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Balivernes et réalité

Josée Boileau   28 octobre 2004 
Le ministre Jacques Chagnon aura beau dire, la Sûreté du Québec aura beau en rajouter, le fait est là: il y a un problème de sécurité à Kanesatake. Tout le reste n'est que balivernes qui déforment la réalité.

La SQ fait valoir qu'elle traite des dossiers de violence conjugale? C'est vrai. Encore faut-il préciser que ses policiers se rendent à la résidence concernée en compagnie de Mohawks qui s'opposent à James Gabriel. Leur présence ajoute à la tension qui règne, ce que les plaignantes n'apprécient pas du tout.

En fait, la SQ est incapable de faire son boulot sans l'aval de la milice créée par les opposants à M. Gabriel. Que M. Chagnon voie là un service local de surveillance comme on en trouve ailleurs est une insulte à l'intelligence. Kanesatake vit sous le joug de bandits, c'est le seul constat qui convienne.

De même, mesurer le niveau de sécurité selon le nombre de plaintes formulées ou de contraventions données est d'un ridicule consommé. Ce qui transcende les vols et les méfaits, c'est le climat d'intimidation qui sévit, tant à l'encontre des résidants qu'envers les titulaires de l'autorité. Obligation pour M. Gabriel de changer de local de travail parce que son propriétaire a été menacé, bureaux saccagés, voitures de police suivies ou sur lesquelles on fonce: voilà le vrai décompte à faire!

Que la loi du silence règne dans la foulée n'a rien d'étonnant: c'est là toute la force du crime organisé. Il faut alors donner aux policiers les moyens d'y faire face, pas les encourager à pactiser avec le diable.

Il est vrai que la situation est complexe, comme l'a maladroitement exprimé l'inspecteur-chef de la SQ en parlant d'interventions «modulées» à Kanesatake. Les Blancs, et ça remonte à bien plus loin que la crise d'Oka, sont mal vus sur le territoire. Personne n'a intérêt à ce que toute la population, en raison d'une intervention intempestive, s'unisse tout à coup contre un ennemi commun.

La politique des petits pas a toutefois ses limites: la médiation entre M. Gabriel et ses opposants, menée par un juge de la Cour fédérale depuis deux mois, a échoué. L'association Femmes autochtones du Québec a entrepris un processus de réconciliation dans la communauté, mais sans toucher aux aspects criminels.

Le ministre Chagnon a raison d'interpeller le fédéral, honteusement silencieux, sur la gouvernance à Kanesatake. Il doit néanmoins, de son côté, imposer la force de police tripartite (SQ, GRC, Mohawks) promise mais jusqu'ici bloquée par l'opposition des dissidents.

Si cela n'est pas nécessaire, alors que le ministre nous le démontre en osant aller faire un petit tour, par un beau dimanche, à Kanesatake.

jboileau@ledevoir.ca






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