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Libre opinion: A-t-on compté tous les artistes?

Louise Poulin - Expert-conseil en gestion des arts et membre du comité exécutif de Culture Montréal  29 octobre 2004 
Le 21 octobre dernier, Le Devoir publiait en première page un article coiffé d'un titre pour le moins provocateur: «Bye bye Montréal - Vancouver et Toronto comptent plus d'artistes». Commentant la parution d'un rapport d'enquête sur le nombre d'artistes professionnels dans les grandes villes canadiennes publié par la firme Hill Strategies, le journaliste Stéphane Baillargeon concluait que Montréal n'est dorénavant ni distinct ni distingué.

Je crois sincèrement qu'il s'agit d'une conclusion déraisonnable et hâtive découlant d'une étude très (trop) partielle de la réalité des secteurs créatifs des villes et de Montréal en particulier.

En effet, l'étude ne se base que sur des données reliées à l'occupation des personnes qui ont déclaré être artiste en fonction des catégories très traditionnelles et disciplinaires qu'utilisent par exemple les organismes qui distribuent des subventions aux artistes.

Les silos

Ainsi, en fonction de la nomenclature utilisée par Hill Strategies, on ne compte pas les artistes de cirque, les créateurs dans le domaine du multimédia ou de l'animation 3D, les auteurs qui travaillent pour la télé, les chanteurs comme Richard Desjardins et, évidemment, les humoristes. Or Montréal compte un nombre exceptionnellement élevé d'artistes dans ces catégories et, surtout, se distingue par la circulation intense de ses artistes d'une entreprise à l'autre, d'une discipline à l'autre, d'un secteur à l'autre.

Les succès du Cirque du Soleil s'expliquent par une rencontre originale entre les gens de théâtre (metteurs en scène, scénographes, éclairagistes, etc.) et les gens de cirque. Les succès de notre cinéma s'expliquent en grande partie par la rencontre entre des gens de la télé, des acteurs de théâtre, parfois même des humoristes et des artistes du multimédia. Montréal a appris à casser les silos disciplinaires et sait comment faire surgir le génie de rencontres inusitées.

Dans les nouvelles métropoles culturelles, les notions d'artiste et de travailleur culturel sont constamment redéfinies et englobent les intervenants professionnels d'un continuum qui part de la formation, passe par la recherche, la création, la production, la diffusion et la conservation, va du secteur non lucratif au secteur commercial, se promène entre la rue, les microcellules de création, l'industrie culturelle ou même la mégaentreprise culturelle, comme le Cirque du Soleil, et transcende les générations, les langues, les ancrages ethnoculturels, les disciplines, les savoir-faire et les choix esthétiques.

À cet égard, Montréal est exemplaire. Ainsi, dans les jours qui ont suivi la parution du rapport de Hill Strategies, Statistique Canada publiait une étude intitulée Régions métropolitaines de recensement constituant des grappes culturelles qui place la métropole du Québec au premier rang au Canada pour ce qui est de la production cinématographique, des arts d'interprétation, de l'édition du livre et de l'enregistrement sonore ainsi que pour toutes les mesures dans l'industrie des arts d'interprétation.

Aussi, sans vouloir revendiquer pour Montréal une bonne place au palmarès des villes canadiennes et sans même évoquer la question centrale de la langue, il est juste de prétendre que Montréal demeure, toujours et plus que jamais, distinct et distingué.

Réplique

Il est faux de dire, comme vous le faites, que les données de Hill Strategies (empruntées à Statistique Canada) ne comptent pas certains artistes. Le questionnaire de 2001 comportait neuf catégories, dont les «musiciens et chanteurs», les «auteurs, rédacteurs et écrivains» et les «autres artistes du spectacle». Je vous rappelle finalement ce qu'affirmait dans l'article Kelly Hill, président de la firme Hill Strategies: «L'enquête s'appuie sur des chiffres recueillis [lors du recensement] auprès de 20 % de la population totale à l'aide de questionnaires détaillés. Les résultats me semblent donc très fiables. Ce sont en fait les plus fiables dont nous disposons.»

Stéphane Baillargeon
 
 
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