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Les chances de paix au Proche-Orient

12 novembre 2004 
La mort de la figure emblématique du peuple palestinien soulève maintes interrogations et inquiétudes à propos de la sécurité de la région du Moyen-Orient. Deux questions cruciales sont à l'ordre du jour: la Palestine connaîtra-t-elle un nouvel ordre politique ou la guerre civile? Assisterons-nous à un tournant de la diplomatie américaine?

La disparition de Yasser Arafat pose immédiatement le problème de sa succession. Actuellement, la vieille garde palestinienne personnifiée par le triumvirat Mahmoud Abbas, secrétaire général de l'OLP, Ahmed Qoreï, premier ministre de l'Autorité palestinienne, et Rawhi Fattouh, président du Conseil législatif, devrait pouvoir assurer une succession harmonieuse et peu susceptible de provoquer de grandes turbulences politiques. En effet, elle semble bien en selle et a même attiré dans son giron l'un des contestataires des accords d'Oslo, Farouk al-Kaddoumi.

Cependant, les défis demeurent énormes. Les dirigeants de la vieille garde doivent consolider leur légitimité en établissant un consensus auprès des jeunes dirigeants de la mouvance de Yasser Arafat, notamment Marouan Barghouti, emprisonné en Israël et véritable source d'inspiration pour la branche armée du Fatah, Jibril Rajoub, le conseiller d'Arafat en matière de sécurité, et Mohammad Dahlan, l'ancien ministre de l'Intérieur dans le gouvernement déchu de Mahmoud Abbas. À l'évidence, la réussite de la vieille garde passe obligatoirement par une bonne entente avec les «jeunes loups» du Fatah.

Par ailleurs, afin que le pouvoir politique palestinien trouve sa légitimité, il doit de toute urgence pouvoir contenir tant les mouvements islamistes, comme le Hamas et le Jihad, que les mouvements de gauche, comme le Front populaire pour la libération de la Palestine.

Deux préoccupations sont urgentes: premièrement, les mouvements doivent tous être partenaires dans la gestion de la vie politique palestinienne; deuxièmement, une trêve ou une suspension de l'intifada militaire devrait permettre l'émergence d'un nouveau leadership politique démocratiquement élu et qui favorise l'adoption d'une vision consensuelle sur les moyens à utiliser dans l'affrontement entre l'Autorité palestinienne et Israël.

Israël et des pays arabes

En ce qui concerne la tenue d'élections générales qui tireraient au clair le degré de représentativité de chaque faction palestinienne, la responsabilité du gouvernement israélien est cruciale. Des élections à Gaza et en Cisjordanie ne pourront pas avoir lieu sans la volonté israélienne de favoriser la montée au pouvoir de nouveaux dirigeants palestiniens. À ce chapitre, les États-Unis devront exercer les pressions suffisantes sur Israël.

Tout aussi importante est la responsabilité des régimes arabes voisins. En effet, ils doivent absolument éviter de s'ingérer dans le processus décisionnel palestinien et s'assurer plutôt de la légitimité populaire des futurs dirigeants. Dans le cas contraire, deux scénarios risquent de se produire.

D'une part, la situation pourrait susciter un débordement de violence dans la bande de Gaza. Une telle évolution permettrait aux islamistes d'obtenir un contrôle politique des institutions de l'Autorité palestinienne et pourrait ainsi provoquer une guerre civile et une nouvelle ingérence de l'Égypte dans la bande de Gaza. La situation pourrait d'autre part encourager les radicaux israéliens à forcer le «transfert» massif des populations palestiniennes de la Cisjordanie vers la Jordanie. Dans les deux cas, nous assisterions à l'effondrement de l'Autorité palestinienne et à la fin du rêve de Yasser Arafat de bâtir deux États sur la terre de Palestine.

La diplomatie américaine

À cet égard, l'autorité palestinienne aura besoin de toute l'aide internationale (et notamment américaine) pour surmonter les énormes difficultés qu'elle rencontrera dans un contexte où les risques de dérapage politique sont au demeurant très importants. La mort d'Arafat représentera un tournant particulièrement important pour la diplomatie américaine.

Jusqu'ici, cette dernière a surtout été marquée par une politique empreinte d'immobilisme face à la nécessité d'efforts de médiation constants. Si l'administration Bush s'est clairement déclarée en faveur de la création d'un État palestinien pour 2005, ses promesses ne se sont guère traduites en actions concrètes. En contraste avec l'administration Clinton, celle de Bush n'a tenu aucun sommet diplomatique entre Israéliens et Palestiniens ni aucune réunion entre chefs d'État pour relancer le processus de paix ou freiner les élans de violence quotidiens dans la région.

Désormais, avec la mort d'Arafat, la politique de passivité du président Bush n'est plus justifiée, et ce, pour deux raisons. D'une part, la mort d'Arafat prive l'administration américaine du plus grand prétexte qui justifiait à ses yeux la suspension des pourparlers diplomatiques.

En effet, il y a trois ans, Bush annonçait qu'Arafat ne serait plus un interlocuteur pour les États-Unis. Il était alors aisé de ne rien faire tant que le leader palestinien demeurait à la tête de son organisation. Désormais, Washington devra réviser son discours et accepter d'appuyer ouvertement le nouveau leader désigné de l'Autorité palestinienne. L'alternance politique qu'entraîne la mort d'Arafat représente ainsi une occasion si la diplomatie américaine souhaite reprendre le flambeau de la médiation israélo-palestinienne.

D'autre part, les incertitudes entourant la succession d'Arafat constitueront un véritable problème si l'administration Bush persiste à adopter un comportement attentiste et enclin à la temporisation. Si Washington devait fuir ses responsabilités diplomatiques et laisser le champ libre aux seuls acteurs politiques de la région, il ne serait guère surprenant que la situation s'envenime.

En ce sens, le deuxième mandat de Bush est encore plus critique pour le Proche-Orient. La paix dans cette région, tant pour les Israéliens que pour les Palestiniens, requiert un engagement soutenu de la diplomatie américaine, engagement qui a fait cruellement défaut depuis l'arrivée de Bush à la Maison-Blanche.






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