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Joe Clark jette l'éponge

L'homme politique ne dirigera pas le Parti conservateur aux prochaines élections générales

Manon Cornellier   7 août 2002 
Le chef du Parti conservateur, Joe Clark, au moment où il annonçait son intention de céder sa place lors des prochaines élections.
Photo : Agence Reuters
Le chef du Parti conservateur, Joe Clark, au moment où il annonçait son intention de céder sa place lors des prochaines élections.
Le chef conservateur, Joe Clark, ne dirigera pas son parti lors des prochaines élections fédérales, à moins qu'elles ne soient déclenchées de manière précipitée. En annonçant sa décision maintenant, il met un terme aux tiraillements provoqués par le vote de confiance qui devait avoir lieu au congrès du parti à la fin d'août.

«Je dois faire face à une certaine réalité. Je suis chanceux parce que je suis respecté, mais c'était difficile de traduire ce respect personnel en votes pour le parti et je ne suis pas ici pour être populaire ou respecté mais pour gagner une élection. Je crois que ce sera dans l'intérêt du parti d'avoir quelqu'un capable d'attirer un plus grand niveau d'appuis que moi», a-t-il dit en conférence de presse hier, peu de temps après avoir averti son caucus de 12 députés réuni à Ottawa.

Il soutient par contre qu'il en serait autrement en cas d'élections précipitées, surtout si Paul Martin était à la tête du Parti libéral du Canada. «Dans le cadre [d'une telle élection], mon expérience et ma façon de m'imposer sont des atouts, surtout si l'adversaire est Paul Martin, qui n'a pas encore fait ses preuves», a dit celui qui fut brièvement premier ministre en 1979. Selon lui, la popularité de l'ancien ministre est surévaluée et ne peut que se dégonfler en campagne électorale.

Il y a encore seulement quelques mois, M. Clark continuait à affirmer qu'il était la meilleure personne pour diriger son parti durant les prochaines élections. Il a commencé à remettre cette idée en question après l'échec de la coalition parlementaire qu'il avait formée avec d'anciens députés alliancistes. Une «profonde réflexion» entreprise après la session parlementaire et la lecture des sondages a fait le reste.

Selon le dernier sondage Ipsos-Reid, publié en juillet, les conservateurs auraient l'appui de 14 % des électeurs, le même score que les néo-démocrates.

L'Alliance canadienne les devançait avec 17 % des intentions de vote alors que les libéraux étaient toujours loin devant avec 46 % d'appuis.

Âgé de 63 ans, M. Clark pourrait quand même rester en poste une autre année. À sa demande, les conservateurs attendront la tenue du congrès libéral et du vote de révision du leadership de Jean Chrétien, en février, pour fixer la date du congrès à la direction du PC. Ce congrès aurait fort probablement lieu en juin, a dit le président du PC, Bruck Easton, et au plus tard à l'automne 2003.

En clarifiant ses intentions maintenant, cependant, Joe Clark répond au souhait exprimé par plusieurs conservateurs depuis quelques semaines, dont l'ancien ministre John Crosbie et le député Greg Thompson. Ils répétaient que le parti devait avoir un nouveau chef pour la prochaine élection mais qu'il fallait éviter de traverser l'épreuve du vote de confiance prévu lors du congrès du 22 au 25 août, à Edmonton.

M. Clark a nié avoir agi par crainte de la contestation mais n'a pas caché vouloir éviter de détourner l'attention du congrès. «[Le vote] n'était qu'une diversion. C'est un parti qui a une longue histoire de divisions internes et il aurait été très facile de tomber dans cette caricature. On ne pouvait pas se le permettre», a-t-il souligné. Il préférait que le parti se concentre sur la préparation de son programme politique.

La plupart des députés n'étaient pas surpris de sa décision, bien que certains, comme Scott Brison, étaient déçus. Selon eux, leur chef n'a pas été poussé vers la sortie puisque, au dire de Peter MacKay, aucune fronde n'était organisée.

Les députés voyaient toutefois des avantages au calendrier annoncé. «Ça nous donne le temps de voir tout ce qui se passe au cours de la prochaine année sur la scène nationale et même provinciale: leadership libéral, leadership néo-démocrate, élections québécoises. Ça va nous donner le temps aussi de créer l'élan nécessaire pour attirer des candidats avec une vision», a noté le seul député québécois, André Bachand. Selon lui, le résultat de l'élection provinciale aura un effet sur la place du Bloc québécois et le PC pourrait tenter d'en tirer profit.

Un seul candidat déclaré

Pour l'instant, seul Heward Grafftey, un ministre du bref cabinet Clark, a déjà indiqué son intention d'être candidat. Au sein du caucus, le nom du député Peter MacKay revient le plus souvent. Il n'a pas caché son intérêt hier mais a précisé qu'il devait réfléchir avant de prendre une décision. Plusieurs conservateurs rêvent aussi de voir le jeune premier ministre du Nouveau-Brunswick, Bernard Lord, briguer la direction de leur parti.

Le départ de M. Clark met fin à une longue carrière politique fédérale démarrée en 1972. Son premier passage à la tête du parti fut marqué par la formation d'un bref gouvernement minoritaire en 1979. En 1983, il perdait la direction du parti aux mains de Brian Mulroney. Ministre des Affaires extérieures et des Affaires constitutionnelles sous M. Mulroney, M. Clark s'est retiré de la vie politique en 1993 pour revenir à la tête du parti en novembre 1998.

Lors des élections de novembre 2000, il a fait élire 12 députés, préservant de justesse le statut officiel de son parti aux Communes. Il s'est alors retrouvé pris dans l'éternel débat de l'union de la droite.

Le chef de l'Alliance, Stephen Harper, a d'ailleurs interprété la décision du chef conservateur comme une réouverture du débat au sein du PC. Il a répété sa proposition d'association faite le printemps dernier, soit la présentation d'une seule liste de candidats, la création d'ici là d'une coalition parlementaire et, ultimement, la formation d'une seule entité politique avec un seul chef. Son offre tenait jusqu'au congrès conservateur et tient encore jusque-là, a-t-il dit hier. Si elle est acceptée, il suggère que les deux partis tiennent rapidement une course au leadership conjointe.

L'attitude de M. Clark contraste avec celle du chef libéral Jean Chrétien. Ce dernier refuse pour l'instant de préciser ses projets d'avenir alors que son parti s'entredéchire au sujet du vote de confiance auquel il doit se soumettre en février prochain.

M. Clark a refusé d'offrir des conseils à M. Chrétien. «J'ai abandonné l'idée de pouvoir enseigner quelque chose au premier ministre», a-t-il dit en riant, mais il a insisté à maintes reprises sur la nécessité de faire passer les intérêts de son parti et du pays avant tout.

M. Clark a précisé qu'il ne serait pas candidat à sa propre succession et qu'il terminerait son mandat de député de Calgary Centre.
 
 
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