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Arafat dans un état critique

Une commission de trois membres pourrait diriger l'Autorité palestinienne en son absence

Reuters   28 octobre 2004 
Selon les responsables palestiniens, la santé de M. Arafat s’est détériorée après le repas du soir du mois de jeûne musulman du ramadan.
Photo : Agence Reuters
Selon les responsables palestiniens, la santé de M. Arafat s’est détériorée après le repas du soir du mois de jeûne musulman du ramadan.
Ramallah — Des médecins ont été dépêchés au chevet du dirigeant palestinien Yasser Arafat, 75 ans, dont la santé s'est subitement dégradée hier soir. Au moment de mettre sous presse, un responsable palestinien avait qualifié son état de «critique».

Un responsable gouvernemental israélien a indiqué à l'AFP sous couvert de l'anonymat que M. Arafat, souffrant officiellement depuis plusieurs jours d'une sévère grippe, pouvait «se rendre où il le voulait pour des traitements médicaux, y compris à l'étranger».

Selon la télévision arabe par satellite al-Jazira, Arafat a émis un décret nommant une commission de trois membres pour diriger l'Autorité palestinienne en son absence.

La chaîne rapporte qu'il a désigné le premier ministre Ahmed Qoreï, l'ancien premier ministre Mahmoud Abbas et le président du Parlement, Salim al-Zaanoun, comme membres de cette commission, qui devra prendre la direction de l'Autorité palestinienne s'il est hospitalisé.

L'un des membres de ce triumvirat a toutefois déclaré à Reuters ne pas avoir entendu parler de ce décret.

Selon les responsables palestiniens, la santé de M. Arafat s'est détériorée après le repas du soir du mois de jeûne musulman du ramadan et une équipe de médecins se trouve à son chevet dans son quartier général de Ramallah, en Cisjordanie, où il est confiné par l'armée israélienne depuis décembre 2001.

Une ambulance y a amené trois médecins.

Les responsables palestiniens ont expliqué à plusieurs reprises qu'Arafat se remettait d'une grippe intestinale, mais il n'est pas apparu en public depuis plusieurs jours, ce qui a alimenté des conjectures sur la gravité de son état.

Le secrétaire général du gouvernement palestinien et chef du cabinet du premier ministre Ahmed Qoreï, Hassan Abou Libdeh, a déclaré sur CNN que l'état de santé de M. Arafat «est critique en ce moment» et qu'il devait être examiné ce matin par un groupe de médecins venus de Jordanie et d'Égypte.

Selon M. Abou Libdeh, M. Arafat a eu la grippe et «avait eu beaucoup de mal à s'en remettre depuis plusieurs jours, y compris depuis six heures». Les médecins estiment qu'il «ne doit pas être transporté dans l'immédiat» et qu'après les nouveaux examens, ils prendront une décision.

Selon la radio publique israélienne, citant des sources palestiniennes, le dirigeant palestinien a perdu connaissance «depuis plusieurs heures», mais cette information n'a pas été confirmée par des responsables palestiniens.

Dans ce contexte, les agents des services de sécurité palestiniens ont été appelés à rejoindre leurs postes pour être mis en état d'alerte, a indiqué un responsable palestinien sous couvert de l'anonymat. «La situation est grave, et nous devrons examiner demain [aujourd'hui] ce que nous devons faire au niveau de la direction palestinienne», a-t-il ajouté.

Le conseiller de M. Arafat, Nabil Abou Roudeina, a affirmé, dans un communiqué lu à des journalistes devant le QG de M. Arafat, qu'une «équipe de médecins tunisiens et palestiniens examine le président». Il a souligné que «le président avait besoin de plus de repos en raison de sa fatigue».

Son épouse, Souha, est attendue aujourd'hui à Ramallah, selon la radio israélienne.

Des centaines de Palestiniens ont afflué au quartier général de M. Arafat à la suite des nouvelles sur la dégradation de son état de santé.

Un neurologue jordanien, de longue date médecin personnel d'Arafat, a pour sa part annoncé qu'il se rendrait aujourd'hui à Ramallah pour se joindre à l'équipe de médecins réunie au chevet du président palestinien.

Le Dr Achraf Kurdi, qui soigne Arafat depuis plus de 25 ans, a déclaré que des collaborateurs de ce dernier lui avaient téléphoné de Ramallah pour lui demander de venir d'urgence.

«J'emmène une équipe pour évaluer son état et faire tout ce qui est possible. Ils ont refusé de me dire dans quel était il se trouvait», a dit le Dr Kurdi.

En Israël, un porte-parole du ministère de la Défense a indiqué que le ministre Shaoul Mofaz avait autorisé une équipe médicale jordanienne à venir examiner M. Arafat, qui peut aussi être «transféré à l'hôpital de Ramallah si besoin est».

Plus tôt, une source proche de l'Autorité palestinienne avait indiqué que le numéro deux de l'OLP, Mahmoud Abbas, et M. Qoreï s'étaient rendus au chevet de M. Arafat. Les deux hommes ont été vus sortant du QG, le visage grave, et n'ont pas fait de déclarations à la presse.

M. Abbas est le secrétaire général du comité exécutif de l'OLP, ce qui en fait le numéro deux de la centrale palestinienne derrière M. Arafat, alors que M. Qoreï est la deuxième personnalité de l'Autorité palestinienne après son président.

Selon des responsables palestiniens, une commission composée de MM. Abbas et Qoreï ainsi que de Salim Zaanoun, le chef du Conseil national palestinien (CNP, Parlement en exil), aurait déjà été mise en place pour assurer la gestion des affaires courantes.

Cependant, le ministre palestinien des Télécommunications, Azzam Ahmed, a minimisé la gravité de l'état de santé de M. Arafat. «Il souffre, mais son état est stationnaire depuis trois jours, et il n'est pas aussi grave que le disent les médias.»

Mardi, l'Autorité palestinienne avait exclu une hospitalisation de M. Arafat à Ramallah ou ailleurs, accusant Israël de répandre des rumeurs sur son état de santé.

Si Yasser Arafat venait à disparaître, il serait remplacé par le président du Conseil législatif palestinien (CLP, Parlement) jusqu'à la tenue d'élections dans un délai de 60 jours, selon la loi fondamentale de l'Autorité palestinienne.

Mais dans les faits, le numéro deux de l'OLP, Mahmoud Abbas (alias Abou Mazen), et l'actuel premier ministre Ahmed Qoreï sont ceux qui prendront les rênes du pouvoir, le président actuel du CLP, Rawhi Fattouh, n'étant pas un «poids lourd» sur la scène politique palestinienne, selon des responsables.

M. Fattouh, un homme de confiance de M. Arafat, avait été élu à la tête du CLP en mars dernier.

Ancien ministre de l'Agriculture de l'Autorité palestinienne, il avait regagné les territoires palestiniens en 1994 en compagnie de M. Arafat après trois décennies d'exil, mais il n'est pas membre des instances dirigeantes du mouvement Fatah qui domine l'Autorité palestinienne.

C'est pourtant à lui que l'article 119 de la loi fondamentale de l'Autorité palestinienne confère le pouvoir en cas de décès de son président «pour une durée maximale de 60 jours pendant laquelle se déroulent des élections présidentielles».

Mais dans la pratique, la tenue d'élections risque d'être rendue très difficile par l'encerclement ou l'occupation des principales villes palestiniennes par l'armée israélienne.
 
 
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