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Pactole pour les terroristes

Serge Truffaut   27 octobre 2004 
La nouvelle est inquiétante: des tonnes et des tonnes d'explosifs ont disparu en Irak. Alors qu'il sévissait encore, Saddam Hussein les avait rassemblés dans un site connu de tous, notamment des inspecteurs de l'ONU. Ces derniers avaient prévenu les autorités américaines. Le laisser-aller de celles-ci a fait la fortune des pillards et, semble-t-il, le bonheur de leurs clients: les terroristes.

Grand patron de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Mohammed el-Baradeï avait dressé, à la faveur du retour des inspecteurs onusiens en Irak entre décembre 2002 et mars 2003, un bilan détaillé des explosifs concentrés dans le complexe al-Qaqaa. Aux représentants du Pentagone ainsi qu'à l'état-major chargé de l'offensive en Irak, cet homme loué par tous pour son sérieux avait souligné qu'al-Qaqaa nécessitait un soin méticuleux pour tout ce qui a trait à la sécurité. Bref, tout Washington avait été mis au parfum.

Dans les jours et les semaines qui ont suivi la chute d'Hussein, les forces américaines se sont appliquées à sécuriser certains ministères et l'infrastructure pétrolière, bien évidemment. Émanation de la CIA, le Irak Survey Group a choisi pendant des mois de chasser ces armes de destruction massive, en conformité avec l'obsession furieuse de l'administration Bush, que des experts pourtant rompus à cette tâche, on pense à el-Baradeï mais également à Hans Blix, n'avaient pas trouvées. Cet épisode du présent feuilleton en dit long sur le mépris que cultive Bush pour tout ce qui touche de près ou de loin à l'ONU.

Le deuxième épisode en dit tout autant en plus de mettre en lumière, au mieux le laxisme, au pire l'irresponsabilité de l'administrateur Paul Bremer. Grâce au travail du New York Times, on sait en effet que l'AIEA avait rédigé, au printemps dernier, une note de service dans laquelle elle confiait au gouvernement américain son extrême inquiétude à l'idée que les explosifs d'al-Qaaqa tombent entre les mains de terroristes. À la lecture des faits qui ont ponctué le troisième épisode, il y a matière à comprendre et à justifier l'attitude adoptée par le gouvernement intérimaire. On s'explique.

Dans les jours qui ont suivi son installation à la tête de l'Irak, le gouvernement dirigé par le premier ministre Iyad Allaoui constate que le site d'al-Qaaqa a été vidé de son contenu. Allaoui et son ministre de la Science et des Technologies prennent alors une décision surprenante. Désormais responsables d'al-Qaaqa, ils signent une note dans laquelle ils déplorent la disparition de tonnes d'explosifs et l'envoient au siège de cette organisation honnie par Bush, son secrétaire au Pentagone Donald Rumsfeld et son vice-président Dick Cheney, soit l'AIEA. Qu'on imagine! Le docteur el-Baradeï est le destinataire de cette note. Cet épisode a ceci de riche qu'il révèle une certaine dose de scepticisme de la part du gouvernement irakien à l'endroit de l'administration Bush.

À une semaine du vote, le scoop du New York Times, fruit probable d'une information coulée par des pontes de l'ONU, est une pierre dans le camp républicain. La Maison-Blanche a beau assurer qu'elle a été mise au courant de ce cafouillage tout récemment, il y a de quoi douter. Timidement, mais douter tout de même. Car dans la note de mai dernier composée par l'AIEA à l'intention des autorités américaines, il est précisé que le site d'al-Qaaqa peut constituer pour les terroristes «le pactole de l'histoire» en matière d'explosifs. Admettons un instant que Bush n'en ait été informé que tout dernièrement. Maintenant, qui croira que Rumsfeld et Condoleezza Rice, patronne du Conseil de la sécurité nationale, n'étaient pas au fait de ce que l'AIEA qualifie de «pactole de l'histoire»? Qui?

Qu'un homme, George Bush, martèle quotidiennement qu'il est obsédé par la guerre au terrorisme, cela relève en partie, à la suite de ce feuilleton, de l'esbroufe. Chose certaine, le traitement du dossier al-Qaaqa fut lamentable.
 
 
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  • Gabriel RACLE - Inscrit
    27 octobre 2004 06 h 34
    Un illuminé obnubilé
    Que dire! Le tableau dressé par Serge Truffaut est tellement précis et éloquent qu'il décrit on ne peut mieux une incroyable situation. Ce qui ressort, une fois de plus, c'est l'impertinente suffisance de Bush et de son administration. Et celle-ci date de la préparation de la guerre d'Irak, voulue par Bush et ses comparses dès l'attaque du 11 septembre, en sautant sur ce «prétexte» pour s'en prendre à Saddam Hussein. On peut ensuite parler d'une véritable obsession, celle des armes de destruction massive notamment, qu'il fallait trouver à tout prix pour justifier l'intervention unilatérale des États-Unis, en fait, une agression. La définition de l'agression est annexée à la résolution 3314 de l'Assemblée générale des Nations unies en date du 14 décembre 1974. Elle a été adoptée par consensus: «... l'agression est l'emploi de la force armée par un État contre la souveraineté, l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique d'un autre État, ou de toute autre manière incompatible avec la Charte des Nations unies...». C'est une définition simple et évidente, qui suffit à montrer ce qu'il en est de l'invasion de l'Irak. Mais c'est aussi ce qui explique la nécessité de justifier aux yeux du monde et des Américains l'attaque de l'Irak.
    Puisque Bush et son administration ont fait fi de l'ONU, avec les mascarades du discours de Bush à l'Assemblée générale ou celle de C. Powell au Conseil de sécurité, il est psychologiquement «normal» de ne pas tenir compte des avis de l'AIEA. Ce qu'il faut relever, c'est l'arrogance de l'administration Bush, sa suffisance. «Puisque nous sommes les plus forts, nous pouvons faire ce que nous voulons, nous nous sortirons de toutes les situations... » Pris au piège avec les armes de destruction massive, avec l'absence de lien entre al-Quaida et S. Hussein, voilà Bush pris au piège encore une fois avec les explosifs d'al-Qaqaa. Mais Bush persiste et signe.
    Il faut se rappeler qu'il est marqué psychologiquement par sa «conversion» de 1986. Le résultat de cette transformation est l'adhésion de Bush au conservatisme protestant le plus strict, qui le porte gouverneur du Texas en 1995. En 1999, avant la campagne présidentielle, il demande à des pasteurs de lui imposer les mains, en affirmant qu'il est appelé au plus haut ministère de l'État. «Je suis investi d'une mission divine», dit-il. Après le 11 septembre 2001, il déclare partir en «croisade» contre «l'axe du Mal». Pour son ami Don Evans, la foi «lui donne un sens très clair de ce qui est bon et de ce qui est mauvais». Sa vision manichéenne du Bien contre le Mal a justifié la guerre en Irak et justifie sa position. C'est une dangereuse forme d'obsession psychologique, qui rend aveugle. Mohammed el-Baradeï pouvait bien dresser un bilan détaillé des explosifs concentrés dans le complexe al-Qaqaa. « Il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.» Il reste à souhaiter que l'explosion des ces milliers de tonnes d'explosifs ne réveillent ni Washington, ni le reste du monde.
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