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Le dialogue reprend à la SAQ

Guillaume Bourgault-Côté   22 novembre 2004 
Le nez rouge faisait partie de l’arsenal syndical, hier, devant les magasins de la SAQ à Montréal.
Photo : Pascal Ratthé
Le nez rouge faisait partie de l’arsenal syndical, hier, devant les magasins de la SAQ à Montréal.
À la demande pressante du conciliateur chargé de ce dossier, la direction de la Société des alcools du Québec (SAQ) et le Syndicat des employés de magasins et de bureaux (SEMB) ont finalement repris hier après-midi les pourparlers pour tenter de résoudre le conflit qui a dégénéré en grève générale illimitée, vendredi. Avares de détails au sortir d'une rencontre de près de trois heures au bureau du ministère du Travail, les deux camps ont confirmé s'être entendus sur un nouveau calendrier de négociations intensives, dont la première vague se déroulera ce matin. Mais d'ici à ce qu'un règlement intervienne, les 3800 employés impliqués resteront en grève partout au Québec.

«Le message qu'on envoie, c'est que les deux parties ont convenu de donner une chance à la négociation, explique le président du syndicat, Martin Charron, joint au téléphone en début de soirée. On va s'asseoir dès ce matin et négocier de façon intensive jusqu'à ce qu'on en arrive à une entente ou à un déblocage. Est-ce d'avoir déclenché la grève qui a bousculé les choses? Je ne sais pas, mais on a utilisé notre rapport de force, et les négos sont reprises.»

Côté patronal, on se montrait également satisfait des développements. «Il y a une amorce [de négociations], et c'est très réjouissant», dit Linda Bouchard, porte-parole de la SAQ. Les deux parties n'ont pas commenté davantage la teneur des discussions tenues, puisqu'elles ont convenu de respecter un silence médiatique, de façon à «éviter de mettre de l'huile sur le feu».

Cette relative harmonie des acteurs affichée en fin de journée tranchait radicalement avec l'ambiance observée depuis le déclenchement de la grève surprise, vendredi, en pleine période de vin nouveau et de ventes des fêtes, là où la SAQ réalise le quart de son chiffre d'affaires annuel. Après avoir réagi rapidement vendredi pour garder ouvertes 51 succursales de la province — 500 cadres de la société d'État sont affectés à ce travail —, la société d'État déplorait samedi la décision du SEMB d'avoir poussé ses membres vers la grève, alors «que tout avait été mis en place pour une reprise fructueuse des négociations». La SAQ demandait aussi au syndicat de faire du ménage dans ses demandes, tout en affirmant que la question des agences, ces magasins dépositaires des produits de la SAQ, n'avait jamais été abordée par le SEMB à la table des négociations.

Hier matin (avant la reprise des discussions), le SEMB a répliqué énergiquement en conférence de presse. «On avait décidé après le commencement de la grève de ne pas commenter la situation, explique Martin Charron, et de laisser la chance à la SAQ de venir nous voir. Mais ils ont adopté une attitude différente qu'on ne pouvait tolérer.»

Selon le président du syndicat, la direction de la SAQ a été contactée à trois reprises jeudi, alors qu'on apprenait que le négociateur principal de la société d'État, l'ancien premier ministre Lucien Bouchard, était hospitalisé pour une péritonite — ce dernier ne sera d'ailleurs pas de retour à la table avant mercredi, au mieux. «On leur a dit qu'il fallait se voir rapidement, que les négos devaient continuer même sans M. Bouchard. Mais le refus a été catégorique, il fallait attendre au moins jusqu'à lundi [aujourd'hui], puis on a parlé de mercredi [prochain]. Vendredi, nous n'avions toujours aucun engagement clair, alors on a décidé d'aller en grève. On était prêts à négocier une heure après le déclenchement de celle-ci, mais la SAQ a encore refusé de nous rencontrer samedi et dimanche. Ils ne voulaient pas négocier sérieusement.» En ce qui concerne les agences, M. Charron affirme que toutes les demandes du syndicat ont été déposées à l'employeur en décembre 2003 (le contrat de travail des employés est échu depuis décembre 2002).

Cette version des faits a été jugée «fausse» par Linda Bouchard, qui affirme que la SAQ est ouverte à la négociation «depuis le début» et qui espère toujours «un règlement le plus tôt possible».

Quoi qu'il en soit, la mésentente a été aplanie dans le bureau du conciliateur, et le ton était redevenu plus cordial au terme de la journée. Entre-temps, les grévistes ont poursuivi leur piquetage devant les succursales. Aucun trouble n'a été signalé à la SAQ pendant la journée.

Une petite visite aux succursales des rues Saint-Denis et Beaubien a permis de constater que l'achalandage a été beaucoup moins fort hier que samedi, alors que les consommateurs avaient littéralement envahi les succursales ouvertes pour se constituer une petite réserve. «Aujourd'hui, on replace surtout ce qui a été vendu, c'est plus tranquille», disait un cadre-employé rue Beaubien. Les grévistes manifestaient calmement devant l'établissement, en expliquant aux clients la raison de leur présence.






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  • Rejean Beaudet
    Inscrit
    lundi 22 novembre 2004 13h46
    Lettre ouverte à M. Le ministre des finances, Yves Séguin.
    « Lundi 22 novembre 2004

    M. Séguin,

    Lors du bulletin de nouvelles de samedi, j'ai eu la surprise de vous entendre affirmer que, suite au déclenchement de la grève des employés de la SAQ, " Si le service au public devait être interrompu trop longuement, le gouvernement verra à prendre ses responsabilités. C'est certain ".
    Cette affirmation a évidemment été reprise depuis par tous les médias parlés ou écrits, puisqu'elle laisse présager le recours du gouvernement à une loi spéciale afin de faire "plier" ses employés.
    Il est quand même étonnant, qu'un ministre des finances, après une seule journée de grève de la part des employés d'une société publique, en arrive à une telle affirmation.

    Certes, nous avons été habitués au retrait partiel ou total du droit de grève dans les services publiques tels les hôpitaux, la fonction publique ou le transport. Le maintien de certains services, donc de l'interdiction de certains moyens de pression, est en effet déterminé par le conseil des services essentiels afin de permettre aux deux parties de subir une pression suffisante pour éventuellement régler le conflit de travail.

    Nous pouvons d'ailleurs lire sur le site internet du conseil des services essentiels :

    " En effet, un service est considéré essentiel si l'absence d'un tel service représente un danger pour la santé ou la sécurité de la population. Le critère du maintien de la santé ou de la sécurité de la population est le seul critère pris en compte par le Conseil lorsqu'il évalue la suffisance des services essentiels. Les inconvénients qui résultent d'une grève dans un service public, de même que l'impact économique d'un conflit, ne sont donc pas des éléments retenus par le Conseil lorsqu'il détermine si les services essentiels proposés sont suffisants. "

    Nous pouvons donc constater que l'arrêt de travail des employés de la SAQ ne peut être considéré comme un service essentiel par le gouvernement puisqu'il ne peut résulter qu'en une perte d'argent et en une insatisfaction de la population.

    Il est possible que vous soyez présentement frustré des récents développements dans l'état des finances québécoises et que vous soyez tenté de régler ces problèmes financiers en utilisant une loi spéciale. N'oubliez pas que le gouvernement est juge et partie dans ce conflit de travail et qu'il peut être tentant et très dangereux de régler par une loi spéciale le problème au lieu d'avoir à négocier comme toutes les autres compagnies et leurs employés doivent négocier au Québec.

    Je constate donc M. Séguin que votre "sortie" contre les travailleurs de la SAQ était intempestive et ne tenait compte ni des lois du travail, ni de des problèmes qui peuvent résulter de l'abolition des droits consentis par le code du travail aux travailleurs.
    Laissez plutôt le comité de négociation patronal, que votre gouvernement embauche et contrôle, s'occuper de cette négociation puisque tel est leur mandat, et de grâce, laissez le ministre du travail, M. Michel Després, s'occuper des questions de relations de travail, puisque cela ne semble pas être votre force.

    Si grève il doit y avoir afin de dénouer l'impasse dans laquelle la SAQ se trouve depuis 2 ans avec ses employés, eh bien qu'elle ait lieu. Il ne faut pas oublier que les employés perdent aussi de l'argent en ce moment et je suis certain que cela influera leur décision afin de trouver des compromis acceptables à un règlement négocié de bonne foi entre "vos" employés et la SAQ.

    cc M. Le ministre du travail, Michel Després
    M Le premier ministre, Jean Charest

    Réjean Beaudet »

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