Les OGM inquiètent leurs producteurs
Un tiers des membres de la fédération regroupant les producteurs d'organismes génétiquement modifiés (OGM) du Québec craignent de nourrir leur famille avec des aliments issus du génie génétique. Ils s'inquiètent aussi majoritairement de la contamination d'autres cultures par ce type de semences, sont nombreux à être incertains ou convaincus des effets néfastes de ces produits sur la santé humaine mais en feront tout de même pousser de plus en plus à l'avenir, et ce, même s'ils reconnaissent que les avantages des OGM par rapport aux cultures conventionnelles sont, dans le cas de certaines cultures, loin d'être aussi intéressants qu'on le laisse miroiter.
Les agriculteurs exposés aux biotechnologies nageraient-ils en pleine contradiction? C'est ce que laissent entrevoir les résultats préliminaires d'un vaste sondage dont Le Devoir a obtenu copie, mené en 2003 par le Centre de recherche en économie agroalimentaire de l'Université Laval auprès des membres de la Fédération des producteurs de cultures commerciales du Québec (FPCCQ), histoire de mesurer leur perception des fruits de la révolution agrogénétique.
Commandé par le ministère de l'Environnement du Québec et tenu secret jusqu'à ce jour, ce document, intitulé Rapport descriptif des attitudes et des pratiques culturales des producteurs québécois de grandes cultures sur les OGM, brosse en effet un portrait pour le moins paradoxal et ambigu du rapport qu'entretiennent ces cultivateurs de maïs, soya et canola — les trois seules plantes génétiquement modifiées cultivées au Québec — avec les semences améliorées en laboratoire qu'ils mettent en terre année après année.
En effet, sur les 412 producteurs qui ont répondu à ce coup de sonde, une importante majorité, soit 66 %, estiment que les cultures génétiquement modifiées permettent l'adoption de pratiques plus respectueuses de l'environnement, à en croire les résultats de ce sondage postal dont la marge d'erreur est d'environ 5 %. Ils affirment au passage que dans le domaine de l'agriculture, les biotechnologies devraient être une priorité pour la croissance économique du Québec au cours des prochaines années.
Les trois quarts des cultivateurs en sont tout à fait ou plutôt convaincus, tout comme ils sont d'ailleurs persuadés dans la même proportion que les semences transgéniques seront davantage utilisées à l'avenir que leur version conventionnelle. Toutefois, cette prédominance des OGM ne devrait pas détruire les systèmes d'agriculture durable développés au cours des dernières années, pensent 66 % des personnes interrogées.
Du côté des champs, l'optimisme semble donc au rendez-vous, d'autant que les OGM, selon 80 % des agriculteurs interrogés, permettent de diminuer l'utilisation de pesticides chimiques. Mieux, les récoltes qui en découlent ne sont pas plus difficiles à écouler, jugent 76 % des sondés, dont les trois quarts n'aimeraient pas voir le Québec devenir une «province sans OGM» à seule fin de protéger l'environnement.
Tout semble donc aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. Et pourtant, tout en louant les vertus de la révolution transgénique, les cultivateurs qui s'y exposent se montrent plutôt critiques à son endroit.
Certes, si 82 % de ces agriculteurs estiment que les médias exagèrent les effets potentiellement négatifs des cultures génétiquement modifiées, ils sont tout de même 70 % à croire que les consommateurs s'inquiéteront encore plus de l'innocuité de leurs aliments à cause des OGM. Tout comme eux-mêmes d'ailleurs, dont 66 % sont convaincus ou se posent tout simplement des questions sur les effets nuisibles de leur consommation sur la santé humaine.
Près de 33 % de ces producteurs de céréales et de protéagineux craignent d'ailleurs de mettre ces transgènes sur leur table après une journée de travail, indiquent les données préliminaires de cette enquête. Pis, tout en évoquant les bienfaits de ces produits sur l'environnement, plus de la moitié d'entre eux (58 %) s'inquiètent de la pollinisation (la contamination par le vent ou les insectes) des cultures non génétiquement modifiées par celles qui le sont. Et dans une proportion de 49 %, ils estiment que le génie génétique nuit au développement de l'agriculture biologique.
Ils sont le même nombre à penser que les OGM ne sont pas forcément les amis des insectes non nuisibles. Surtout lorsqu'il est question de maïs génétiquement modifié, qui peut les tuer à leur contact, estiment ces cultivateurs. Plus de 50 % s'inquiètent aussi de l'émergence dans les champs de mauvaises herbes résistantes aux herbicides, induites par la présence des plantes issues du génie génétique qui s'y propagent.
Malgré cela, le virage biotechnologique qui s'amorce semble bien s'ancrer. Comme une fatalité, laisse entrevoir cette enquête.
À preuve, les agriculteurs reconnaissent en effet aujourd'hui leur dépendance aux OGM dans une majorité de 67 % mais aussi dans une proportion encore plus importante (75 %) le fait que le contrôle de l'agriculture est détenu par les fabricants de semences génétiquement modifiées. Et près de 62 % dénoncent même l'influence néfaste sur l'héritage génétique des plantes de ces multinationales qui détiennent les brevets sur les gènes.
«Il y a effectivement une bonne part de fatalité qui est révélatrice de la réalité des agriculteurs», a commenté hier Luc Belzile, directeur général de la FPCCQ. «C'est une question d'offre. Aujourd'hui, les semences génétiquement modifiées sont de plus en plus présentes sur le marché, contrairement aux semences conventionnelles. Et c'est normal puisque l'État s'est retiré de la recherche dans ce domaine, laissant ainsi le champ libre à l'entreprise privée.»
Conséquence: malgré quelques réticences et des appels répétés aux gouvernements pour que la vapeur soit renversée, les planteurs de maïs, soya et canola succombent désormais à l'appel de l'OGM. Et ce, même si les gains que font miroiter les vendeurs de graines ne sont pas toujours aux rendez-vous.
Rendement accru, diminution du recours aux pesticides et du temps d'entretien: les agriculteurs semblent en effet mitigés sur ces questions: près de 41 % doutent de tirer de plus gros profits de leurs OGM, un tiers ayant noté une diminution de leur consommation de carburant alors que 46 % n'ont observé aucun changement. Pis, la majorité des producteurs ont consacré le même nombre d'heures de travail à bichonner leurs cultures génétiquement modifiées par rapport à des plantations conventionnelles.
En matière de pesticides, seuls les éleveurs de canola et de soya semblent goûter au plaisir d'en appliquer moins dans leurs champs. Quant à leurs confrères versés dans le maïs dit bt (un type de maïs génétiquement modifié), ils sont près de 79 % à avoir utilisé la même quantité et même plus de pesticides qu'avec le maïs conventionnel, pour un coût par hectare similaire ou supérieur.
«Ce portrait ne permet pas de tirer une ligne claire ou une tendance, reconnaît M. Belzile. Il fallait s'y attendre. Comme le reste de la société, les producteurs sont très ambivalents sur la question des OGM.»
Mais ils sont aussi très lucides, estime pour sa part l'organisme Greenpeace, à l'origine du passage de ce document dans la sphère publique, puisqu'ils «soulèvent de nombreuses craintes importantes», explique Éric Darier, responsable de la campagne OGM: «l'influence néfaste des compagnies de biotechnologies sur les semences, leur culture du secret, la dépendance des agriculteurs face aux compagnies et l'impact néfaste [des OGM] sur l'agriculture biologique».
Et tout comme les consommateurs, ils sont aussi très sévères à l'endroit du gouvernement fédéral, jugeant majoritairement qu'il n'est pas assez dur en matière de réglementation des OGM et souhaitant à 77 % que les produits alimentaires contenant des transgènes soient obligatoirement étiquetés.
Les agriculteurs exposés aux biotechnologies nageraient-ils en pleine contradiction? C'est ce que laissent entrevoir les résultats préliminaires d'un vaste sondage dont Le Devoir a obtenu copie, mené en 2003 par le Centre de recherche en économie agroalimentaire de l'Université Laval auprès des membres de la Fédération des producteurs de cultures commerciales du Québec (FPCCQ), histoire de mesurer leur perception des fruits de la révolution agrogénétique.
Commandé par le ministère de l'Environnement du Québec et tenu secret jusqu'à ce jour, ce document, intitulé Rapport descriptif des attitudes et des pratiques culturales des producteurs québécois de grandes cultures sur les OGM, brosse en effet un portrait pour le moins paradoxal et ambigu du rapport qu'entretiennent ces cultivateurs de maïs, soya et canola — les trois seules plantes génétiquement modifiées cultivées au Québec — avec les semences améliorées en laboratoire qu'ils mettent en terre année après année.
En effet, sur les 412 producteurs qui ont répondu à ce coup de sonde, une importante majorité, soit 66 %, estiment que les cultures génétiquement modifiées permettent l'adoption de pratiques plus respectueuses de l'environnement, à en croire les résultats de ce sondage postal dont la marge d'erreur est d'environ 5 %. Ils affirment au passage que dans le domaine de l'agriculture, les biotechnologies devraient être une priorité pour la croissance économique du Québec au cours des prochaines années.
Les trois quarts des cultivateurs en sont tout à fait ou plutôt convaincus, tout comme ils sont d'ailleurs persuadés dans la même proportion que les semences transgéniques seront davantage utilisées à l'avenir que leur version conventionnelle. Toutefois, cette prédominance des OGM ne devrait pas détruire les systèmes d'agriculture durable développés au cours des dernières années, pensent 66 % des personnes interrogées.
Du côté des champs, l'optimisme semble donc au rendez-vous, d'autant que les OGM, selon 80 % des agriculteurs interrogés, permettent de diminuer l'utilisation de pesticides chimiques. Mieux, les récoltes qui en découlent ne sont pas plus difficiles à écouler, jugent 76 % des sondés, dont les trois quarts n'aimeraient pas voir le Québec devenir une «province sans OGM» à seule fin de protéger l'environnement.
Tout semble donc aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. Et pourtant, tout en louant les vertus de la révolution transgénique, les cultivateurs qui s'y exposent se montrent plutôt critiques à son endroit.
Certes, si 82 % de ces agriculteurs estiment que les médias exagèrent les effets potentiellement négatifs des cultures génétiquement modifiées, ils sont tout de même 70 % à croire que les consommateurs s'inquiéteront encore plus de l'innocuité de leurs aliments à cause des OGM. Tout comme eux-mêmes d'ailleurs, dont 66 % sont convaincus ou se posent tout simplement des questions sur les effets nuisibles de leur consommation sur la santé humaine.
Près de 33 % de ces producteurs de céréales et de protéagineux craignent d'ailleurs de mettre ces transgènes sur leur table après une journée de travail, indiquent les données préliminaires de cette enquête. Pis, tout en évoquant les bienfaits de ces produits sur l'environnement, plus de la moitié d'entre eux (58 %) s'inquiètent de la pollinisation (la contamination par le vent ou les insectes) des cultures non génétiquement modifiées par celles qui le sont. Et dans une proportion de 49 %, ils estiment que le génie génétique nuit au développement de l'agriculture biologique.
Ils sont le même nombre à penser que les OGM ne sont pas forcément les amis des insectes non nuisibles. Surtout lorsqu'il est question de maïs génétiquement modifié, qui peut les tuer à leur contact, estiment ces cultivateurs. Plus de 50 % s'inquiètent aussi de l'émergence dans les champs de mauvaises herbes résistantes aux herbicides, induites par la présence des plantes issues du génie génétique qui s'y propagent.
Malgré cela, le virage biotechnologique qui s'amorce semble bien s'ancrer. Comme une fatalité, laisse entrevoir cette enquête.
À preuve, les agriculteurs reconnaissent en effet aujourd'hui leur dépendance aux OGM dans une majorité de 67 % mais aussi dans une proportion encore plus importante (75 %) le fait que le contrôle de l'agriculture est détenu par les fabricants de semences génétiquement modifiées. Et près de 62 % dénoncent même l'influence néfaste sur l'héritage génétique des plantes de ces multinationales qui détiennent les brevets sur les gènes.
«Il y a effectivement une bonne part de fatalité qui est révélatrice de la réalité des agriculteurs», a commenté hier Luc Belzile, directeur général de la FPCCQ. «C'est une question d'offre. Aujourd'hui, les semences génétiquement modifiées sont de plus en plus présentes sur le marché, contrairement aux semences conventionnelles. Et c'est normal puisque l'État s'est retiré de la recherche dans ce domaine, laissant ainsi le champ libre à l'entreprise privée.»
Conséquence: malgré quelques réticences et des appels répétés aux gouvernements pour que la vapeur soit renversée, les planteurs de maïs, soya et canola succombent désormais à l'appel de l'OGM. Et ce, même si les gains que font miroiter les vendeurs de graines ne sont pas toujours aux rendez-vous.
Rendement accru, diminution du recours aux pesticides et du temps d'entretien: les agriculteurs semblent en effet mitigés sur ces questions: près de 41 % doutent de tirer de plus gros profits de leurs OGM, un tiers ayant noté une diminution de leur consommation de carburant alors que 46 % n'ont observé aucun changement. Pis, la majorité des producteurs ont consacré le même nombre d'heures de travail à bichonner leurs cultures génétiquement modifiées par rapport à des plantations conventionnelles.
En matière de pesticides, seuls les éleveurs de canola et de soya semblent goûter au plaisir d'en appliquer moins dans leurs champs. Quant à leurs confrères versés dans le maïs dit bt (un type de maïs génétiquement modifié), ils sont près de 79 % à avoir utilisé la même quantité et même plus de pesticides qu'avec le maïs conventionnel, pour un coût par hectare similaire ou supérieur.
«Ce portrait ne permet pas de tirer une ligne claire ou une tendance, reconnaît M. Belzile. Il fallait s'y attendre. Comme le reste de la société, les producteurs sont très ambivalents sur la question des OGM.»
Mais ils sont aussi très lucides, estime pour sa part l'organisme Greenpeace, à l'origine du passage de ce document dans la sphère publique, puisqu'ils «soulèvent de nombreuses craintes importantes», explique Éric Darier, responsable de la campagne OGM: «l'influence néfaste des compagnies de biotechnologies sur les semences, leur culture du secret, la dépendance des agriculteurs face aux compagnies et l'impact néfaste [des OGM] sur l'agriculture biologique».
Et tout comme les consommateurs, ils sont aussi très sévères à l'endroit du gouvernement fédéral, jugeant majoritairement qu'il n'est pas assez dur en matière de réglementation des OGM et souhaitant à 77 % que les produits alimentaires contenant des transgènes soient obligatoirement étiquetés.
- » ogm
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