Yasser Arafat avant et après
La mort vient de libérer Yasser Arafat de la prison israélienne. Dans sa vie comme dans sa mort, Arafat reste la figure imposante de la scène moyen-orientale. Le départ du vieux patriarche suscite des réactions dans tous les coins du monde, du Maroc à l'Australie et des États-Unis à l'Afrique du Sud en passant par l'Europe et l'Asie.
Le déluge des reconnaissances qualifie Arafat de père de la nation, d'incarnation de l'espoir de son peuple, celle de la lutte pour la libération, la cause nationale et l'identité palestinienne, un politicien habile, un résistant, la voix des réfugiés et des occupés, la figure historique et charismatique. La seule voix dissidente est exprimée par certains Israéliens pour qui Arafat n'était qu'un terroriste. Le premier ministre australien reproche à Arafat son incapacité de conclure un accord de paix avec Israël.
Arafat a consacré l'ensemble de sa vie à la lutte de son peuple pour l'indépendance nationale. L'infatigable guérillero a connu un trajet tumultueux. Il a oeuvré plus de vingt ans pour détruire Israël et a consacré autant années de sa vie à faire la paix avec l'État hébreu.
La métamorphose n'a pas toujours été facile. Le rêve de conclure une «paix des braves» devient illusoire quand Yitzhak Rabin, premier ministre israélien et partenaire d'Arafat pour la paix, est assassiné par un extrémiste juif. Les successeurs de Rabin, les Éhoud Barak, Benjamin Nétanyahou et Ariel Sharon, n'ont eu ni la volonté politico-idéologique ni le courage de reconnaître les droits légitimes palestiniens gravés dans les résolutions de l'ONU, la même organisation qui a donné naissance à l'État israélien.
George W. Bush et Ariel Sharon ont démonisé Arafat en le présentant comme un obstacle à la paix. Depuis l'annonce de la mort d'Abou Ammar, Bush et Sharon voient une vraie occasion pour la paix. Sharon qualifie la disparition de son vieil ennemi de «point tournant» et laisse présager une reprise des négociations de paix avec les successeurs de ce dernier. Seul le passage du temps nous dira qui des deux, Arafat ou Sharon, est un obstacle à la paix.
La direction palestinienne
Tout laisse à croire que les structures politiques palestiniennes ont la capacité d'absorber le choc de la disparition d'Arafat. Tout le pouvoir qu'Arafat incarnait sera distribué conformément à la Constitution palestinienne. Le président du Parlement assume la présidence de l'Autorité palestinienne jusqu'à l'organisation des élections. Le premier ministre Ahmed Qoreï garde ses responsabilités. L'ancien premier ministre Mahmoud Abbas devient le chef par intérim de l'Organisation de la libération de la Palestine (OLP). Basé à Tunis, Farouk Kaddoumi, responsable du bureau politique de l'OLP, prend en charge le Fatah, la composante la plus importante de cette organisation.
Le Fatah a été fondé par Arafat et ses collaborateurs dans les années 50 pour détruire l'État «usurpateur» d'Israël. Ces jeunes fondateurs étaient convaincus que «vivre sous occupation, c'est l'humiliation à chaque instant de sa vie. Résister à l'occupation, c'est vivre libre!». La lutte armée était donc privilégiée comme la seule voie logique pour s'émanciper du joug de l'occupant.
Tous les dirigeants palestiniens reconnaissent qu'Arafat était un dirigeant charismatique et unique et qu'eux-mêmes ne peuvent chercher à imiter le raïs. La direction collective provisoire doit serrer les rangs à l'intérieur tout en poursuivant le dialogue avec les organisations religieuses et nationales qui se trouvent à l'extérieur des structures de l'OLP.
Dans la situation actuelle, le Hamas et le Jihad islamique sont capables de lancer une lutte fratricide afin de s'imposer comme avenue alternative à la structure traditionnelle du pouvoir. Ils sont aussi en mesure d'aider les instances officielles du peuple palestinien en vue d'organiser une passation harmonieuse du pouvoir. Ils peuvent essayer d'entrer dans le jeu politique et viser le pouvoir par la voie des urnes.
Tout dérapage de ces organisations sur le chemin de dialogue plongera la société palestinienne dans le chaos, servant ainsi le gouvernement d'Ariel Sharon et les extrémistes israéliens et américains qui n'ont pas un grand appétit pour la paix lorsque celle-ci doit être accompagnée d'un retrait des territoires occupés. Il sera surtout un suicide politique qui reportera la réalisation du rêve national palestinien pour les années à venir. Si le comportement des derniers jours des groupes islamistes dans leurs rencontres avec le gouvernement d'Ahmed Qoreï reflète les vraies intentions de ceux-ci, il est permis d'espérer une plus grande collaboration interpalestinienne. Les islamistes se sont comportés de façon responsable.
Israël et États-Unis
La suite des événements dépendra en grande partie de la bonne volonté américano-israélienne de répondre aux aspirations légitimes du peuple palestinien. L'heure de vérité sonne pour Tel-Aviv et Washington. La création d'un État palestinien démocratique et viable ne peut qu'être salutaire. Elle peut grandement changer l'image des États-Unis dans les pays arabo-musulmans et annoncer le début d'un long processus de démocratisation dans la région du Moyen-Orient.
Elle réparerait, du moins en partie, l'injustice dont est victime le peuple palestinien depuis les années 20. Ce développement mettra enfin en chantier, avec un retard de plus d'un demi-siècle, l'autre moitié de la résolution 181 des Nations unies, celle qui a créé l'État hébreu. Si, par contre, Israéliens et Américains tentent de poursuivre la politique contre-productive des quatre dernières années, c'est-à-dire occupation, démolition de maisons, assassinats sélectifs et punitions collectives, il faut s'attendre à une plus grande radicalisation du climat politique, ce qui risque d'embraser l'ensemble du Moyen-Orient pour les années à venir.
Invité en 1974 par l'Assemblée générale des Nations unies (qui accorde le statut d'observateur à l'OLP, donc la reconnaissance internationale), Yasser Arafat avait prononcé un discours passionnant dont les médias avaient surtout retenu la phrase suivante: «Fils de Jérusalem, je suis venu ici tenant d'une main le rameau d'olivier et de l'autre mon fusil de révolutionnaire. Ne laissez pas le rameau d'olivier tomber de ma main.»
La question à laquelle il faut maintenant répondre est la suivante: la mort d'Arafat donnerait-elle enfin naissance à un État palestinien et à une normalité qui manque cruellement au Moyen-Orient?
Le déluge des reconnaissances qualifie Arafat de père de la nation, d'incarnation de l'espoir de son peuple, celle de la lutte pour la libération, la cause nationale et l'identité palestinienne, un politicien habile, un résistant, la voix des réfugiés et des occupés, la figure historique et charismatique. La seule voix dissidente est exprimée par certains Israéliens pour qui Arafat n'était qu'un terroriste. Le premier ministre australien reproche à Arafat son incapacité de conclure un accord de paix avec Israël.
Arafat a consacré l'ensemble de sa vie à la lutte de son peuple pour l'indépendance nationale. L'infatigable guérillero a connu un trajet tumultueux. Il a oeuvré plus de vingt ans pour détruire Israël et a consacré autant années de sa vie à faire la paix avec l'État hébreu.
La métamorphose n'a pas toujours été facile. Le rêve de conclure une «paix des braves» devient illusoire quand Yitzhak Rabin, premier ministre israélien et partenaire d'Arafat pour la paix, est assassiné par un extrémiste juif. Les successeurs de Rabin, les Éhoud Barak, Benjamin Nétanyahou et Ariel Sharon, n'ont eu ni la volonté politico-idéologique ni le courage de reconnaître les droits légitimes palestiniens gravés dans les résolutions de l'ONU, la même organisation qui a donné naissance à l'État israélien.
George W. Bush et Ariel Sharon ont démonisé Arafat en le présentant comme un obstacle à la paix. Depuis l'annonce de la mort d'Abou Ammar, Bush et Sharon voient une vraie occasion pour la paix. Sharon qualifie la disparition de son vieil ennemi de «point tournant» et laisse présager une reprise des négociations de paix avec les successeurs de ce dernier. Seul le passage du temps nous dira qui des deux, Arafat ou Sharon, est un obstacle à la paix.
La direction palestinienne
Tout laisse à croire que les structures politiques palestiniennes ont la capacité d'absorber le choc de la disparition d'Arafat. Tout le pouvoir qu'Arafat incarnait sera distribué conformément à la Constitution palestinienne. Le président du Parlement assume la présidence de l'Autorité palestinienne jusqu'à l'organisation des élections. Le premier ministre Ahmed Qoreï garde ses responsabilités. L'ancien premier ministre Mahmoud Abbas devient le chef par intérim de l'Organisation de la libération de la Palestine (OLP). Basé à Tunis, Farouk Kaddoumi, responsable du bureau politique de l'OLP, prend en charge le Fatah, la composante la plus importante de cette organisation.
Le Fatah a été fondé par Arafat et ses collaborateurs dans les années 50 pour détruire l'État «usurpateur» d'Israël. Ces jeunes fondateurs étaient convaincus que «vivre sous occupation, c'est l'humiliation à chaque instant de sa vie. Résister à l'occupation, c'est vivre libre!». La lutte armée était donc privilégiée comme la seule voie logique pour s'émanciper du joug de l'occupant.
Tous les dirigeants palestiniens reconnaissent qu'Arafat était un dirigeant charismatique et unique et qu'eux-mêmes ne peuvent chercher à imiter le raïs. La direction collective provisoire doit serrer les rangs à l'intérieur tout en poursuivant le dialogue avec les organisations religieuses et nationales qui se trouvent à l'extérieur des structures de l'OLP.
Dans la situation actuelle, le Hamas et le Jihad islamique sont capables de lancer une lutte fratricide afin de s'imposer comme avenue alternative à la structure traditionnelle du pouvoir. Ils sont aussi en mesure d'aider les instances officielles du peuple palestinien en vue d'organiser une passation harmonieuse du pouvoir. Ils peuvent essayer d'entrer dans le jeu politique et viser le pouvoir par la voie des urnes.
Tout dérapage de ces organisations sur le chemin de dialogue plongera la société palestinienne dans le chaos, servant ainsi le gouvernement d'Ariel Sharon et les extrémistes israéliens et américains qui n'ont pas un grand appétit pour la paix lorsque celle-ci doit être accompagnée d'un retrait des territoires occupés. Il sera surtout un suicide politique qui reportera la réalisation du rêve national palestinien pour les années à venir. Si le comportement des derniers jours des groupes islamistes dans leurs rencontres avec le gouvernement d'Ahmed Qoreï reflète les vraies intentions de ceux-ci, il est permis d'espérer une plus grande collaboration interpalestinienne. Les islamistes se sont comportés de façon responsable.
Israël et États-Unis
La suite des événements dépendra en grande partie de la bonne volonté américano-israélienne de répondre aux aspirations légitimes du peuple palestinien. L'heure de vérité sonne pour Tel-Aviv et Washington. La création d'un État palestinien démocratique et viable ne peut qu'être salutaire. Elle peut grandement changer l'image des États-Unis dans les pays arabo-musulmans et annoncer le début d'un long processus de démocratisation dans la région du Moyen-Orient.
Elle réparerait, du moins en partie, l'injustice dont est victime le peuple palestinien depuis les années 20. Ce développement mettra enfin en chantier, avec un retard de plus d'un demi-siècle, l'autre moitié de la résolution 181 des Nations unies, celle qui a créé l'État hébreu. Si, par contre, Israéliens et Américains tentent de poursuivre la politique contre-productive des quatre dernières années, c'est-à-dire occupation, démolition de maisons, assassinats sélectifs et punitions collectives, il faut s'attendre à une plus grande radicalisation du climat politique, ce qui risque d'embraser l'ensemble du Moyen-Orient pour les années à venir.
Invité en 1974 par l'Assemblée générale des Nations unies (qui accorde le statut d'observateur à l'OLP, donc la reconnaissance internationale), Yasser Arafat avait prononcé un discours passionnant dont les médias avaient surtout retenu la phrase suivante: «Fils de Jérusalem, je suis venu ici tenant d'une main le rameau d'olivier et de l'autre mon fusil de révolutionnaire. Ne laissez pas le rameau d'olivier tomber de ma main.»
La question à laquelle il faut maintenant répondre est la suivante: la mort d'Arafat donnerait-elle enfin naissance à un État palestinien et à une normalité qui manque cruellement au Moyen-Orient?
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