Triste personnage
Si on admet que la justice n'est ni une vengeance, ni une thérapie, mais un processus où des torts sont redressés sur la place publique, alors l'affaire Guy Cloutier, hier, a eu valeur de symbole.
Là où — sexe et célébrité obligent — on attendait du show, tous s'en sont tenus à l'essentiel: l'histoire toute pathétique d'une enfant abusée et celle d'une deuxième victime qui, selon les bribes qui ont pu circuler, l'a été tout autant.
Faute de procès en bonne et due forme, il manquera des détails à cette histoire. Mais dans ce cas précis, on en sait assez. Assez pour comprendre que le roi du showbiz était un triste personnage, assez pour voir le courage de celle qui a choisi de tout dire. Après des mois de commérages, les représentations sur sentence ont permis de mettre des faits sur la table. Un plus grand déballage dans le cadre d'un procès n'aurait servi que le voyeurisme.
Même la protection totale de l'identité de la deuxième victime se comprend dans ce contexte. Tout le Québec a joué à deviner qui est la plaignante d'origine. Quand l'anonymat judiciaire ne tient plus qu'à une façade — et tout laisse croire que ç'aurait aussi été le cas pour la deuxième victime —, le juge peut à bon droit décréter un huis clos. Les amateurs d'anecdotes croustillantes trouveront bien, malgré tout, de quoi se mettre sous la dent.
Mais voilà uniquement ce que cette affaire a d'exceptionnel. Pour le reste, c'est l'histoire classique des intouchables quand ils dérapent. Comment résister, surtout quand on est enfant, à une icône ou à un king, à un saint ou à ce professeur si fin? Comment se plaindre quand nul n'accepte de voir la part du monstre derrière le monstre sacré, quand on éprouve soi-même pour cette personne des sentiments — de la confiance, de l'estime, de l'admiration — qui ne s'accordent pas aux gestes commis? Les domaines du sport, du spectacle, des communautés religieuses, de l'enseignement, de la politique, sont remplis de ces histoires d'agressions.
Avant, on n'en parlait pas; aujourd'hui, ça craque de partout. Des allusions, des témoignages, des procès, ici comme en Europe ou aux États-Unis. Quand les gens en ont assez, ils crient au sensationnalisme, en trouvant bien des défauts à la présumée victime.
Cette fois-ci, grâce au plaidoyer de culpabilité de Guy Cloutier mais surtout grâce à une preuve en béton, la crédibilité de la victime n'est plus entachée. Il ne faudrait toutefois pas que ce plaidoyer serve de passeport vers la liberté pour l'accusé. Sa vie est brisée? Celle de la plaignante aussi. Il n'a pas de casier judiciaire? C'est le cas de la grande majorité des agresseurs sexuels. Il exprime ses regrets? C'est une attitude digne, mais l'homme a aussi à assumer personnellement la conséquence de ses gestes.
Croire que cela se fera à travers des spectacles-bénéfices, comme la défense le réclame pour sentence, c'est de nouveau confondre les paillettes et la vie. Et ce serait se moquer de toutes les petites filles de dix ans qui, un jour, ont été tripotées par des hommes puissants.
jboileau@ledevoir.ca
Là où — sexe et célébrité obligent — on attendait du show, tous s'en sont tenus à l'essentiel: l'histoire toute pathétique d'une enfant abusée et celle d'une deuxième victime qui, selon les bribes qui ont pu circuler, l'a été tout autant.
Faute de procès en bonne et due forme, il manquera des détails à cette histoire. Mais dans ce cas précis, on en sait assez. Assez pour comprendre que le roi du showbiz était un triste personnage, assez pour voir le courage de celle qui a choisi de tout dire. Après des mois de commérages, les représentations sur sentence ont permis de mettre des faits sur la table. Un plus grand déballage dans le cadre d'un procès n'aurait servi que le voyeurisme.
Même la protection totale de l'identité de la deuxième victime se comprend dans ce contexte. Tout le Québec a joué à deviner qui est la plaignante d'origine. Quand l'anonymat judiciaire ne tient plus qu'à une façade — et tout laisse croire que ç'aurait aussi été le cas pour la deuxième victime —, le juge peut à bon droit décréter un huis clos. Les amateurs d'anecdotes croustillantes trouveront bien, malgré tout, de quoi se mettre sous la dent.
Mais voilà uniquement ce que cette affaire a d'exceptionnel. Pour le reste, c'est l'histoire classique des intouchables quand ils dérapent. Comment résister, surtout quand on est enfant, à une icône ou à un king, à un saint ou à ce professeur si fin? Comment se plaindre quand nul n'accepte de voir la part du monstre derrière le monstre sacré, quand on éprouve soi-même pour cette personne des sentiments — de la confiance, de l'estime, de l'admiration — qui ne s'accordent pas aux gestes commis? Les domaines du sport, du spectacle, des communautés religieuses, de l'enseignement, de la politique, sont remplis de ces histoires d'agressions.
Avant, on n'en parlait pas; aujourd'hui, ça craque de partout. Des allusions, des témoignages, des procès, ici comme en Europe ou aux États-Unis. Quand les gens en ont assez, ils crient au sensationnalisme, en trouvant bien des défauts à la présumée victime.
Cette fois-ci, grâce au plaidoyer de culpabilité de Guy Cloutier mais surtout grâce à une preuve en béton, la crédibilité de la victime n'est plus entachée. Il ne faudrait toutefois pas que ce plaidoyer serve de passeport vers la liberté pour l'accusé. Sa vie est brisée? Celle de la plaignante aussi. Il n'a pas de casier judiciaire? C'est le cas de la grande majorité des agresseurs sexuels. Il exprime ses regrets? C'est une attitude digne, mais l'homme a aussi à assumer personnellement la conséquence de ses gestes.
Croire que cela se fera à travers des spectacles-bénéfices, comme la défense le réclame pour sentence, c'est de nouveau confondre les paillettes et la vie. Et ce serait se moquer de toutes les petites filles de dix ans qui, un jour, ont été tripotées par des hommes puissants.
jboileau@ledevoir.ca
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