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Irak: l'état d'urgence

N/A ZZZN/A   8 novembre 2004 
Des résidants de Bagdad regardent brûler un véhicule à la suite d’une attaque, hier, au centre de la ville. Devant la recrudescence de la violence qui menace la tenue d’élections en janvier, le premier ministre Allaoui a décrété l’état d
Des résidants de Bagdad regardent brûler un véhicule à la suite d’une attaque, hier, au centre de la ville. Devant la recrudescence de la violence qui menace la tenue d’élections en janvier, le premier ministre Allaoui a décrété l’état d
Bagdad — Devant une nouvelle montée de la violence, le premier ministre irakien, Iyad Allaoui, a décrété l'état d'urgence pour deux mois dans tout le pays, Kurdistan excepté, tandis que les forces américaines commençaient à bombarder Fallouja en vue d'un assaut final.

M. Allaoui a expliqué que sa décision était nécessaire pour assurer les élections prévues en janvier. «C'est un message fort pour montrer que nous sommes sérieux. Nous voulons sécuriser le pays pour que les élections puissent se dérouler de manière pacifique», a-t-il dit.

Le décret permettra aux autorités d'imposer des couvre-feux, d'interdire les réunions, de surveiller les communications et de procéder à des arrestations.

«J'espère que les terroristes vont comprendre le message», a ajouté M. Allaoui.

Le gouvernement s'est doté de pouvoirs spéciaux peu après avoir pris les rênes du pays des mains de l'administration américaine le 28 juin, mais il ne s'en est pas encore servi malgré la virulence de l'insurrection qui sévit dans le pays.

Allaoui fait tout son possible pour trouver une solution pacifique au bras de fer opposant insurgés et forces américaines à Fallouja, a assuré son porte-parole, Saïr al Nakib.

«Il continue d'espérer qu'il peut être possible d'éviter une grande confrontation militaire à Fallouja, et il s'est engagé, lui et ses ministres, dans un ultime effort pour voir s'il est possible de trouver une solution pacifique», a-t-il expliqué, ajoutant que le premier ministre n'était «toutefois pas optimiste».

Quelques heures après l'annonce d'Allaoui, des avions de combat américains ont pilonné Fallouja tandis que d'intenses combats opposaient des forces terrestres à des insurgés à la périphérie urbaine, ont rapporté des témoins.

De violents affrontements ont lieu dans les faubourgs est et ouest de la ville, notamment aux abords d'un pont sur l'Euphrate, ont-ils dit. Selon CNN, les troupes américaines se sont aussi emparées du principal hôpital, situé en bordure de la ville du côté ouest.

On ne dispose pas d'autres précisions pour le moment. Les forces américaines préparent depuis plusieurs jours une offensive tous azimuts sur Falloudja pour s'en assurer le contrôle.

La décision du premier ministre irakien d'imposer l'état d'urgence intervient alors que plus de 50 policiers ont été tués en 48 heures par la guérilla. Hier à l'aube, 21 d'entre eux ont été exécutés par 200 hommes armés qui ont pris d'assaut leurs postes de police à Haditha et Haqlaniya, à 200 km à l'ouest de Bagdad.

La veille, 26 policiers et gardes nationaux avaient trouvé la mort dans l'explosion de quatre voitures piégées et dans des attaques contre des postes de police à Samarra, à 125 km au nord de Bagdad. Des perquisitions minutieuses étaient menées hier dans la ville, où un couvre-feu était instauré.

Cette attaque a été revendiquée par le groupe de l'islamiste Abou Moussab al-Zarqaoui, considéré par les Américains comme leur principal ennemi en Irak.

Quelque 10 000 soldats américains sont massés autour de Fallouja, se préparant à affronter 3000 insurgés protégés par des défenses et des pièges.

Les services de renseignement américains estiment à 1200 le noyau dur des combattants à Fallouja, dont au moins la moitié d'Irakiens, et à 2000 ceux venus des environs pour leur prêter main-forte. Selon les planificateurs militaires américains, les insurgés vont d'efforcer d'infliger les plus lourdes pertes possibles aux GI, afin de provoquer un mouvement d'opinion aux États-Unis.

Les combats les plus acharnés, estiment ces experts, devraient se dérouler dans la vieille ville de Fallouja, aux ruelles fortement peuplées. Les insurgés devraient tirer le meilleur parti de la configuration des lieux, et attirer les troupes américaines dans des pièges mortels, à base de mines ou d'immeubles piégés.

«Le combat de l'Amérique»

Les commandants américains ont commencé à galvaniser leurs troupes, à l'instar du général John Sattler, chef de la première Force expéditionnaire de marines, hier devant 2500 de ses hommes près de Fallouja.

«C'est le combat de l'Amérique», leur a-t-il lancé. «Nous y avons ajouté nos partenaires irakiens. Ils veulent y aller et libérer Fallouja. Ils sentent que cette ville est tenue en otage par des voyous, des assassins et des terroristes. Que Dieu vous bénisse, tout un chacun d'entre vous. Vous connaissez votre mission. Allez-y et remplissez-là.»

De leur côté, les insurgés se tenaient prêts pour défendre Fallouja comme ils l'avaient fait en avril en empêchant l'armée américaine d'entrer dans la ville.

«Depuis des mois, les forces américaines se préparent à l'offensive contre Fallouja, et la résistance en fait autant», a déclaré cheikh Abdel Moneim al-Badrani, membre du comité exécutif du Conseil des oulémas sunnites, qui réside dans la ville rebelle.

Plusieurs ruelles débouchant sur l'avenue qui traverse la ville d'est en ouest sont obstruées par des blocs de ciment et des sacs de sable posés par les insurgés pour se mettre à l'abri des francs-tireurs américains.

Selon le renseignement américain, les combattants seraient au moins 2000, pour la plupart des membres du réseau de l'islamiste Abou Moussab al-Zarqaoui. Ils ne semblaient pas pouvoir compter, comme c'était le cas au printemps, sur des renforts extérieurs, les sunnites irakiens, las de cet interminable face-à-face, étant peu mobilisés par l'offensive annoncée.

Les forces américaines ont également pilonné hier soir Garma, une localité au sud-est de Fallouja et des accrochages se déroulaient dans le village d'Abou Aoudah, au sud de Garma.

À l'ouest de Bagdad, deux soldats américains ont été tués dans des attaques séparées qui ont également fait quatre blessés, tandis que près de Bassora un civil britannique a été tué.

En outre, deux soldats britanniques ont été grièvement blessés près de leur base dans un attentat suicide, a indiqué un porte-parole du ministère britannique de la Défense. Quelque 850 soldats britanniques sont déployés depuis fin octobre à l'ouest de Bagdad pour relever des troupes américaines redéployées autour de Fallouja.

À Bagdad, un attentat suicide contre le domicile du ministre des Finances, Adel Abdel Mahdi, a tué un de ses gardes.

Trois membres du Conseil suprême de la révolution islamique en Irak (CSRII) ont été tués à Latifiya, au sud de Bagdad, où vingt-cinq rebelles ont été tués dans une embuscade tendue par des policiers en civil.

Deux chauffeurs de camion, un Irakien et un Turc, qui travaillaient pour l'armée américaine, ont été tués au nord de Bagdad et les corps criblés de balles de quatre Irakiens employés sur une base américaine ont été découverts au sud de Kirkouk.

À Paris, le ministre des Affaires étrangères Michel Barnier a déclaré que les deux journalistes français enlevés en Irak le 20 août dernier, Christian Chesnot et Georges Malbrunot, «étaient en vie, il y a quelques jours» et que la France s'efforçait toujours d'obtenir leur libération.






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