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Le dollar à 80,29 ¢US

François Desjardins   21 octobre 2004 
La combinaison de la décision du justicier de Wall Street sur les agissements des compagnies d’assurances et d’autres facteurs, comme la situation économique américaine, a suffisamment ébranlé la confiance des investisseurs étrangers pour qu’
La combinaison de la décision du justicier de Wall Street sur les agissements des compagnies d’assurances et d’autres facteurs, comme la situation économique américaine, a suffisamment ébranlé la confiance des investisseurs étrangers pour qu’
Cela remontait au 29 mars 1993. Il aura fallu 11 ans et demi pour que les circonstances idéales permettent au dollar canadien de boucler une séance au-delà du seuil psychologique des 80 ¢US. Aidé hier par une nouvelle dégringolade du dollar américain, qui a touché un creux de huit mois face à l'euro, le huard en a profité pour gagner 1 %, à 80,29 ¢US.

Les analystes avançaient plusieurs facteurs récents pour expliquer cette nouvelle baisse du billet vert, mais celle-ci survenait néanmoins au lendemain d'un événement bien senti: l'annonce faite par le procureur général de l'État de New York, Eliot Spitzer, voulant que l'enquête sur les agissements des compagnies d'assurances comprendra désormais le secteur de la santé.

La combinaison de la décision du justicier de Wall Street et d'autres facteurs, comme la situation économique américaine, a suffisamment ébranlé la confiance des investisseurs étrangers pour qu'ils se réfugient encore plus qu'avant auprès de l'euro en vendant leurs dollars américains. En coulisses de ce chassé-croisé, la devise canadienne s'est même permis de prendre 0,5 % face à l'euro, clôturant la journée à 1,5695 $CAN.

«Il y avait déjà beaucoup d'incertitude dans le système», a indiqué au Devoir Stéfane Marion, économiste en chef adjoint à la Financière Banque Nationale. «Il y a les cours élevés du pétrole brut mais aussi le fait que nous vivons en ce moment la semaine où le plus grand nombre de grandes entreprises américaines dévoilent leurs résultats trimestriels. Le nouveau facteur, c'est Eliot Spitzer. Dans ce contexte-là, le dollar américain est sous pression [...] et, puisqu'il vivra probablement des mois prochains assez difficiles, le dollar canadien peut bien faire.»

À cela s'ajoutent également les préoccupations face au déficit budgétaire américain et au fait qu'en août dernier, le déficit commercial, c'est-à-dire les exportations moins les importations, a été le deuxième en importance de l'histoire des États-Unis. Résultat, hier: le dollar américain a perdu du terrain contre plusieurs devises, dont le yen japonais, la livre sterling et le franc suisse.

Mais de ce côté-ci de la frontière, John Ing, président de la firme de courtage torontoise Maison Placements Canada, a pour sa part signalé deux autres variables de taille. «Il y a aussi le fait que les taux d'intérêt canadiens sont plus élevés que ceux en vigueur aux États-Unis, et l'écart qui les sépare contribue à donner du tonus au dollar canadien. De plus, nous avons la réputation d'être un pays de ressources naturelles avec le pétrole, l'or et les autres secteurs miniers [qui ont tous connu une journée positive hier], et la hausse des prix des matières premières profite au dollar.»

La Banque du Canada a en effet relevé ses taux d'intérêt mardi, obsédée comme à l'habitude par le contrôle de l'inflation, ce à quoi se sont ajoutées deux préoccupations: l'impact du pétrole sur l'inflation et la hausse soutenue du dollar canadien. Réduisant du même souffle ses prévisions de croissance économique, elle a quand même fait passer son taux directeur de 2,25 % à 2,5 % alors que l'équivalent américain se situe à 1,75 %. Elle a laissé entendre que d'autres hausses seraient à prévoir, sa prochaine décision étant prévue le 7 décembre.

En ce qui concerne ce germe d'inquiétude de la Banque du Canada face au dollar, les économistes seront curieux de voir aujourd'hui si l'institution développera davantage sa pensée sur le dollar dans son Rapport sur la politique monétaire, dont la publication est prévue en avant-midi.

Une hausse du dollar présente des avantages certains pour le voyageur canadien à l'étranger, qui voit son pouvoir d'achat considérablement rehaussé, mais elle a aussi pour effet d'empoisonner les relations commerciales des exportateurs. En effet, ceux-ci doivent du coup composer avec des acheteurs internationaux obligés de payer plus cher pour la même quantité de biens canadiens.

Par ailleurs, la Banque du Canada aura l'occasion de développer davantage sur ses prévisions de croissance pour 2005, qu'elle a révisées à la baisse depuis le début de l'année. Elle tablait auparavant sur une progression supérieure à 3 % alors qu'elle prévoit maintenant une croissance inférieure à 3 %. Elle a également offert une première prévision pour 2006, s'attendant à une croissance un peu au-dessus de ce même niveau.

Un dollar à 85 ¢US?

Pour ce qui est des prévisions portant sur le dollar canadien, la Financière Banque Nationale est d'ailleurs convaincue que deux éléments font en sorte que les 80 ¢US ne sont pas qu'une mode passagère mais bien un nouveau point d'appui. D'abord, le Canada est un exportateur net d'énergie, ce qui lui fait profiter, ne serait-ce que légèrement, des prix élevés du pétrole et du gaz naturel, mais le pays dégage par ailleurs d'importants excédents budgétaires au niveau fédéral.

Les prévisionnistes ne s'entendent toutefois pas sur l'évolution de la devise canadienne en 2005, la Banque de Montréal tablant en général sur une fourchette de 70 à 80 ¢US alors que la Financière Banque Nationale la voit à 85 ¢US d'ici décembre de l'an prochain. Du côté de Maison Placements, John Ing place le dollar canadien en hausse de 10 % d'ici la fin de l'année, donc autour de 82 ¢US.






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