Landry: un référendum à tout prix
Le chef du PQ abandonne «l'assurance morale» préalable à une victoire
Kathleen Lévesque
18 octobre 2004
Exit désormais pour Bernard Landry la nécessité d'obtenir «l'assurance morale» d'une victoire avant d'enclencher un référendum sur la souveraineté.
Sur fond de course larvée au leadership, le chef du Parti québécois a réitéré hier, lors de la clôture du conseil national de son parti tenu à Sherbrooke, sa volonté de tenir un référendum coûte que coûte dans la première moitié de son mandat s'il est reporté au pouvoir.
Refusant de considérer le risque de s'astreindre à un tel échéancier, M. Landry a dit avoir déjà la «conviction» en son for intérieur que le prochain référendum serait victorieux. «Je ne laisserai pas notre volonté être distraite par des hypothèses négatives quand nous croyons, nous, aux hypothèses positives», a déclaré le chef péquiste.
Qu'est-ce qui a fait changer d'idée Bernard Landry qui avait jusque-là combattu l'idée d'avoir un calendrier trop précis? Il a d'abord souligné avoir écouté les 5000 participants aux débats des derniers mois sur la modernisation du PQ (la Saison des idées). Puis il a laissé entendre que le manque de scrupules du gouvernement fédéral pour écraser l'option souverainiste aurait attisé son empressement d'agir.
«L'Histoire nous apprend beaucoup de choses. Nous avons pris le pouvoir en 1994 avec l'engagement d'enclencher dans les 12 ou 15 mois un référendum. On a eu 50 % des voix malgré les manoeuvres dégradantes du gouvernement central. [...] Le temps de la naïveté est fini. Toutes les précautions sont prises et, à chances égales, nous allons gagner ce référendum», a-t-il déclaré.
M. Landry s'est défendu du fait que ce «virage crucial» puisse être associé à la remise en question de son leadership dans les coulisses de son parti. D'aucuns ont pourtant vu dans la radicalisation de son discours une réponse aux aspirants candidats Pauline Marois et François Legault. Ce dernier a causé un malaise en distribuant, dès l'ouverture du conseil national samedi matin, un petit document de réflexion sur ses attentes.
Chose certaine, le chef péquiste est engagé dans un mouvement pour gagner la confiance des militants. Au congrès de juin prochain, il devra affronter un vote de confiance. C'est également à ce moment que les délégués péquistes auront à adopter des statuts révisés ainsi qu'un programme revu et corrigé.
Ainsi, en fin de semaine, les militants ont été saisis d'une proposition globale d'amendement du programme. Mais avant même que cette nouvelle mouture du programme du Parti québécois émanant de l'exécutif national ne soit discutée lors des 125 congrès de circonscription puis lors des congrès régionaux (entre novembre et avril) et finalement au congrès national, M. Landry a déjà présenté un plan de mobilisation et d'action.
En dix points, ce plan qui se mettrait en place au lendemain d'une victoire électorale, propose notamment d'utiliser les ressources de l'État pour promouvoir la souveraineté. M. Landry a également suggéré d'adopter une constitution entrant en vigueur dès la déclaration de la souveraineté, de doter le Québec d'un hymne national, de réaliser une campagne d'information sur les avantages de la souveraineté et de conclure un accord économique avec le Canada afin de partager le patrimoine commun.
Cette position risque d'insatisfaire tant le clan Marois que le clan Legault. Pour l'un, il dénote un empressement qui pourrait prendre l'allure d'un obstacle insurmontable pour reprendre le pouvoir. Pour l'autre, le plan Landry est trop peu audacieux, ne se mettant en place qu'après une réélection.
Le changement de ton du chef du PQ a également soulevé des critiques de Jean-François Lisée. L'ancien conseiller des premiers ministres Jacques Parizeau et Lucien Bouchard a fait une présentation hier devant les quelque 400 militants réunis en conseil national. Il a estimé que le plan de M. Landry, qui rejoint la proposition principale pour tenir un référendum dans la première partie du mandat, n'était ni plus ni moins qu'un «passeport pour un deuxième mandat Charest» et ainsi, un très long séjour dans l'opposition.
Selon M. Lisée, toute radicalisation du discours provoque un rejet de la souveraineté dans la population comme le prouvent les différents sondages sur la question. «Il ne faut pas se camper dans des postures stratégiques désincarnées de la conjoncture», a-t-il conclu avant d'être ovationné par quelques militants dont M. Landry.
Quelques minutes auparavant, Robert Laplante, de la revue L'Action nationale, a également pris la parole, mais pour défendre une position diamétralement opposée. Alors que M. Lisée a défendu l'idée que le PQ ne devait pas faire exprès de rendre plus difficile l'accession au pouvoir, M. Laplante a vilipendé l'attentisme. «Les politiciens sont toujours en train de se patenter un espace pour finasser. [...] Il n'est pas important d'élire des souverainistes au gouvernement, mais plutôt d'élire un gouvernement souverainiste», a affirmé M. Laplante qui a soulevé la salle.
Par la suite, le député Jonathan Valois a pris la parole, étalant ses états d'âme et tentant, dans un exercice de patinage, de désamorcer le rapport des trois mousquetaires, dont il est partie prenante. M. Valois et deux de ses collègues ont sillonné le Québec pour sonder le coeur des jeunes au sujet de la souveraineté.
En conférence de presse, Bernard Landry a précisé que sa position se situait entre celles de MM. Lisée et Laplante.
Le conseil national a également été l'occasion pour la vice-présidente Marie Malavoy d'annoncer son départ en juin prochain. M. Landry a aussi nommé le député Sylvain Simard à la tête de l'organisation péquiste en vue des prochaines élections.
***
Le plan de Bernard Landry
Voici le plan de mobilisation et d'action que mettrait en oeuvre Bernard Landry au lendemain d'une victoire électorale.
- 1- Utiliser pleinement les ressources de l'État pour promouvoir l'option souverainiste, en créant notamment un secrétariat à la souveraineté;
- 2 - Adopter une constitution qui entrera en vigueur dès la déclaration de souveraineté;
- 3 - Accroître de façon substantielle les ressources des délégations à l'étranger et adopter une déclaration générale de politique extérieure;
- 4 - Renforcer les symboles identitaires en adoptant un hymne national du Québec;
- 5 - Soutenir le Conseil de la souveraineté pour la mobilisation populaire;
- 6 - Réaliser une vaste campagne d'information pour expliquer les avantages de la souveraineté;
- 7 - Tenir le prochain référendum sous surveillance internationale et modifier la Loi sur les consultations populaires pour s'assurer que seuls ceux ayant le droit de vote le fassent;
- 8 - Préparer une proposition d'accord économique avec le Canada (qui n'est toutefois pas une condition d'accession à la souveraineté) visant un partage équitable du patrimoine commun;
- 9 - Tenir le plus tôt possible un référendum avec une question courte, simple et claire;
- 10 - Faire adopter par l'Assemblée nationale une déclaration de souveraineté du Québec après une victoire référendaire.
Sur fond de course larvée au leadership, le chef du Parti québécois a réitéré hier, lors de la clôture du conseil national de son parti tenu à Sherbrooke, sa volonté de tenir un référendum coûte que coûte dans la première moitié de son mandat s'il est reporté au pouvoir.
Refusant de considérer le risque de s'astreindre à un tel échéancier, M. Landry a dit avoir déjà la «conviction» en son for intérieur que le prochain référendum serait victorieux. «Je ne laisserai pas notre volonté être distraite par des hypothèses négatives quand nous croyons, nous, aux hypothèses positives», a déclaré le chef péquiste.
Qu'est-ce qui a fait changer d'idée Bernard Landry qui avait jusque-là combattu l'idée d'avoir un calendrier trop précis? Il a d'abord souligné avoir écouté les 5000 participants aux débats des derniers mois sur la modernisation du PQ (la Saison des idées). Puis il a laissé entendre que le manque de scrupules du gouvernement fédéral pour écraser l'option souverainiste aurait attisé son empressement d'agir.
«L'Histoire nous apprend beaucoup de choses. Nous avons pris le pouvoir en 1994 avec l'engagement d'enclencher dans les 12 ou 15 mois un référendum. On a eu 50 % des voix malgré les manoeuvres dégradantes du gouvernement central. [...] Le temps de la naïveté est fini. Toutes les précautions sont prises et, à chances égales, nous allons gagner ce référendum», a-t-il déclaré.
M. Landry s'est défendu du fait que ce «virage crucial» puisse être associé à la remise en question de son leadership dans les coulisses de son parti. D'aucuns ont pourtant vu dans la radicalisation de son discours une réponse aux aspirants candidats Pauline Marois et François Legault. Ce dernier a causé un malaise en distribuant, dès l'ouverture du conseil national samedi matin, un petit document de réflexion sur ses attentes.
Chose certaine, le chef péquiste est engagé dans un mouvement pour gagner la confiance des militants. Au congrès de juin prochain, il devra affronter un vote de confiance. C'est également à ce moment que les délégués péquistes auront à adopter des statuts révisés ainsi qu'un programme revu et corrigé.
Ainsi, en fin de semaine, les militants ont été saisis d'une proposition globale d'amendement du programme. Mais avant même que cette nouvelle mouture du programme du Parti québécois émanant de l'exécutif national ne soit discutée lors des 125 congrès de circonscription puis lors des congrès régionaux (entre novembre et avril) et finalement au congrès national, M. Landry a déjà présenté un plan de mobilisation et d'action.
En dix points, ce plan qui se mettrait en place au lendemain d'une victoire électorale, propose notamment d'utiliser les ressources de l'État pour promouvoir la souveraineté. M. Landry a également suggéré d'adopter une constitution entrant en vigueur dès la déclaration de la souveraineté, de doter le Québec d'un hymne national, de réaliser une campagne d'information sur les avantages de la souveraineté et de conclure un accord économique avec le Canada afin de partager le patrimoine commun.
Cette position risque d'insatisfaire tant le clan Marois que le clan Legault. Pour l'un, il dénote un empressement qui pourrait prendre l'allure d'un obstacle insurmontable pour reprendre le pouvoir. Pour l'autre, le plan Landry est trop peu audacieux, ne se mettant en place qu'après une réélection.
Le changement de ton du chef du PQ a également soulevé des critiques de Jean-François Lisée. L'ancien conseiller des premiers ministres Jacques Parizeau et Lucien Bouchard a fait une présentation hier devant les quelque 400 militants réunis en conseil national. Il a estimé que le plan de M. Landry, qui rejoint la proposition principale pour tenir un référendum dans la première partie du mandat, n'était ni plus ni moins qu'un «passeport pour un deuxième mandat Charest» et ainsi, un très long séjour dans l'opposition.
Selon M. Lisée, toute radicalisation du discours provoque un rejet de la souveraineté dans la population comme le prouvent les différents sondages sur la question. «Il ne faut pas se camper dans des postures stratégiques désincarnées de la conjoncture», a-t-il conclu avant d'être ovationné par quelques militants dont M. Landry.
Quelques minutes auparavant, Robert Laplante, de la revue L'Action nationale, a également pris la parole, mais pour défendre une position diamétralement opposée. Alors que M. Lisée a défendu l'idée que le PQ ne devait pas faire exprès de rendre plus difficile l'accession au pouvoir, M. Laplante a vilipendé l'attentisme. «Les politiciens sont toujours en train de se patenter un espace pour finasser. [...] Il n'est pas important d'élire des souverainistes au gouvernement, mais plutôt d'élire un gouvernement souverainiste», a affirmé M. Laplante qui a soulevé la salle.
Par la suite, le député Jonathan Valois a pris la parole, étalant ses états d'âme et tentant, dans un exercice de patinage, de désamorcer le rapport des trois mousquetaires, dont il est partie prenante. M. Valois et deux de ses collègues ont sillonné le Québec pour sonder le coeur des jeunes au sujet de la souveraineté.
En conférence de presse, Bernard Landry a précisé que sa position se situait entre celles de MM. Lisée et Laplante.
Le conseil national a également été l'occasion pour la vice-présidente Marie Malavoy d'annoncer son départ en juin prochain. M. Landry a aussi nommé le député Sylvain Simard à la tête de l'organisation péquiste en vue des prochaines élections.
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Le plan de Bernard Landry
Voici le plan de mobilisation et d'action que mettrait en oeuvre Bernard Landry au lendemain d'une victoire électorale.
- 1- Utiliser pleinement les ressources de l'État pour promouvoir l'option souverainiste, en créant notamment un secrétariat à la souveraineté;
- 2 - Adopter une constitution qui entrera en vigueur dès la déclaration de souveraineté;
- 3 - Accroître de façon substantielle les ressources des délégations à l'étranger et adopter une déclaration générale de politique extérieure;
- 4 - Renforcer les symboles identitaires en adoptant un hymne national du Québec;
- 5 - Soutenir le Conseil de la souveraineté pour la mobilisation populaire;
- 6 - Réaliser une vaste campagne d'information pour expliquer les avantages de la souveraineté;
- 7 - Tenir le prochain référendum sous surveillance internationale et modifier la Loi sur les consultations populaires pour s'assurer que seuls ceux ayant le droit de vote le fassent;
- 8 - Préparer une proposition d'accord économique avec le Canada (qui n'est toutefois pas une condition d'accession à la souveraineté) visant un partage équitable du patrimoine commun;
- 9 - Tenir le plus tôt possible un référendum avec une question courte, simple et claire;
- 10 - Faire adopter par l'Assemblée nationale une déclaration de souveraineté du Québec après une victoire référendaire.
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