Joe Clark le sage
Rares sont les leaders politiques qui savent comment et quand laisser la place à d'autres. Nul doute que Joe Clark fait partie de cette catégorie de politiciens. Par l'annonce de son départ de la direction du Parti conservateur d'ici 12 mois, il ouvre de nouvelles perspectives à celui-ci. L'élégance de son geste est à souligner.
La décision de M. Clark n'aura certainement pas été facile à prendre. Il a lui-même reconnu qu'elle fut le fruit d'une longue réflexion au cours de laquelle il a fait l'effort d'admettre certaines réalités. Parmi elles, il y avait certainement ce vote de confiance auquel il devait se soumettre au congrès de son parti dans deux semaines et qui s'annonçait pour le moins difficile. Il aurait pu néanmoins s'accrocher et risquer de diviser son parti. C'est ce dont les conservateurs avaient le moins besoin, mais il a su écouter ceux qui l'invitaient à laisser la place à un nouveau chef.
Revenu à la direction du Parti conservateur en novembre 1998 pour prendre la relève de Jean Charest, Joe Clark s'était donné comme objectif de rebâtir cette formation. L'ambition de redevenir un jour premier ministre pouvait peut-être le motiver, mais il savait trop bien que c'était là un rêve impossible pour deux raisons qui sont d'ailleurs intimement liées. Tout d'abord parce l'état dans lequel s'est retrouvé le Parti conservateur au lendemain de l'élection de 1993 était tel qu'il fallait lui donner littéralement de nouvelles bases. Puis parce que lui-même était trop associé à l'histoire des 30 dernières années de ce parti pour pouvoir incarner le renouveau.
Le retour de M. Clark à la tête de ce parti fut néanmoins ce qui pouvait arriver de mieux au Parti conservateur, compte tenu du vacuum existant alors. Son expérience et sa maturité auront permis aux conservateurs de retrouver une partie de leur audience, mais force est de reconnaître qu'il ne pouvait les amener plus loin sur la voie du pouvoir, ce qu'il a eu la sagesse de reconnaître.
La décision de M. Clark place son parti devant une dure réalité car aucun successeur ne s'impose d'emblée. C'est une chose que de souhaiter l'arrivée d'un nouveau chef, c'en est une tout autre que de convaincre un homme ou une femme politique de venir consacrer, et dans le cas présent on pourrait dire sacrifier, plusieurs années de sa vie à un parti dont l'avenir demeure malgré tout très incertain.
Pour permettre au Parti conservateur d'émerger enfin des limbes politiques où l'a plongé la fin du règne Mulroney, il sera essentiel que le successeur de M. Clark incarne le renouveau. Ce parti doit rompre, au plan de l'image et des idées, avec la génération de politiciens à laquelle il est identifié. Pour faire image, on pourrait dire que le Parti conservateur doit se trouver un autre Jean Charest. Parce qu'il était jeune et représentait une nouvelle génération de politiciens, celui-ci aurait certainement obtenu davantage de succès que M. Clark. Rétrospectivement, on comprend pourquoi le premier ministre Jean Chrétien tenait tant à voir celui-ci devenir chef du Parti libéral du Québec. Les politiciens de cette trempe ne sont pas pléthore au PC. Le nom de Bernard Lord est celui qui est le plus souvent évoqué. Le jeune premier ministre conservateur du Nouveau-Brunswick a de nombreuses qualités. Sa jeunesse, son bilinguisme, ses racines québécoises et les succès de son gouvernement en feraient vite une vedette dans les Maritimes et dans le Canada central. Mais celui-ci sera sûrement tenté de se dire qu'un tiens vaut mieux que deux tu l'auras.
Le temps sera un facteur important pour susciter des candidatures à la succession de M. Clark. Celui-ci a proposé un échéancier qui donnera aux éventuels candidats le temps de réfléchir et surtout de voir évoluer la conjoncture politique. Ainsi, l'on saura avant que ne soit convoqué le congrès conservateur au leadership si Jean Chrétien sera celui qui dirigera le Parti libéral aux prochaines élections. La présence d'un Paul Martin à la tête de ce parti risquerait certainement de créer un contexte moins favorable au Parti conservateur dans le recrutement de candidats. Il pourrait peut-être alors apparaître que M. Clark serait le meilleur prétendant à sa propre succession. Parions qu'il ne dirait pas non si ses militants le priaient de demeurer en poste. Mais cela confirmerait que ce parti ne peut se renouveler et qu'il est à la veille de mourir... de vieillesse, tout simplement.
bdescoteaux@ledevoir.ca
La décision de M. Clark n'aura certainement pas été facile à prendre. Il a lui-même reconnu qu'elle fut le fruit d'une longue réflexion au cours de laquelle il a fait l'effort d'admettre certaines réalités. Parmi elles, il y avait certainement ce vote de confiance auquel il devait se soumettre au congrès de son parti dans deux semaines et qui s'annonçait pour le moins difficile. Il aurait pu néanmoins s'accrocher et risquer de diviser son parti. C'est ce dont les conservateurs avaient le moins besoin, mais il a su écouter ceux qui l'invitaient à laisser la place à un nouveau chef.
Revenu à la direction du Parti conservateur en novembre 1998 pour prendre la relève de Jean Charest, Joe Clark s'était donné comme objectif de rebâtir cette formation. L'ambition de redevenir un jour premier ministre pouvait peut-être le motiver, mais il savait trop bien que c'était là un rêve impossible pour deux raisons qui sont d'ailleurs intimement liées. Tout d'abord parce l'état dans lequel s'est retrouvé le Parti conservateur au lendemain de l'élection de 1993 était tel qu'il fallait lui donner littéralement de nouvelles bases. Puis parce que lui-même était trop associé à l'histoire des 30 dernières années de ce parti pour pouvoir incarner le renouveau.
Le retour de M. Clark à la tête de ce parti fut néanmoins ce qui pouvait arriver de mieux au Parti conservateur, compte tenu du vacuum existant alors. Son expérience et sa maturité auront permis aux conservateurs de retrouver une partie de leur audience, mais force est de reconnaître qu'il ne pouvait les amener plus loin sur la voie du pouvoir, ce qu'il a eu la sagesse de reconnaître.
La décision de M. Clark place son parti devant une dure réalité car aucun successeur ne s'impose d'emblée. C'est une chose que de souhaiter l'arrivée d'un nouveau chef, c'en est une tout autre que de convaincre un homme ou une femme politique de venir consacrer, et dans le cas présent on pourrait dire sacrifier, plusieurs années de sa vie à un parti dont l'avenir demeure malgré tout très incertain.
Pour permettre au Parti conservateur d'émerger enfin des limbes politiques où l'a plongé la fin du règne Mulroney, il sera essentiel que le successeur de M. Clark incarne le renouveau. Ce parti doit rompre, au plan de l'image et des idées, avec la génération de politiciens à laquelle il est identifié. Pour faire image, on pourrait dire que le Parti conservateur doit se trouver un autre Jean Charest. Parce qu'il était jeune et représentait une nouvelle génération de politiciens, celui-ci aurait certainement obtenu davantage de succès que M. Clark. Rétrospectivement, on comprend pourquoi le premier ministre Jean Chrétien tenait tant à voir celui-ci devenir chef du Parti libéral du Québec. Les politiciens de cette trempe ne sont pas pléthore au PC. Le nom de Bernard Lord est celui qui est le plus souvent évoqué. Le jeune premier ministre conservateur du Nouveau-Brunswick a de nombreuses qualités. Sa jeunesse, son bilinguisme, ses racines québécoises et les succès de son gouvernement en feraient vite une vedette dans les Maritimes et dans le Canada central. Mais celui-ci sera sûrement tenté de se dire qu'un tiens vaut mieux que deux tu l'auras.
Le temps sera un facteur important pour susciter des candidatures à la succession de M. Clark. Celui-ci a proposé un échéancier qui donnera aux éventuels candidats le temps de réfléchir et surtout de voir évoluer la conjoncture politique. Ainsi, l'on saura avant que ne soit convoqué le congrès conservateur au leadership si Jean Chrétien sera celui qui dirigera le Parti libéral aux prochaines élections. La présence d'un Paul Martin à la tête de ce parti risquerait certainement de créer un contexte moins favorable au Parti conservateur dans le recrutement de candidats. Il pourrait peut-être alors apparaître que M. Clark serait le meilleur prétendant à sa propre succession. Parions qu'il ne dirait pas non si ses militants le priaient de demeurer en poste. Mais cela confirmerait que ce parti ne peut se renouveler et qu'il est à la veille de mourir... de vieillesse, tout simplement.
bdescoteaux@ledevoir.ca
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