Les héritiers d'Arafat
Serge Truffaut
5 novembre 2004
Yasser Arafat ayant sombré dans le coma, la course à sa succession est ouverte. Symbole de la résistance palestinienne depuis plus de 40 ans, Arafat s'est toujours refusé à désigner un héritier. On peut donc s'attendre à un rude combat entre le clan des Tunisiens, les exilés de l'intérieur et les chefs de file du Hamas. Examen.
Porte-étendard de la cause palestinienne depuis la fin des années 50, Yasser Arafat a pris un soin particulier à ne jamais nommer un dauphin. Il n'a jamais été enclin à partager le pouvoir, particulièrement pour tout ce qui a trait aux finances et à la sécurité. On se souviendra qu'il y a moins de trois ans de cela, les diplomates européens n'avaient obtenu qu'à la dernière minute que le vieux raïs accepte la création d'un poste de premier ministre. S'il a concédé cela, il s'est par contre gardé d'allouer à celui-ci la main haute sur les questions financières et sécuritaires.
De tout temps, Arafat a sans cesse rusé pour écarter les rivaux potentiels comme il s'est toujours employé à tenir bien en laisse ses principaux lieutenants. Ce penchant autocratique s'est d'ailleurs soldé par un revers de fortune. Entre les deux intifadas, celle de la fin des années 80 et celle qui a cours depuis quatre ans, son audience auprès des Palestiniens n'a pas cessé de s'effilocher. N'eût été de l'erreur d'Ariel Sharon d'isoler Arafat dans son bunker de Ramallah, peut-être celui-ci aurait-il été placé dans l'obligation de céder sa place. Chose certaine, son ancrage dans les territoires occupés est aujourd'hui plus ferme qu'il l'était il y a une dizaine d'années.
Le vacuum qu'il a entretenu pour tout ce qui touche au leadership palestinien laisse présager un combat dont il est difficile de prédire l'issue. Sur ses principaux concurrents, qui forment le clan des exilés de l'intérieur, le clan dit des Tunisiens détient une longueur d'avance, mais celle-ci devrait être de courte durée. La raison en est simple: les Palestiniens ne les apprécient guère, principalement à cause du penchant qu'ils ont pour la corruption.
Quoi qu'il en soit, de tous les vétérans qui ont accompagné l'exil d'Arafat à Tunis et ailleurs, le nom de Mahmoud Abbas ressort avant les autres. À titre de premier premier ministre de l'Autorité palestinienne, Abbas a su se ménager, grâce à sa maîtrise de la négociation, le soutien de Mohammed Dahlan, un des chefs de file du clan des exilés de l'intérieur et prétendant avoué, tout comme il a éviter de s'aliéner le Hamas. Qui plus est, Abbas bénéficie, entre autres avantages, des pouvoirs importants dévolus à sa fonction. En tant que secrétaire général du comité exécutif de l'Organisation de libération de la Palestine, Abbas est le patron de facto de la centrale palestinienne depuis qu'Arafat est dans le coma.
Derrière Abbas, on retrouve bien évidemment Ahmed Qoreï. Actuel premier ministre, Qoreï n'a pas hésité à affirmer son indépendance à l'endroit d'Arafat en voulant rapatrier entre les mains du gouvernement tout ce qui relève de la sécurité. En outre, Qoreï a pour lui d'avoir été très impliqué dans les négociations secrètes qui s'étaient conclues par l'accord d'Oslo avec les Israéliens. Sa culture de gouvernement ainsi que son expérience diplomatique devraient lui être passablement profitables dans les semaines qui viennent.
C'est au sein du groupe des résistants de l'intérieur que sont rassemblées les personnalités les plus populaires aux yeux des Palestiniens. Le plus apprécié d'entre eux s'appelle Marwan Barghouti. En tant que dirigeant de la première intifada, Barghouti jouit d'une grande audience dans les territoires occupés. Son handicap? Il est actuellement prisonnier des Israéliens.
À court terme, réalité oblige, la bataille au sein de ce groupe opposera Dahlan à Jibril Rajoub. Le premier a capitalisé, dans tous les sens du terme, sur la position qui a été la sienne pendant des années alors qu'il était responsable de la sécurité à Gaza. Il a pour lui un trésor de guerre assez imposant et l'appui des Américains. Pour sa part, Rajoub, ex-chef de la sécurité en Cisjordanie, a la réputation d'être un pragmatique en plus d'être jugé acceptable par les gouvernements américain et israélien.
Cela étant, il faut souligner que dans la succession d'Arafat, les responsables du Hamas détiennent une influence de poids. Leur forte présence sur le terrain, combinée à un prosélytisme religieux qui ne faiblit pas, leur a permis de réduire à peau de chagrin tous les courants laïques et socialistes qui avaient tenu la dragée haute aux Israéliens pendant des années. Espérons que le nombre de prétendants ne débouchera pas sur une foire d'empoigne.
Porte-étendard de la cause palestinienne depuis la fin des années 50, Yasser Arafat a pris un soin particulier à ne jamais nommer un dauphin. Il n'a jamais été enclin à partager le pouvoir, particulièrement pour tout ce qui a trait aux finances et à la sécurité. On se souviendra qu'il y a moins de trois ans de cela, les diplomates européens n'avaient obtenu qu'à la dernière minute que le vieux raïs accepte la création d'un poste de premier ministre. S'il a concédé cela, il s'est par contre gardé d'allouer à celui-ci la main haute sur les questions financières et sécuritaires.
De tout temps, Arafat a sans cesse rusé pour écarter les rivaux potentiels comme il s'est toujours employé à tenir bien en laisse ses principaux lieutenants. Ce penchant autocratique s'est d'ailleurs soldé par un revers de fortune. Entre les deux intifadas, celle de la fin des années 80 et celle qui a cours depuis quatre ans, son audience auprès des Palestiniens n'a pas cessé de s'effilocher. N'eût été de l'erreur d'Ariel Sharon d'isoler Arafat dans son bunker de Ramallah, peut-être celui-ci aurait-il été placé dans l'obligation de céder sa place. Chose certaine, son ancrage dans les territoires occupés est aujourd'hui plus ferme qu'il l'était il y a une dizaine d'années.
Le vacuum qu'il a entretenu pour tout ce qui touche au leadership palestinien laisse présager un combat dont il est difficile de prédire l'issue. Sur ses principaux concurrents, qui forment le clan des exilés de l'intérieur, le clan dit des Tunisiens détient une longueur d'avance, mais celle-ci devrait être de courte durée. La raison en est simple: les Palestiniens ne les apprécient guère, principalement à cause du penchant qu'ils ont pour la corruption.
Quoi qu'il en soit, de tous les vétérans qui ont accompagné l'exil d'Arafat à Tunis et ailleurs, le nom de Mahmoud Abbas ressort avant les autres. À titre de premier premier ministre de l'Autorité palestinienne, Abbas a su se ménager, grâce à sa maîtrise de la négociation, le soutien de Mohammed Dahlan, un des chefs de file du clan des exilés de l'intérieur et prétendant avoué, tout comme il a éviter de s'aliéner le Hamas. Qui plus est, Abbas bénéficie, entre autres avantages, des pouvoirs importants dévolus à sa fonction. En tant que secrétaire général du comité exécutif de l'Organisation de libération de la Palestine, Abbas est le patron de facto de la centrale palestinienne depuis qu'Arafat est dans le coma.
Derrière Abbas, on retrouve bien évidemment Ahmed Qoreï. Actuel premier ministre, Qoreï n'a pas hésité à affirmer son indépendance à l'endroit d'Arafat en voulant rapatrier entre les mains du gouvernement tout ce qui relève de la sécurité. En outre, Qoreï a pour lui d'avoir été très impliqué dans les négociations secrètes qui s'étaient conclues par l'accord d'Oslo avec les Israéliens. Sa culture de gouvernement ainsi que son expérience diplomatique devraient lui être passablement profitables dans les semaines qui viennent.
C'est au sein du groupe des résistants de l'intérieur que sont rassemblées les personnalités les plus populaires aux yeux des Palestiniens. Le plus apprécié d'entre eux s'appelle Marwan Barghouti. En tant que dirigeant de la première intifada, Barghouti jouit d'une grande audience dans les territoires occupés. Son handicap? Il est actuellement prisonnier des Israéliens.
À court terme, réalité oblige, la bataille au sein de ce groupe opposera Dahlan à Jibril Rajoub. Le premier a capitalisé, dans tous les sens du terme, sur la position qui a été la sienne pendant des années alors qu'il était responsable de la sécurité à Gaza. Il a pour lui un trésor de guerre assez imposant et l'appui des Américains. Pour sa part, Rajoub, ex-chef de la sécurité en Cisjordanie, a la réputation d'être un pragmatique en plus d'être jugé acceptable par les gouvernements américain et israélien.
Cela étant, il faut souligner que dans la succession d'Arafat, les responsables du Hamas détiennent une influence de poids. Leur forte présence sur le terrain, combinée à un prosélytisme religieux qui ne faiblit pas, leur a permis de réduire à peau de chagrin tous les courants laïques et socialistes qui avaient tenu la dragée haute aux Israéliens pendant des années. Espérons que le nombre de prétendants ne débouchera pas sur une foire d'empoigne.
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