Transport du pauvre
Jean-Robert Sansfaçon
9 novembre 2004
Avec une quatrième hausse de tarifs en vue à la Société des transports, Montréal fait précisément le contraire de ce qu'il faudrait pour réduire la congestion aux heures de pointe. Entre 7h et 9h le matin, beau temps mauvais temps, traverser les ponts de l'île exige au moins une heure, et ces délais ne feront qu'empirer au fil du temps, puisque la part des déplacements faits en voiture pour se rendre au travail ou aux études continue de croître.
Le mois dernier, l'Office de consultation publique de Montréal recommandait aux autorités de réduire l'utilisation de l'auto au centre-ville. Réagissant positivement à la nouvelle, l'ancien ministre et président de la Société de transport de la CUM, Robert Perreault, affirmait que le parc automobile grandissait sept fois plus vite que la clientèle des transports en commun!
Depuis la crise des finances publiques de la dernière décennie, les villes et le gouvernement du Québec ont réduit leur contribution au financement des transports en commun. Montréal s'est rattrapé depuis, mais pas Québec qui tarde toujours à donner suite au rapport Bernard qui proposait diverses mesures d'aide aux sociétés de transport. Ces dernières ont tout fait pour limiter les hausses de tarifs, mais, depuis deux ans, la machine s'emballe, avec les conséquences que l'on devine sur l'achalandage. Ainsi, pour l'année en cours, la STM a prévu une baisse de cinq millions de passages. Heureusement que les trains de banlieue connaissent un franc succès qui apporte un peu de fraîcheur dans le système. Car, à Montréal même, on a assisté à la détérioration relative du service (diminution du nombre d'heures et de kilomètres parcourus, vieillissement des équipements, inconfort pour les passagers, pannes, attente prolongée, etc.).
Or il ne semble toujours pas y avoir de mouvement en faveur d'un changement de priorité de la part du gouvernement du Québec. Dans les sondages, les Québécois sont de vrais écolos: ils appuient Kyoto et s'opposent au Suroît. En revanche, dans leur vie quotidienne, ils refusent toute restriction dans l'usage de l'automobile, crient à l'arnaque lorsqu'il est question de taxer le stationnement et sont prêts à renverser n'importe quel gouvernement qui oserait rétablir le péage sur les ponts et les autoroutes. Pourtant, ce sont là les moyens les plus efficaces pour rationner l'usage de l'auto dans les zones de circulation intensive et aux heures de pointe.
Tant qu'on ne changera pas de paradigme et que les gouvernements continueront de n'investir que le strict minimum nécessaire pour maintenir un service suffisant pour ceux qui n'ont pas de voiture, le pourcentage des gens qui utilisent les transports collectifs continuera de chuter et la congestion routière, d'augmenter.
D'ici quelques semaines, Québec doit annoncer comment il entend venir en aide aux sociétés de transports en commun. De son côté, Ottawa s'apprête à injecter des centaines de millions par année pour les villes. Peut-on seulement souhaiter que le gouvernement Charest qui tient à garder le contrôle sur cet argent, en profite enfin pour annoncer une politique cohérente accordant la priorité absolue au transport collectif dans nos grandes villes ?
j-rsansfacon@ledevoir.ca
Le mois dernier, l'Office de consultation publique de Montréal recommandait aux autorités de réduire l'utilisation de l'auto au centre-ville. Réagissant positivement à la nouvelle, l'ancien ministre et président de la Société de transport de la CUM, Robert Perreault, affirmait que le parc automobile grandissait sept fois plus vite que la clientèle des transports en commun!
Depuis la crise des finances publiques de la dernière décennie, les villes et le gouvernement du Québec ont réduit leur contribution au financement des transports en commun. Montréal s'est rattrapé depuis, mais pas Québec qui tarde toujours à donner suite au rapport Bernard qui proposait diverses mesures d'aide aux sociétés de transport. Ces dernières ont tout fait pour limiter les hausses de tarifs, mais, depuis deux ans, la machine s'emballe, avec les conséquences que l'on devine sur l'achalandage. Ainsi, pour l'année en cours, la STM a prévu une baisse de cinq millions de passages. Heureusement que les trains de banlieue connaissent un franc succès qui apporte un peu de fraîcheur dans le système. Car, à Montréal même, on a assisté à la détérioration relative du service (diminution du nombre d'heures et de kilomètres parcourus, vieillissement des équipements, inconfort pour les passagers, pannes, attente prolongée, etc.).
Or il ne semble toujours pas y avoir de mouvement en faveur d'un changement de priorité de la part du gouvernement du Québec. Dans les sondages, les Québécois sont de vrais écolos: ils appuient Kyoto et s'opposent au Suroît. En revanche, dans leur vie quotidienne, ils refusent toute restriction dans l'usage de l'automobile, crient à l'arnaque lorsqu'il est question de taxer le stationnement et sont prêts à renverser n'importe quel gouvernement qui oserait rétablir le péage sur les ponts et les autoroutes. Pourtant, ce sont là les moyens les plus efficaces pour rationner l'usage de l'auto dans les zones de circulation intensive et aux heures de pointe.
Tant qu'on ne changera pas de paradigme et que les gouvernements continueront de n'investir que le strict minimum nécessaire pour maintenir un service suffisant pour ceux qui n'ont pas de voiture, le pourcentage des gens qui utilisent les transports collectifs continuera de chuter et la congestion routière, d'augmenter.
D'ici quelques semaines, Québec doit annoncer comment il entend venir en aide aux sociétés de transports en commun. De son côté, Ottawa s'apprête à injecter des centaines de millions par année pour les villes. Peut-on seulement souhaiter que le gouvernement Charest qui tient à garder le contrôle sur cet argent, en profite enfin pour annoncer une politique cohérente accordant la priorité absolue au transport collectif dans nos grandes villes ?
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