Le blâme irakien
Serge Truffaut
29 octobre 2004
La requête est étonnante: le premier ministre irakien Iyad Allaoui demande à l'ONU de dépêcher rapidement une force internationale sur place. Cette prière est d'autant plus surprenante qu'elle a été accompagnée du premier blâme formulé à l'endroit des forces américaines: Allaoui les accuse d'avoir négligé la sécurité des futurs policiers. Un fossé se creuse.
Le premier ministre Allaoui vient de jeter une pierre dans le jardin de la Maison-Blanche à quelques jours de l'élection américaine. Sans attendre la tenue d'un sommet aux conclusions hypothétiques, prévu en novembre, Allaoui a officiellement demandé au secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, de faire en sorte qu'une force internationale investisse les environs de Bagdad et d'ailleurs. Le but? Assurer au plus vite la sécurité dans le pays. Le contingent américain éprouvant toutes les difficultés que l'on sait, on craint d'être dans l'obligation de retarder la tenue des élections générales initialement prévues pour janvier prochain.
La supplique inattendue du premier ministre irakien est en fait un aveu d'impuissance. Lorsque l'administrateur américain Paul Bremer lui avait remis les clés du pouvoir, en juin dernier, Allaoui avait indiqué et martelé que la sécurité des Irakiens serait la priorité des priorités. Quatre mois plus tard, on observe à cet égard que le cours des choses va de mal en pis. À titre indicatif, on se rappellera que le nombre de rapts enregistrés en septembre a atteint un record (152). Pour Allaoui, ces accès de violence sont d'autant plus inquiétants pour son avenir politique à long terme que les Irakiens ne veulent plus de lui. Selon un sondage mené auprès des Irakiens par une firme américaine, Allaoui sera le grand perdant des élections de janvier. À moins que, d'ici là...
Ce désaveu explique en partie l'appel lancé par Allaoui en direction de l'ONU. Si les membres de cette organisation traînent les pieds, si on tarde à mettre ici et là de l'eau dans son vin, alors les chances que les islamistes de tout bord croisent le fer entre eux iront croissant. C'est à souligner: selon les observateurs, les formations politiques les mieux organisées sont au nombre de deux. Elles ont en commun l'articulation d'un programme fondé sur des diktats religieux. L'un de ces partis est sunnite, l'autre est chiite.
En ce qui concerne le blâme dont les forces américaines font l'objet, il a fonction, entre autres choses, de dédouanement. En accusant les officiers américains d'irresponsabilité en matière de sécurité des futurs policiers, Allaoui cherche évidemment à se détacher des États-Unis ou, plutôt, à conquérir une certaine crédibilité auprès d'Irakiens très remontés contre l'administration Bush.
Pour le président américain sortant, le coup doit être difficile à digérer. En effet, en moins de deux jours, l'ONU vient de s'immiscer, si on ose dire, dans la campagne américaine. Depuis le début de la semaine, Bush essaie tant bien que mal de sortir du guêpier dans lequel la disparition de tonnes d'explosifs répertoriés par l'ONU l'a plongé. Et voilà que deux jours après le dévoilement de cette affaire, Allaoui non seulement invite l'ONU mais se permet en plus de signer sa première critique publique de la gestion américaine.
Ce deuxième acte a d'ailleurs occasionné une gaffe dont l'ex-maire de New York, Rudolph Giuliani, est l'auteur. Selon lui, au lieu de critiquer le président, on devrait critiquer les soldats, les officiers. Bref, l'armée au complet. Il va sans dire que les démocrates se sont engouffrés dans la brèche ouverte par Giuliani, que Bush avait appelé à la rescousse pour cette dernière semaine.
Cela étant, le problème que pose Allaoui est simple: ou bien l'ONU, et les Européens au premier chef, s'implique dans les délais les plus brefs et n'attendent pas la tenue du sommet, ou bien c'est non. Si rien n'est fait, le report des élections sera assuré.
Le premier ministre Allaoui vient de jeter une pierre dans le jardin de la Maison-Blanche à quelques jours de l'élection américaine. Sans attendre la tenue d'un sommet aux conclusions hypothétiques, prévu en novembre, Allaoui a officiellement demandé au secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, de faire en sorte qu'une force internationale investisse les environs de Bagdad et d'ailleurs. Le but? Assurer au plus vite la sécurité dans le pays. Le contingent américain éprouvant toutes les difficultés que l'on sait, on craint d'être dans l'obligation de retarder la tenue des élections générales initialement prévues pour janvier prochain.
La supplique inattendue du premier ministre irakien est en fait un aveu d'impuissance. Lorsque l'administrateur américain Paul Bremer lui avait remis les clés du pouvoir, en juin dernier, Allaoui avait indiqué et martelé que la sécurité des Irakiens serait la priorité des priorités. Quatre mois plus tard, on observe à cet égard que le cours des choses va de mal en pis. À titre indicatif, on se rappellera que le nombre de rapts enregistrés en septembre a atteint un record (152). Pour Allaoui, ces accès de violence sont d'autant plus inquiétants pour son avenir politique à long terme que les Irakiens ne veulent plus de lui. Selon un sondage mené auprès des Irakiens par une firme américaine, Allaoui sera le grand perdant des élections de janvier. À moins que, d'ici là...
Ce désaveu explique en partie l'appel lancé par Allaoui en direction de l'ONU. Si les membres de cette organisation traînent les pieds, si on tarde à mettre ici et là de l'eau dans son vin, alors les chances que les islamistes de tout bord croisent le fer entre eux iront croissant. C'est à souligner: selon les observateurs, les formations politiques les mieux organisées sont au nombre de deux. Elles ont en commun l'articulation d'un programme fondé sur des diktats religieux. L'un de ces partis est sunnite, l'autre est chiite.
En ce qui concerne le blâme dont les forces américaines font l'objet, il a fonction, entre autres choses, de dédouanement. En accusant les officiers américains d'irresponsabilité en matière de sécurité des futurs policiers, Allaoui cherche évidemment à se détacher des États-Unis ou, plutôt, à conquérir une certaine crédibilité auprès d'Irakiens très remontés contre l'administration Bush.
Pour le président américain sortant, le coup doit être difficile à digérer. En effet, en moins de deux jours, l'ONU vient de s'immiscer, si on ose dire, dans la campagne américaine. Depuis le début de la semaine, Bush essaie tant bien que mal de sortir du guêpier dans lequel la disparition de tonnes d'explosifs répertoriés par l'ONU l'a plongé. Et voilà que deux jours après le dévoilement de cette affaire, Allaoui non seulement invite l'ONU mais se permet en plus de signer sa première critique publique de la gestion américaine.
Ce deuxième acte a d'ailleurs occasionné une gaffe dont l'ex-maire de New York, Rudolph Giuliani, est l'auteur. Selon lui, au lieu de critiquer le président, on devrait critiquer les soldats, les officiers. Bref, l'armée au complet. Il va sans dire que les démocrates se sont engouffrés dans la brèche ouverte par Giuliani, que Bush avait appelé à la rescousse pour cette dernière semaine.
Cela étant, le problème que pose Allaoui est simple: ou bien l'ONU, et les Européens au premier chef, s'implique dans les délais les plus brefs et n'attendent pas la tenue du sommet, ou bien c'est non. Si rien n'est fait, le report des élections sera assuré.
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