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La mort d'une journaliste valeureuse

Michel ROY - Journaliste à la retraite, ancien président du Conseil de presse et ancien rédacteur en chef du Devoir  15 novembre 2004 
À la fois conquérante et combative à une époque où les femmes étaient mal reçues dans la profession, Françoise Côté, décédée fin octobre à Montréal, aura tout donné au journalisme durant plus de 50 ans.

Quand ses collègues mettaient cinq heures à rechercher une nouvelle jugée majeure, elle travaillait deux fois plus, reprenait le dossier à zéro, multipliait les démarches et publiait, en mieux et en primeur, l'information recherchée. Tantôt dans Le Soleil ou L'Événement-Journal de Québec, tantôt dans La Presse et jusque dans Le Canada, quotidien montréalais du matin disparu en 1953. Elle était pigiste avant l'avènement de la pige, ce qui lui ouvrit les portes de l'agence Presse canadienne, de Radio-Canada, de L'actualité et du Petit Journal, qui lui confia la tribune parlementaire de Québec.

Lauréate du prix Judith-Jasmin en 1985, elle resta pigiste jusqu'au début des années 90, notamment auprès du Devoir où elle signa plusieurs articles à teneur scientifique, touchant par exemple l'exploration de l'espace, et d'autres sur la question autochtone.

De la détermination

Mais ce qu'il faut savoir de cette époque des années 50, c'est que des femmes comme Françoise Côté ont fait preuve d'un grand courage, de persévérance et de détermination pour faire du journalisme envers et contre tous, surtout à Québec où, jeunes ou moins jeunes, les femmes n'étaient pas embauchées facilement. Il faut rappeler les noms de quelques héroïnes qui ont su tenir le coup: Germaine Bundock, Renaude Lapointe, Françoise Larochelle, Monique Duval, Françoise Côté.

Mais le vrai défi pour les pionnières de l'époque était d'aborder l'information générale, hors du ghetto des femmes au foyer, des pages dites féminines et du courrier du coeur.

Françoise Côté, prête à exercer son métier dans les secteurs les plus difficiles, s'intéressa à divers aspects de la guerre 1939-45. Elle était attentive à l'évolution du conflit mondial et connaissait plusieurs officiers des régiments au Québec. C'est ainsi qu'elle fut appelée à rendre compte des deux conférences de Québec qui réunirent Churchill, Roosevelt, Mackenzie King et quelques autres.

Et quand elle rentrait à Québec, Françoise passait à la tribune de la presse saluer les «vieux de la vieille». Une habitude qu'elle a gardée tout au long de sa carrière, tant à Québec qu'en venant faire son tour dans la salle de rédaction du Devoir à Montréal. La famille de la presse écrite était la sienne, jusqu'à la fin.

Une pionnière... qu'on congédie

On a dit d'elle qu'elle avait ainsi ouvert la voie du féminisme avant la lettre. Avec quelques autres à Québec, puis à Montréal, elle a été journaliste autonome et indépendante. Liza Balfour, du journal The Gazette, a été l'une des premières, sinon la première correspondante parlementaire à Québec pour Le Petit Journal, hebdo montréalais dominical fort important jusque dans les années 60.

En 1951, les journalistes du Soleil et de L'Événement-Journal signent leur première convention collective. Les femmes journalistes sont gratifiées: «À travail égal, salaire égal», stipule le contrat en lettres majuscules. Avant ce jour historique, il faut dire que les femmes gagnaient un tiers de moins, en moyenne, que les hommes.

«Cette victoire syndicale et féministe, écrit Louis-Guy Lemieux dans Le Roman du Soleil, un journal dans son siècle (publié par Septentrion en 1997 à l'occasion du centenaire du quotidien québécois), laisse dans l'ombre une réalité moins reluisante: Françoise Côté, celle qui mit sur pied le premier syndicat de journalistes à Québec, est congédiée. Ses confrères militants sauvent leur tête.»

Lemieux ajoute: «Les femmes journalistes des journaux québécois savaient qu'elles s'embarquaient dans une drôle de galère. Jusqu'au tournant des années 60, une journaliste qui avait le malheur de vouloir se marier devait quitter son emploi automatiquement. Les femmes mariées étaient rayées dans la profession à moins d'être veuves et sans enfants.»

Françoise Côté, parce qu'elle était déterminée, a néanmoins poursuivi son cheminement professionnel à Montréal, sans faiblir, sans acrimonie... solitaire et fière de son métier.

Toujours, durant ces années difficiles et jusqu'en 1990, elle s'est distinguée par sa rigueur, son souci de la véracité, comme en témoignent ses démarches nombreuses et le temps qu'elle consacrait à la recherche. Notre consoeur Françoise fut à la fois une pionnière modeste et intrépide.
 
 
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