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Option citoyenne: absence de consensus sur la souveraineté

Tommy Chouinard   15 novembre 2004 
Québec — La souveraineté ne fait pas consensus à Option citoyenne. Dans une décision inattendue, les militants refusent d'épouser la cause souverainiste comme le leur proposait Françoise David et se donnent jusqu'à l'automne 2005 pour définir une position sur la question nationale.

La fondatrice d'Option citoyenne reconnaît elle-même «ne pas avoir vu venir» cette prise de position des militants. «Je me sens sereine par rapport à ça», a assuré Françoise David, hier, lors d'un point de presse qui s'est tenu à la clôture du premier congrès d'orientation d'Option citoyenne, à Québec. Cette sérénité n'est cependant pas partagée par tous. Si la plupart des militants se rallient à la position adoptée par la majorité, d'autres, farouchement souverainistes, ont décidé de claquer la porte quelques mois seulement après avoir adhéré au mouvement politique né en mai dernier.

Le comité de coordination, dont font partie Françoise David et François Saillant, a décidé de retirer sa proposition qui devait être soumise au vote hier et qui prévoyait que les membres se prononcent dès maintenant en faveur de la souveraineté puisque «le projet social d'Option citoyenne nécessite des changements profonds difficiles à réaliser» si le Québec ne maîtrise pas les «pouvoirs nécessaires». Dès samedi, lors des ateliers qui se sont déroulés à huis clos, les membres du comité ont senti que cette proposition était loin de faire consensus. «On aurait pu faire du forcing et défendre notre position bec et ongles. Peut-être que notre position aurait été adoptée, mais à quel prix? On a décidé d'écouter nos membres», a expliqué François Saillant.

À la suite d'un débat sur la question nationale qui s'est déroulé dans le calme, la majorité des 300 militants réunis à Québec ont refusé, hier, qu'Option citoyenne se prononce dès maintenant en faveur de la souveraineté. Les membres ont plutôt convenu que leur mouvement, qui deviendra un parti politique l'année prochaine, adopterait une position sur la question nationale d'ici à l'automne 2005. Des consultations seront menées dans toutes les régions. La proposition adoptée ne fait aucunement référence à l'indépendance.

«Ce que les membres nous ont dit c'est: "oui, vous nous avez recommandé la souveraineté, mais on n'est pas prêt à ça. Donnez-nous le temps, donnez-nous l'espace". Je pense qu'en politique, penser en termes de temps et d'espace, c'est aussi une chose importante», a affirmé François Saillant.

Selon Françoise David, la majorité des membres souhaiteraient définir quel «type de souveraineté» serait préconisée par Option citoyenne avant de s'afficher en faveur de cette option. «Ce qu'on avait sous-estimé, c'est combien [de membres] se disent "souverainistes-mais..." "Je suis souverainiste, mais je ne suis pas certain, je ne suis pas tout à fait décidé, j'ai besoin d'approfondir la question". Celle-là, on ne l'avait pas vue venir et on ne pouvait pas la voir venir tant que les gens ne nous en parlaient pas», a expliqué Mme David, qui continue de croire que la souveraineté est nécessaire «compte tenu de l'ampleur du projet d'Option citoyenne». François Saillant a précisé que le mouvement politique mènerait le débat sur la question nationale «à travers le spectre du bien commun et de son projet social progressiste», qui se veut le fondement du mouvement.

Des militants ont été choqués par la position adoptée par la majorité et ont décidé de claquer la porte. «Il aurait fallu se prononcer tout de suite. Il faut que le Québec soit souverain pour pouvoir réaliser le projet social. Mais ils ont eu peur de dire qu'on est souverainistes. Ils ne sont pas prêts à prendre parti. Moi, je suis prête. Je m'en vais», a confié au Devoir Louise Gravel, de Saint-Jean-Port-Joli. Elle compte rejoindre les rangs des Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ Libre), un groupe de gauche qui milite au sein du Parti québécois.

Pour d'autres militants, qui ne vont pas jusqu'à déchirer leur carte de membre, Option citoyenne aurait dû afficher ses couleurs dès maintenant. «Je pense qu'il fallait trancher. Ça nous laisse dans l'ambiguïté et ça ne nous aide pas», a affirmé Serge Petitclerc, de Québec.

Françoise David nie qu'Option citoyenne soit divisée. «Il y a les deux tiers de nos membres, si ce n'est pas plus, qui sont de bonne humeur. Y a-t-il des gens déçus? Mais oui, bien sûr. C'est une minorité. Et on a déjà commencé à discuter pour savoir comment on va faire les débats. Je pense que ça va très bien se passer», a-t-elle affirmé.

Comme la majorité des membres, Arthur Sandborne, qui est également président du Conseil central Montréal métropolitain de la CSN, estime que la décision prise par en assemblée plénière est «très sage». «La majorité des gens sont souverainistes ici, mais ils ne sont pas souverainistes à tout prix et surtout pas souverainistes avant de se battre pour les droits sociaux. Ils ne sont pas souverainistes comme au Parti québécois. Ça mérite donc une discussion de fond sur quelle sorte de souveraineté on veut», a-t-il expliqué.

Pourtant, des militants considèrent qu'Option citoyenne ne doit tout simplement pas s'engager sur la voie de la souveraineté. «On veut rassembler les gens, pas les diviser. Et si on se prononce pour la souveraineté, ça va faire fuir les gens qui ne veulent pas entendre parler de ça, mais plutôt d'un projet social de gauche. On n'a pas les preuves pour montrer que le peuple de gauche sera plus heureux et épanoui dans un Québec souverain. Alors je veux lutter à l'intérieur du mouvement pour que les gens passent leur temps et leur énergie sur le projet de gauche qu'on veut monter et pas à se battre pour la souveraineté», a expliqué Olivier Van Eyll, de Québec.

Aux yeux de quelques membres, accorder un appui à un «fédéralisme radicalement renouvelé» mériterait d'être envisagé. Option citoyenne pourrait-elle être autre chose que souverainiste? «On verra. On a des opinions comme individus, mais on veut permettre aux membres de se prononcer», a répondu François Saillant.

L'Union des forces progressistes, avec qui Option citoyenne souhaite s'unir l'année prochaine, comptait deux observateurs au congrès d'orientation de ce week-end. La prise de position des membres ne met pas en péril les discussions entre les deux formations, même si l'UFP milite pour la souveraineté du Québec. «Je pense qu'une majorité semblait favorable à la souveraineté, mais ils veulent s'assurer que ce n'est pas une position prise à la légère. Ils veulent se donner du temps. Je trouve ça positif», a affirmé Amir Khadir, vice-président de l'UFP.






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