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Ottawa a «saigné» le Québec pour satisfaire le Canada anglais

Robert Dutrisac   28 octobre 2004 
Québec — Le ministre des Finances, Yves Séguin, estime qu'Ottawa a fait du «Québec bashing» pour convaincre les autres provinces d'accepter l'arrangement sur la péréquation, n'hésitant pas à «saigner» le Québec pour satisfaire le Canada anglais.

C'est l'appréciation de la Conférence des premiers ministres sur la péréquation qu'a livrée, hier matin, Yves Séguin au cours d'une conversation informelle avec quelques journalistes alors que caméras et enregistreuses ne tournaient pas. M. Séguin s'était engagé à rencontrer la presse en après-midi, cette fois-ci devant les caméras, mais il s'est finalement dérobé.

«Martin a fait le macho», a dit M. Séguin, une attitude qui contrastait nettement avec celle que le premier ministre canadien avait adoptée lors de la Conférence des premiers ministres sur le financement de la santé à la mi-septembre. Le gouvernement fédéral «veut notre sang comme Dracula», a dit le ministre des Finances, ajoutant à la blague que, «la prochaine fois, j'arriverai avec ma valise remplie de gousses d'ail».

Selon M. Séguin, Paul Martin, en se montrant intraitable avec le Québec, a pu convaincre plus facilement les autres provinces d'accepter le nouvel arrangement sur la péréquation. «Il s'est fait du "Québec bashing"», a-t-il signalé. Quand on dit à la Colombie-Britannique, par exemple, qu'on va «couper» le Québec, c'est bien reçu, a-t-il souligné.

Rappelons que mardi M. Martin n'a rien cédé de plus au Québec, s'en tenant à la proposition, transmise en septembre aux premiers ministres provinciaux, de hausser à 10 milliards les paiements de péréquation aux provinces cette année et à 10,9 milliards l'an prochain avec une clause annuelle d'indexation de 3,5 % pour les années suivantes.

Yves Séguin n'a guère apprécié les tactiques des hauts fonctionnaires fédéraux qui ont informé leurs vis-à-vis québécois en fin d'après-midi mardi que le Québec avait reçu en péréquation 800 millions de trop, un chiffre sorti de nulle part. Les fonctionnaires fédéraux sont revenus plus tard en révisant à la baisse leur évaluation, a-t-il relaté.

Pour le ministre et ses fonctionnaires, ces échanges n'ont guère permis d'élucider la proposition fédérale. Résultats: 24 heures après la fin de la conférence, le gouvernement du Québec ne sait toujours pas quel montant il recevra en péréquation, ni cette année ni l'an prochain. Au cours d'un point de presse, le ministre fédéral responsable du Québec, Jean Lapierre, a lancé le chiffre de 441 millions pour l'année en cours.

Lors de la période des questions à l'Assemblée nationale hier, M. Séguin a indiqué qu'il attendait «une communication écrite» d'Ottawa d'ici quelques jours avant de juger de la proposition fédérale. «Une partie de la déception [ressentie au terme de la conférence] vient du fait que le gouvernement fédéral n'a pas été en mesure de nous transmettre les données, et ça fait partie du paradoxe de la péréquation qu'on a dénoncé d'ailleurs depuis plusieurs années», a dit M. Séguin. Les provinces ne connaissent que le montant global de 10 milliards. Pour ce qui est de la répartition entre les provinces, ça demeure «confus et incertain», a-t-il dit.

Revenant sur la déception qu'il a éprouvée à l'issue de la rencontre de mardi, le premier ministre Jean Charest n'a pas voulu remettre en doute l'efficacité du Conseil de la fédération. C'est le propre d'une fédération qu'il y ait «à la fois des intérêts divergents et des intérêts communs», a-t-il dit au cours d'un point de presse. Le Conseil de la fédération «a pu nous permettre d'en faire plus» jusqu'à maintenant, mais il «ne remplace pas le fait qu'il y a des intérêts divergents», a fait valoir M. Charest.

De son côté, le chef de l'opposition officielle, Bernard Landry, a critiqué «la stratégie lamentable» choisie par Jean Charest, qui s'est montré «triomphaliste» à l'issue de la première conférence sur le financement de la santé, ce qui le plaçait «dans une position d'extrême vulnérabilité» pour la deuxième conférence sur la péréquation. M. Charest s'est servi non pas de «l'encensoir catholique romain» mais de «l'encensoir grec orthodoxe», beaucoup plus volumineux, pour dire prématurément qu'il avait remporté la victoire, a illustré M. Landry.

Avec un surplus fédéral de près de 10 milliards au lieu des deux milliards prévus, M. Martin aurait pu faire davantage si vraiment «une nouvelle ère» était amorcée, estime le chef péquiste. Selon lui, le gouvernement Charest n'a plus d'autre choix que de renoncer à la promesse de baisser les impôts de un milliard, «une fantaisie et un fantasme libéral pour gagner les élections».






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  • Jean-Guy Beaulieu
    Abonné
    jeudi 28 octobre 2004 07h56
    Cherchez l'erreur
    « À mon avis, l'erreur de Jean Charest, d'Yves Séguin, de la plupart des fédéralistes (comme Claude Ryan le fût) et de bien des souverainistes, c'est de croire que le Canada est une fédération. Le Conseil de la fédération confirme cette erreur.
    Or, du point de vue anglo-saxon, du point de vue du gouvernement central, du point de vue des autres provinces et, du point de vue du fondateur de l'union canadienne, J.A. McDonald, le Canada est un État national décentralisé en Provinces. Le fait qu'il soit décentralisé donne peut-être au Canada une allure de fédéralisme, mais ceci ne lui accorde pas pour autant le statut de fédération. Pour être une fédération au sens politique, il faudrait que les États qui l'ont formée aient été au préalable souverains. Ce qui n'a pas été le cas en 1867. La difficulté de se faire une idée exacte du statut politique canadien nous a d'abord porté à croire que le Canada était une confédération. L'erreur étant devenue évidente, la fête de la Confédération en est devenue la fête du Canada. Et, voilà, pour l'unité nationale !
    Ottawa et les autres provinces ont alors tout à fait raison de vouloir gérer LEUR pays comme un État national. Ce sont les Québécois qui sont dans l'erreur.
    Le jour où un premier ministre québécois se déclarera à la fois fédéraliste et souverainiste et qu'il se comportera en conséquence, nous aurons alors un chef d'État au Québec. Il rejettera d'abord l'idée que le Canada soit une fédération et le reste suivra à l'avenant, je crois. »

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