situées dans la partie orientale du pays, ont toutes refusé de reconnaître la victoire de M. Ianoukovitch et elles ont proclamé M. Iouchtchenko vainqueur. L'assemblée de Kiev a pour sa part refusé de reconnaître les résultats du scrutin de dimanche, jugé non démocratique par les Occidentaux.
Le déroulement du scrutin et son résultat sont en fait largement critiqués par la communauté internationale, à qui Viktor Iouchtchenko a lancé hier un appel, en demandant «aux Parlements et nations du monde» de le reconnaître en tant que «nouveau président de l'Ukraine». «Nous constatons une falsification grossière des résultats de l'élection, qui a influé considérablement sur la désignation du vainqueur. La commission électorale centrale, qui s'est faite exécuteur de la volonté de l'administration, a volé la victoire au candidat populaire Viktor Iouchtchenko», affirment-ils. Viktor Iouchtchenko a également demandé hier son soutien au chef historique du syndicat polonais Solidarité et Prix Nobel de la Paix Lech Walesa, et l'a invité à se rendre à Kiev. Dans une réponse officielle, Lech Walesa s'est déclaré «prêt à se rendre en Ukraine et à y servir de médiateur».
Dès lundi, le premier ministre néerlandais, Jan Peter Balkenende, dont le pays exerce la présidence tournante de l'Union européenne, a fait part au président du Parlement ukrainien, Volodymir Litvine, des «doutes» de l'Union européenne sur le résultat des élections présidentielles en Ukraine, a indiqué son porte-parole. L'envoyé du président américain George W. Bush en Ukraine, le sénateur Richard Lugar, avait lui aussi dénoncé lundi de vastes fraudes commises sous la direction ou avec la complicité du pouvoir.
La Maison-Blanche s'est dite «profondément préoccupée par les indications nombreuses et crédibles faisant état de fraude», a déclaré le porte-parole adjoint de la Maison-Blanche. Londres et le gouvernement fédéral canadien se sont aussi dits «préoccupés» par la situation.
Toute la journée, le mouvement de protestation a pris de l'ampleur dans la capitale ukrainienne, qui vit des heures décisives et historiques. Les autorités sont prises de court par la fronde. Le seul mouvement de mécontentement auquel elles avaient été jusqu'à présent confrontées est les manifestations qui avaient éclaté fin 2001 après la mort d'un journaliste. Des tentes avaient été dressées pendant des semaines, nuit et jour, au centre de Kiev. Le gouvernement avait laissé pourrir la situation, puis dégagé manu militari les derniers protestataires.
Les services de sécurité, le procureur et le ministre de l'Intérieur avaient menacé lundi de rétablir l'ordre. Hier, ils n'ont pas bougé. Les foules étaient trop nombreuses. Trop motivées aussi, en dépit de la neige froide.
Dans un discours prononcé devant les manifestants, Iouchtchenko a demandé aux forces de l'ordre de passer du côté de l'opposition et de ne pas tenter de disperser la population en révolte. La rue kiévienne ressemble de plus en plus à celles des révolutions tranquilles de Belgrade et de Tbilissi. Lors de ces deux mouvements en faveur de la démocratie, les opposants avaient aussi pris soin de s'assurer de la neutralité des forces de répression.
La crise politique semble totale. Rompant le silence qu'il observait depuis dimanche, le président sortant, Leonid Koutchma, a appelé hier soir toutes les forces politiques à négocier dès aujourd'hui. «Je suis convaincu que c'est la seule voie dans la recherche d'une position équilibrée qui ne laissera pas l'Ukraine se diviser en morceaux», a dit le chef de l'État, dans un communiqué lu à la télévision. L'offre de dialogue a été acceptée dans la soirée par l'opposition. Dénonçant le caractère «très dangereux» de la «farce politique» en cours, Koutchma s'est aussi dit «prêt à maintenir la loi et l'ordre».
La Commission centrale électorale a, elle, soudainement cessé de donner de nouveaux chiffres. Deux membres de la Commission ont appelé leurs 13 collègues à refuser de signer le procès-verbal des résultats de l'élection, selon l'agence de presse Interfax. Elle avait pourtant diligenté l'annonce des résultats du second tour de dimanche, au point que le candidat du pouvoir, le premier ministre Victor Ianoukovitch, était donné en tête avec une avance mathématiquement irréversible dès lundi matin, après le dépouillement de plus de 98 % des bulletins de vote.
Félicité lundi par le président russe, Vladimir Poutine, qui s'était ingéré dans l'élection en venant deux fois en Ukraine le soutenir, Ianoukovitch n'a donc toujours pas été officiellement proclamé président. Et il pourrait bien ne pas l'être. Hier, Poutine est revenu sur ses félicitations au candidat pro-russe en soulignant «qu'aucun résultat n'a été officiellement proclamé».
Dans la journée, le Parlement ukrainien a tenu une session extraordinaire, boycottée par les supporteurs de Viktor Ianoukovitc. Seulement 191 députés ukrainiens sur 450 étaient présents, un nombre insuffisant pour voter une résolution annulant les élections. L'opposition a néanmoins proclamé — de manière symbolique — son chef de file, Viktor Iouchtchenko, président de l'Ukraine, lors de cette séance au Parlement.
En attendant que la situation s'éclaircisse, l'opposition reste donc très fortement mobilisée face au pouvoir. Plusieurs dizaines de milliers de manifestants s'étaient déjà réunis lundi sur la place de l'Indépendance à Kiev, où l'opposition a érigé quelque deux cents tentes et où plusieurs milliers de personnes ont passé la nuit. Lundi, M. Iouchtchenko, acclamé en tant que «président élu», y avait appelé ses partisans à ne pas quitter la place «jusqu'à la victoire». Une autre manifestation importante, réunissant également une centaine de milliers de personnes, se déroulait parallèlement hier à Lvov, bastion des nationalistes de l'ouest du pays.
L'assemblée municipale de Lvov, une ville de 800 000 habitants, ainsi que celles de Loutsk, de Khmelnitski, d'Ivano-Frankivsk et de Vinnytsia, quatre villes situées dans la partie orientale du pays, ont toutes refusé de reconnaître la victoire de M. Ianoukovitch et elles ont proclamé M. Iouchtchenko vainqueur. L'assemblée de Kiev a pour sa part refusé de reconnaître les résultats du scrutin de dimanche, jugé non démocratique par les Occidentaux.
Le déroulement du scrutin et son résultat sont en fait largement critiqués par la communauté internationale, à qui Viktor Iouchtchenko a lancé hier un appel, en demandant «aux Parlements et nations du monde» de le reconnaître en tant que «nouveau président de l'Ukraine». «Nous constatons une falsification grossière des résultats de l'élection, qui a influé considérablement sur la désignation du vainqueur. La commission électorale centrale, qui s'est faite exécuteur de la volonté de l'administration, a volé la victoire au candidat populaire Viktor Iouchtchenko», affirment-ils. Viktor Iouchtchenko a également demandé hier son soutien au chef historique du syndicat polonais Solidarité et Prix Nobel de la Paix Lech Walesa, et l'a invité à se rendre à Kiev. Dans une réponse officielle, Lech Walesa s'est déclaré «prêt à se rendre en Ukraine et à y servir de médiateur».
Dès lundi, le premier ministre néerlandais, Jan Peter Balkenende, dont le pays exerce la présidence tournante de l'Union européenne, a fait part au président du Parlement ukrainien, Volodymir Litvine, des «doutes» de l'Union européenne sur le résultat des élections présidentielles en Ukraine, a indiqué son porte-parole. L'envoyé du président américain George W. Bush en Ukraine, le sénateur Richard Lugar, avait lui aussi dénoncé lundi de vastes fraudes commises sous la direction ou avec la complicité du pouvoir.
La Maison-Blanche s'est dite «profondément préoccupée par les indications nombreuses et crédibles faisant état de fraude», a déclaré le porte-parole adjoint de la Maison-Blanche. Londres et le gouvernement fédéral canadien se sont aussi dits «préoccupés» par la situation.
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