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Montréal met fin à son soutien d'urgence aux sans-logis

Le volume de personnes nécessitant de l'aide ne serait plus assez important, dit-on

Fabien Deglise   6 août 2002 
Coup dur pour les sans-logis. Désespérément à la recherche d'un logement depuis le 1er juillet, ils devront désormais chercher de l'aide ailleurs qu'à la Ville de Montréal pour se reloger. Difficile de faire autrement. Sans tambour ni trompette, l'administration Tremblay vient en effet de mettre un terme à son soutien d'urgence aux exclus du déménagement. Motif: le volume de personnes nécessitant de l'aide n'est plus assez important. Et tant pis pour les centaines de foyers qui, dans les prochains mois, vont se retrouver à la rue, déplore le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU)

La crise du logement entourant la traditionnelle migration du 1er juillet est donc officiellement terminée. Pour la Ville du moins. À preuve: le numéro de téléphone d'urgence (868-GITE) mis en place courant juin afin de répondre aux foyers laissés sur le pavé a radicalement changé de ton depuis une semaine.

Au bout du fil, une voix monocorde indique désormais «que le centre d'aide du 1er juillet est maintenant fermé. Nos services d'hébergement et d'entreposage temporaires ne sont plus disponibles».

Le message enregistré invite également les personnes en quête d'un toit à s'adresser aux organismes communautaires de leur quartier, à leur CLSC ou encore au Centre de référence du grand Montréal afin d'y trouver une oreille attentive à leur casse-tête de toit. En plus d'expliquer les procédures à suivre pour récupérer ses meubles entreposés par la municipalité.

La mesure était prévisible, reconnaît Denis Quirion, directeur à la Direction de l'habitation de la Ville de Montréal. «C'est une question administrative. Globalement, la crise du 1er juillet est passée et le volume d'appels a diminué, indique-t-il. Nous revenons donc aux services d'aide conventionnels, soit les organismes communautaires.» Point.

Perplexe

Alerté par la situation, le FRAPRU s'explique mal la décision prise par l'administration Tremblay, dans le contexte locatif montréalais actuel, d'abandonner ainsi les sans-logis. «Si la Ville de Montréal se considère incapable de continuer à venir en aide aux personnes et aux familles sans logement, comment croit-elle que les groupes communautaires, en particulier les comités logement, peuvent, sans moyen, prendre la relève?», se demande son coordonnateur, François Saillant.

La question est posée. D'autant que, selon l'organisme versé dans la défense des droits des locataires, la pénurie d'habitations locatives et les problèmes afférents, contrairement à ce qu'en pense la Ville, sont loin d'être terminés. «La crise du logement ce n'est pas une question de date, explique M. Saillant qui a demandé hier une rencontre d'urgence avec le ministre des Affaires municipales, André Boisclair, et le ministre délégué à l'habitation Jacques Côté. Le 1er juillet, c'est une pointe, mais le reste de l'année il y a toujours une centaine de foyers par mois qui se retrouvent immanquablement à la rue et ils sont désormais livrés à eux-mêmes.»

Outre l'Hôtel de Ville, le FRAPRU montre également du doigt le gouvernement du Québec qui le 10 juillet dernier a décidé de mettre fin à son programme de supplément au loyer d'urgence — un programme visant à aider les foyers sans logement à assumer les coûts d'un loyer plus élevé que ne leur permettent leurs moyens. Sur l'ensemble du territoire québécois, 1150 ménages chanceux ont pu en bénéficier, dont 992 rien qu'à Montréal. «Mais en mettant ce programme au rancart, le gouvernement a privé ainsi Montréal de son principal instrument d'aide aux sans-logis», poursuit M. Saillant... tout en abandonnant lui aussi à son tour les «exclus du logement» en devenir.

Le blâme est sévère. Mais la direction de l'habitation ne veut toutefois pas en porter la responsabilité. Car la Ville a fait ses devoirs, estime-t-elle. Depuis le 1er juillet dernier, près de 600 foyers admissibles au supplément de loyer ont été relocalisés. «Mais il reste toujours 338 ménages qui ont encore besoin d'aide, indique M. Saillant, sans compter tous ceux qui vont venir s'ajouter dans les prochains mois.» Des sans-logis condamnés désormais à contacter les organismes communautaires tout en regrettant de ne pas avoir été jetés à la rue un 1er juillet, comme tout le monde.
 
 
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