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Les cols bleus sur un pied de guerre

Antoine Robitaille   19 octobre 2004 
Michel Parent, président du Syndicat des cols bleus regroupés de Montréal, et le président de la FTQ, Henri Massé, ont annoncé hier en conférence de presse l’intention des cols bleus de lancer une bataille tous azimuts contre la sentence arbitra
Photo : Jacques Nadeau
Michel Parent, président du Syndicat des cols bleus regroupés de Montréal, et le président de la FTQ, Henri Massé, ont annoncé hier en conférence de presse l’intention des cols bleus de lancer une bataille tous azimuts contre la sentence arbitra
«Torchon», «hold-up», «piece of shit», «folie furieuse», «massacre à la tronçonneuse», «décision inique», etc.: les dirigeants syndicaux ont rivalisé d'expressions robustes, hier, pour exprimer la rage que suscite chez eux la décision arbitrale de Gilles Lavoie, tombée au début du mois, et qui, à leurs yeux, «impose des reculs sans précédent» dans les conditions de travail des quelque 5000 cols bleus de l'île de Montréal.

«Des règlements difficiles, on en a déjà eu», a déclaré le président la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) Henri Massé, présent aux côtés de son homologue du Syndicat des cols bleus regroupés de Montréal, Michel Parent. «Mais ce règlement-là, il est totalement inacceptable [...] il n'y a pas un syndicat de la FTQ à qui l'on recommanderait de se plier à une telle chose, jamais!», a-t-il insisté, ajoutant «on n'a jamais accepté de se faire voler». M. Massé considère que l'arbitre n'a cherché «aucun compromis qui se situerait à mi-chemin des demandes des parties». En plus, la décision arbitrale serait ni plus ni moins qu'«inapplicable».

Le syndicat intime à la Ville de ne pas «s'asseoir sur cette décision» et réclame qu'elle discute dans les plus brefs délais avec les cols bleus pour renégocier le tout. Absurde? Placée dans une situation similaire — c'est-à-dire si l'arbitrage était allé complètement dans le sens des demandes syndicales —, la Ville ferait de même, a soutenu M. Massé: «Elle aurait aussi contesté, serait allée à Québec pour réclamer d'en suspendre l'application.»

Mais la Ville, par l'entremise de son directeur du service de la gestion stratégique Christian Tremblay, a refusé net, hier, de rediscuter avec les cols bleus les points réglés par l'arbitrage, affirmant que cela enverrait un mauvais message aux autres syndiqués qui ont sans doute eux aussi des insatisfactions sur le plan de leurs conditions de travail. «Nous avons une convention collective en vigueur», a déclaré M. Tremblay, rappelant que le syndicat connaissait les «règles du jeu» et que l'arbitre Gilles Lavoie a «bien rempli son mandat».

Le Syndicat des cols bleus, en parallèle à sa demande de rencontre, contestera la sentence devant la Cour supérieure, à qui il demandera un sursis afin d'en «bloquer l'application». Au moment de mettre sous presse, toutefois, le syndicat ne pouvait pas préciser à quel moment la requête serait déposée: «On est en train de la finaliser», a dit Michel Fontaine, conseiller au Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP). M. Massé a du reste affirmé qu'il ne comptait pas tellement sur la voie judiciaire et qu'il espérait davantage de la voie politique, «celle de la sagesse» et du «bon sens». «Si le maire Tremblay respecte véritablement ses employés, souhaite travailler avec eux dans un cadre de partenariat, il doit accepter de discuter sérieusement avec nous pour mettre fin à l'impasse», a dit M. Massé. «Il n'y a pas d'impasse autre que celle que les cols bleus ont décrétée», a répliqué Christian Tremblay. «Mais il y a une convention collective en vigueur», a-t-il répété.

Les reculs

Qu'y a-t-il précisément dans le «torchon» — comme Michel Parent s'est plu à qualifier la décision arbitrale — qui cause tant de colère? D'abord, elle met le régime d'assurance collective «sur le bord de la faillite», a soutenu M. Fontaine. Sans compter que certaines dispositions de la décision sur les assurances salaire particulières vont «pousser plusieurs personnes victimes d'accidents du travail à l'aide sociale».

Ensuite, la décision arbitrale a ouvert d'importantes brèches permettant la sous-traitance, créant ainsi de «dangereux précédents». Au dire d'Henri Massé, l'arbitre Gilles Lavoie a «terminé le travail» entamé par le gouvernement Charest lorsque celui-ci a éliminé l'article 45 du Code du travail, il y a un an. M. Massé a nié vigoureusement que «la Ville a retrouvé son droit de gérance» avec la sentence arbitrale — comme le président du comité exécutif Frank Zampino l'avait affirmé récemment — «puisqu'elle ne l'avait jamais perdu».

Par ailleurs, Michel Parent prétend que la sentence défavorise grandement les jeunes: le salaire versé aux étudiants est réduit de moitié et il sera désormais pratiquement impossible pour eux d'obtenir un poste permanent. «Pourtant, le maire [Gérald Tremblay] se pète les bretelles actuellement avec sa Fondation du maire pour la jeunesse.»

En plus, les cols bleus ont mis en relief une quinzaine de «reculs», dont les suivants:
- les salaires de tous les syndiqués sont réduits. Certaines personnes vont perdre «jusqu'à 15 000 dollars par année», a soutenu M. Fontaine;
- la semaine de travail de 35 heures pour quatre jours disparaît, alors que c'était la norme depuis 10 ans pour les employés de la CUM et depuis 8 ans pour les employés de l'ex-Ville de Montréal;
- près de 1000 lettres d'entente qui régissaient plusieurs aspects du travail ont été éliminées par l'arbitre;
- le nombre de congés fériés tombe à 8 par année, alors que certains en avaient 15 auparavant;
- il y a une diminution du nombre de journées de maladie;
- tous les congés mobiles sont abolis;
- le nombre d'emplois précaires augmentera.

«J'avais envie de pleurer»

«Quand j'ai présenté cela aux syndiqués hier [dimanche], j'avais envie de pleurer tant il y avait des reculs », a confié au Devoir Michel Fontaine, un de ceux qui ont plaidé la cause des cols bleus devant l'arbitre. En furie, M. Fontaine affirme que l'arbitre Gilles Lavoie a rendu là «une des pires décisions de sa carrière». La raison? Il a «probablement répondu à une commande», car sa décision est une sorte de «copié-collé des demandes de la partie patronale». De plus, dit-il, la décision est bâclée, «ce n'est tout simplement pas un travail professionnel». M. Fontaine dit avoir trouvé «au moins 40 erreurs» dans la nouvelle convention.

On ignore pour l'instant de quels argument les cols bleus useront en cours pour contester la décision arbitrale. M. Fontaine se contente de dire que l'arbitre «a erré sur plusieurs points, n'a pas tenu compte des compromis déjà négociés entre les parties, a abandonné ses responsabilités, n'a pas considéré le principe d'équité avec les autres employés municipaux et n'a pas respecté son mandat». Des avocats pratiquant dans le domaine du droit du travail consultés par Le Devoir hier affirment que l'annulation d'une telle décision serait exceptionnelle, «car elle est de nature quasi-judiciaire». Ce n'est toutefois pas impossible, dit l'un d'eux, «on a toujours le droit de contester, la révision judiciaire est là pour ça». Un autre précise: «Il faudrait que les cols bleus démontrent très clairement qu'il y a eu des irrégularités importantes.»

Casse?

Compte tenu du passé des cols bleus, qui ont souvent utilisé la méthode forte pour faire valoir leurs revendications, une question venait spontanément aux lèvres de tous, hier: y aura-t-il des moyens de pression? «On espère ne pas avoir à se rendre là», a laconiquement répondu Michel Parent, précisant qu'il tentait actuellement de «contenir la colère» de ses membres.

C'était du reste la première fois depuis le 4 octobre que la partie syndicale commentait publiquement la sentence. Le syndicat s'était jusque-là réfugié dans un mutisme complet, refusant de répondre aux appels des journalistes. Lors de l'Assemblée spéciale des cols bleus, dimanche, des membres ont fait barrage aux journalistes. La Fédération professionnelle des journalistes (FPJQ) a d'ailleurs émis un communiqué, hier après-midi, pour dénoncer l'intimidation du Syndicat des cols bleus à l'endroit des journalistes. Plus tôt, en conférence de presse, Henri Massé avait admis que le Syndicat des cols bleus n'avait peut-être pas assez collaboré avec les médias.

Rappelons enfin que le processus d'arbitrage, entamé en mai 2003, a duré plus d'un an et a été retardé à plusieurs reprises. Le défi consistait à harmoniser les 29 conventions collectives existantes au moment des fusions municipales. La loi 170 (sur les fusions) précisait que cette harmonisation ne devait pas «augmenter le total des dépenses annuelles de la municipalité» en tenant compte des conditions de travail applicables aux autres salariés de la Ville, de celles qui prévalent dans les autres municipalités, ainsi que de la situation économique du Québec.






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  • Alceste Parise
    Inscrit
    mardi 19 octobre 2004 11h29
    L'attitude des cols-bleus est inacceptable
    « Si l'arbitrage a enlevé tant d'acquis aux cols-bleus de Montréal, c'est parce qu'ils avaient cumulé trop de privilèges. Ce qui compte, pour l'équité, c'est la comparaison avec les autres travailleurs comparables, publiques et privés, du Québec. Et la sous-traitance est une approche souhaitable pour atteindre plus d'efficacité, mais aussi plus d'équité. Le syndicat des cols-bleu veut intenter des poursuites en justice pour dénoncer une décision d'arbitrage à leur avis mal rendue. Ils en ont le droit, et, s'ils ont raison, ils auront la compréhension des citoyens de Montréal. Mais menacer des mesures de pression illégales, et même intimider les journalistes, c'est là un comportement de type mafieux que tous les Montréalais devraient dénoncer, et qui devrait être réprimé sévèrement. »

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