Libre opinion: La présence des établissements d'enseignement privés: une manifestation de la démocratie québécoise
Marc-André Girard - Enseignant en sciences humaines au secondaire
12 novembre 2004
Le palmarès des écoles secondaires du Québec, publié dans L'Actualité, nous ramène chaque année devant la dialectique où les vertus de l'enseignement privé s'opposent à celles de l'enseignement public. C'est dans cet esprit que Sébastien Paquin-Charbonneau a rédigé un texte intitulé «Les PPP: un investissement douteux», publié dans Le Devoir du 10 novembre.
De prime abord, je ne conteste aucunement les chiffres amenés par l'auteur. Il est un fait connu que le gouvernement provincial finance environ 50 % des frais de scolarité des élèves du secteur privé. Cependant, ce que je déplore, c'est la vision réductrice de l'auteur en ce qui concerne les écoles ou collèges privés qui, selon ses mots, vendent du rêve, une sécurité et un encadrement. Cela est totalement faux. Ils vendent ce qui n'est pas disponible gratuitement dans les écoles du secteur public.
Dans notre société, le désir de privatisation est une réponse au mauvais fonctionnement du secteur public; c'est la réponse de l'échec d'un système qui n'évolue pas au même rythme que la population qu'il sert.
Cela est vrai dans le secteur de l'éducation, de la santé, du traitement de l'eau potable, etc. Avant de voir ce que le secteur d'éducation privé a à offrir de plus que le secteur public, examinons à quel point l'option du système privé en éducation se traduit par un choix démocratique.
Choisir son institution d'enseignement
Dans un établissement d'enseignement privé, on trouve habituellement des élèves qui ont été sélectionnés parmi un large éventail d'élèves-candidats.
Il y a évidemment une certaine contingence dans les offres d'admission découlant des résultats des examens d'admission. Certains diront que ces examens dans de tels établissements d'enseignement sont en réalité contraires à l'esprit démocratique de l'école québécoise, qui privilégie une école accessible à tout le monde, et ce, de façon équitable.
Cependant, force est de reconnaître que grâce à cette sélection, les élèves retenus au sein d'un établissement privé sont habituellement motivés et plus intéressés à participer au projet éducatif proposé par l'institution à laquelle ils ont posé leur candidature.
Alors, en réalité, ils ont le choix de l'établissement privé ou public qui les intéresse et, grâce aux subventions provinciales en matière d'éducation, ils ont davantage les moyens de choisir le secteur privé. Voilà donc une manifestation de l'esprit démocratique qui anime notre société!
Tant et aussi longtemps que le secteur public de l'éducation sera sous- financé, l'enseignement privé sera à privilégier. Certaines mauvaises langues prétexteront que si le public est sous-financé, c'est justement à cause des subventions accordées au secteur privé.
En ce qui me concerne, il est clair que le milieu de l'éducation, comme celui de la santé, ne doit pas subir de compressions. Il en va de la santé de notre société et de la survie de notre culture. Les compressions doivent donc provenir d'autres sources. Soyons réalistes: si le gouvernement accepte de financer le secteur privé, c'est qu'il est conscient que de plus en plus de parents optent pour cette option.
Comme M. Paquin-Charbonneau le cite lui-même, peut-être est-ce un pas vers un désengagement de l'État dans la formation de la jeunesse. Je ne crois pas que nous sommes les mieux placés pour en juger.
Cependant, je suis d'avis que le gouvernement reconnaît simplement que l'éducation publique est simplement une autre avenue qui, depuis des décennies, s'avère de plus en plus populaire auprès des parents. Les programmes de subventions aux établissements privés proviennent alors de la pression des parents et d'une collectivité qui tient à cette option. D'ailleurs, bon nombre d'enfants de la classe politique sont inscrits à des établissements scolaires privés ou y ont séjourné.
Un milieu de vie stimulant pour l'élève
Ceci étant dit, en tant qu'enseignant au secondaire dans un collège privé (et ancien enseignant du secteur public) ainsi qu'en tant que futur père, laissez-moi vous expliquer ce qui me laisse croire que l'option de l'éducation privée est plus avantageuse que l'option publique. Le milieu scolaire est d'abord et avant tout un milieu de vie pour les élèves.
Au privé, ainsi que dans quelques écoles publiques, j'en conviens, les activités étudiantes sont omniprésentes et organisées de main de maître. Par exemple, les activités parascolaires abondent, les programmes de récupération sont omniprésents, les enseignants sont souvent plus présents et disponibles, l'utilisation des technologies de l'information et de la communication (TIC) sont encouragées et le matériel informatique est souvent de dernier cri.
Certains établissements offrent des services à temps plein à leur clientèle étudiante. Aussi, il n'est pas rare de constater qu'une infirmière, un psychologue, un conseiller en orientation, des techniciens en informatique ou des entraîneurs sportifs qualifiés sont souvent ajoutés au personnel-cadre, de soutien, enseignant et non enseignant d'une école privée.
Habituellement, un établissement privé se définit par une abondance de services offerts aux élèves, contrairement au secteur public, qui partage ses spécialistes avec d'autres établissements de la commission scolaire.
Les PPP
Je suis conscient que l'expression «partenariats public-privé» (PPP) est un néologisme à la mode, mais elle ne doit pas être utilisée à toutes les sauces. En réfléchissant bien, comme M. Paquin-Charbonneau le souligne, les PPP existent depuis des lunes car les trois ordres de gouvernement ont souvent subventionné des entreprises privées pour favoriser leur établissement au Québec ou au Canada dans une municipalité quelconque.
Avons-nous oublié l'épisode de General Motors à Boisbriand ou celui de Hyundai à Bromont? Et que dire de l'implantation d'Intrawest à Mont-Tremblant?
De plus, il y a quelques décennies. l'ancien ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche du Québec n'a-t-il pas accordé plusieurs concessions de gérance de certaines activités commerciales de ses parcs nationaux à des entreprises privées sans but lucratif?
Ceci étant dit, je ne crois pas qu'il soit approprié de comparer le secteur d'éducation privé à un éventuel réseau de la santé privé.
Par exemple, les médecins quittent le réseau public pour deux raisons souvent inexistantes chez les enseignants du secteur public.
Premièrement, les médecins en ont assez des ratés du système de soins de santé; ensuite, ils peuvent substantiellement accroître leurs revenus et, surtout, leurs conditions de travail dans un système de santé privé.
Pour terminer, ce que je suggère est rien de moins que le statut quo en ce qui concerne la présence d'un réseau d'éducation privé qui a fait ses preuves tout en évoluant aux côtés d'un système public.
M. Paquin-Charbonneau suggère de faire le choix d'une société qui croit en l'éducation publique en annihilant l'option de l'éducation privée, donc en proposant au gouvernement de cesser de financer le réseau d'éducation privé.
Voilà qui, à mon avis, est bien loin d'être une avenue démocratique.
De prime abord, je ne conteste aucunement les chiffres amenés par l'auteur. Il est un fait connu que le gouvernement provincial finance environ 50 % des frais de scolarité des élèves du secteur privé. Cependant, ce que je déplore, c'est la vision réductrice de l'auteur en ce qui concerne les écoles ou collèges privés qui, selon ses mots, vendent du rêve, une sécurité et un encadrement. Cela est totalement faux. Ils vendent ce qui n'est pas disponible gratuitement dans les écoles du secteur public.
Dans notre société, le désir de privatisation est une réponse au mauvais fonctionnement du secteur public; c'est la réponse de l'échec d'un système qui n'évolue pas au même rythme que la population qu'il sert.
Cela est vrai dans le secteur de l'éducation, de la santé, du traitement de l'eau potable, etc. Avant de voir ce que le secteur d'éducation privé a à offrir de plus que le secteur public, examinons à quel point l'option du système privé en éducation se traduit par un choix démocratique.
Choisir son institution d'enseignement
Dans un établissement d'enseignement privé, on trouve habituellement des élèves qui ont été sélectionnés parmi un large éventail d'élèves-candidats.
Il y a évidemment une certaine contingence dans les offres d'admission découlant des résultats des examens d'admission. Certains diront que ces examens dans de tels établissements d'enseignement sont en réalité contraires à l'esprit démocratique de l'école québécoise, qui privilégie une école accessible à tout le monde, et ce, de façon équitable.
Cependant, force est de reconnaître que grâce à cette sélection, les élèves retenus au sein d'un établissement privé sont habituellement motivés et plus intéressés à participer au projet éducatif proposé par l'institution à laquelle ils ont posé leur candidature.
Alors, en réalité, ils ont le choix de l'établissement privé ou public qui les intéresse et, grâce aux subventions provinciales en matière d'éducation, ils ont davantage les moyens de choisir le secteur privé. Voilà donc une manifestation de l'esprit démocratique qui anime notre société!
Tant et aussi longtemps que le secteur public de l'éducation sera sous- financé, l'enseignement privé sera à privilégier. Certaines mauvaises langues prétexteront que si le public est sous-financé, c'est justement à cause des subventions accordées au secteur privé.
En ce qui me concerne, il est clair que le milieu de l'éducation, comme celui de la santé, ne doit pas subir de compressions. Il en va de la santé de notre société et de la survie de notre culture. Les compressions doivent donc provenir d'autres sources. Soyons réalistes: si le gouvernement accepte de financer le secteur privé, c'est qu'il est conscient que de plus en plus de parents optent pour cette option.
Comme M. Paquin-Charbonneau le cite lui-même, peut-être est-ce un pas vers un désengagement de l'État dans la formation de la jeunesse. Je ne crois pas que nous sommes les mieux placés pour en juger.
Cependant, je suis d'avis que le gouvernement reconnaît simplement que l'éducation publique est simplement une autre avenue qui, depuis des décennies, s'avère de plus en plus populaire auprès des parents. Les programmes de subventions aux établissements privés proviennent alors de la pression des parents et d'une collectivité qui tient à cette option. D'ailleurs, bon nombre d'enfants de la classe politique sont inscrits à des établissements scolaires privés ou y ont séjourné.
Un milieu de vie stimulant pour l'élève
Ceci étant dit, en tant qu'enseignant au secondaire dans un collège privé (et ancien enseignant du secteur public) ainsi qu'en tant que futur père, laissez-moi vous expliquer ce qui me laisse croire que l'option de l'éducation privée est plus avantageuse que l'option publique. Le milieu scolaire est d'abord et avant tout un milieu de vie pour les élèves.
Au privé, ainsi que dans quelques écoles publiques, j'en conviens, les activités étudiantes sont omniprésentes et organisées de main de maître. Par exemple, les activités parascolaires abondent, les programmes de récupération sont omniprésents, les enseignants sont souvent plus présents et disponibles, l'utilisation des technologies de l'information et de la communication (TIC) sont encouragées et le matériel informatique est souvent de dernier cri.
Certains établissements offrent des services à temps plein à leur clientèle étudiante. Aussi, il n'est pas rare de constater qu'une infirmière, un psychologue, un conseiller en orientation, des techniciens en informatique ou des entraîneurs sportifs qualifiés sont souvent ajoutés au personnel-cadre, de soutien, enseignant et non enseignant d'une école privée.
Habituellement, un établissement privé se définit par une abondance de services offerts aux élèves, contrairement au secteur public, qui partage ses spécialistes avec d'autres établissements de la commission scolaire.
Les PPP
Je suis conscient que l'expression «partenariats public-privé» (PPP) est un néologisme à la mode, mais elle ne doit pas être utilisée à toutes les sauces. En réfléchissant bien, comme M. Paquin-Charbonneau le souligne, les PPP existent depuis des lunes car les trois ordres de gouvernement ont souvent subventionné des entreprises privées pour favoriser leur établissement au Québec ou au Canada dans une municipalité quelconque.
Avons-nous oublié l'épisode de General Motors à Boisbriand ou celui de Hyundai à Bromont? Et que dire de l'implantation d'Intrawest à Mont-Tremblant?
De plus, il y a quelques décennies. l'ancien ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche du Québec n'a-t-il pas accordé plusieurs concessions de gérance de certaines activités commerciales de ses parcs nationaux à des entreprises privées sans but lucratif?
Ceci étant dit, je ne crois pas qu'il soit approprié de comparer le secteur d'éducation privé à un éventuel réseau de la santé privé.
Par exemple, les médecins quittent le réseau public pour deux raisons souvent inexistantes chez les enseignants du secteur public.
Premièrement, les médecins en ont assez des ratés du système de soins de santé; ensuite, ils peuvent substantiellement accroître leurs revenus et, surtout, leurs conditions de travail dans un système de santé privé.
Pour terminer, ce que je suggère est rien de moins que le statut quo en ce qui concerne la présence d'un réseau d'éducation privé qui a fait ses preuves tout en évoluant aux côtés d'un système public.
M. Paquin-Charbonneau suggère de faire le choix d'une société qui croit en l'éducation publique en annihilant l'option de l'éducation privée, donc en proposant au gouvernement de cesser de financer le réseau d'éducation privé.
Voilà qui, à mon avis, est bien loin d'être une avenue démocratique.
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