Lettres: À quoi ça sert de savoir ça?
Marie-Ève Vaillancourt - Sept-Îles, le 15 novembre 2004
7 avril 2010 09h50
Il y a un peu plus de dix ans, alors que j’étais assise sur les bancs du cégep, le gouvernement en place remettait en question le réseau collégial et la pertinence des cours de littérature qui y étaient donnés.
Aujourd’hui, un baccalauréat et une maîtrise en littérature française plus tard, je me retrouve encore fortement interpellée par ce questionnement insidieux qui refait surface.
Je suis inquiète. Quand un gouvernement souhaite exclure la littérature de l’enseignement supérieur, je me demande quelles sont ses véritables motivations. L’univers littéraire, au même titre que la philosophie, présente comme possible la compréhension de l’homme et de certains de ses comportements. Cet univers, qui se veut bien souvent le reflet de la vie, d’une époque, permet le développement d’un sens critique. Serait-ce donc de cela que le gouvernement veut se prémunir: le sens critique de ses électeurs? Quand les dirigeants veulent éliminer les cours de littérature de l’enseignement supérieur, c’est à tous les despotes qui ont fait s’exiler des Voltaire et des Hugo que je pense. Quand un ministre se prépare à rayer les cours de littérature de l’enseignement supérieur, je pense qu’il veut servir des intérêts financiers et qu’il ne se préoccupe guère de la qualité des citoyens qu’il exigera que l’on forme: des contribuables surspécialisés qui n’auront qu’une conscience restreinte du monde qui les entoure. Adieu la conscience sociale! Vive les plans de réussite!
«À quoi ça sert de savoir ça, Madame? J’étudie en administration!» «Moi, j’étudie en maintenance industrielle!» [...] «Moi, j’étudie en sciences de la nature et mon boss ne me demandera jamais de lire Phèdre de Molière [sic], encore moins d’analyser L’Albatros de Charles Nelligan [re-sic]!»
C’est le genre de réflexions auxquelles je dois faire face à chaque session. C’est compréhensible, voire souhaitable de la part de jeunes adultes qui cherchent à donner un sens à leur vie, qui préparent leur avenir. Par contre, jamais je n’aurais cru devoir expliquer à mon gouvernement que l’étude de textes littéraires non seulement permet d’enrichir et de consolider une langue qui souffre de plusieurs lacunes quand on a 17, 18 ou 19 ans mais que cela ouvre également la porte à la capacité de structurer sa pensée, de comprendre un peu mieux le monde dans lequel nous vivons et forcément de se comprendre soi-même.
Mais évidemment, quand on considère à la base qu’une grammaire ne fait pas partie des volumes scolaires obligatoires, il est difficile d’admettre par la suite que la littérature a sa raison d’être au collégial...
Aujourd’hui, un baccalauréat et une maîtrise en littérature française plus tard, je me retrouve encore fortement interpellée par ce questionnement insidieux qui refait surface.
Je suis inquiète. Quand un gouvernement souhaite exclure la littérature de l’enseignement supérieur, je me demande quelles sont ses véritables motivations. L’univers littéraire, au même titre que la philosophie, présente comme possible la compréhension de l’homme et de certains de ses comportements. Cet univers, qui se veut bien souvent le reflet de la vie, d’une époque, permet le développement d’un sens critique. Serait-ce donc de cela que le gouvernement veut se prémunir: le sens critique de ses électeurs? Quand les dirigeants veulent éliminer les cours de littérature de l’enseignement supérieur, c’est à tous les despotes qui ont fait s’exiler des Voltaire et des Hugo que je pense. Quand un ministre se prépare à rayer les cours de littérature de l’enseignement supérieur, je pense qu’il veut servir des intérêts financiers et qu’il ne se préoccupe guère de la qualité des citoyens qu’il exigera que l’on forme: des contribuables surspécialisés qui n’auront qu’une conscience restreinte du monde qui les entoure. Adieu la conscience sociale! Vive les plans de réussite!
«À quoi ça sert de savoir ça, Madame? J’étudie en administration!» «Moi, j’étudie en maintenance industrielle!» [...] «Moi, j’étudie en sciences de la nature et mon boss ne me demandera jamais de lire Phèdre de Molière [sic], encore moins d’analyser L’Albatros de Charles Nelligan [re-sic]!»
C’est le genre de réflexions auxquelles je dois faire face à chaque session. C’est compréhensible, voire souhaitable de la part de jeunes adultes qui cherchent à donner un sens à leur vie, qui préparent leur avenir. Par contre, jamais je n’aurais cru devoir expliquer à mon gouvernement que l’étude de textes littéraires non seulement permet d’enrichir et de consolider une langue qui souffre de plusieurs lacunes quand on a 17, 18 ou 19 ans mais que cela ouvre également la porte à la capacité de structurer sa pensée, de comprendre un peu mieux le monde dans lequel nous vivons et forcément de se comprendre soi-même.
Mais évidemment, quand on considère à la base qu’une grammaire ne fait pas partie des volumes scolaires obligatoires, il est difficile d’admettre par la suite que la littérature a sa raison d’être au collégial...
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