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    Le rôle des médias dans les élections présidentielles américaines - La télévision qui détruit ou construit un candidat

    15 octobre 2004 |Karine Prémont - Chercheur à l'Observatoire sur les États-Unis à la chaire Raoul-Dandurand de l'Université du Québec à Montréal
    Durant les campagnes présidentielles, la télévision apparaît comme le média le plus important, tant pour les électeurs que pour les candidats. Plusieurs facteurs expliquent l'impact de la télévision sur le déroulement d'une campagne électorale, de même que sa popularité auprès des citoyens américains.

    Premièrement, les sujets des reportages télévisés sont plus souvent déterminés par les journalistes que par les candidats. Pourquoi? Il existe une nette tendance à couvrir les aspects relevant du horserace plutôt que les enjeux politiques, ce qu'on retrouve aussi dans les journaux et sur Internet, mais dans une mesure moindre.

    Les journalistes de la télévision couvrent la course en tant que telle et non pas les positions ou les idées des candidats. Cela a pour conséquence principale de porter l'attention sur le meneur ou sur le candidat qui, contre toute attente, occupe une meilleure position que prévu (dark horse). Ainsi, les «perdants», en recevant moins d'attention médiatique, perdent également leur pouvoir ou leur capacité d'amasser les sommes d'argent nécessaires pour mener leur campagne électorale. La télévision détermine ainsi la viabilité des candidats, surtout pendant les primaires.

    La télévision est véritablement le média le plus efficace pour construire ou détruire un candidat. Durant les campagnes électorales, aussi bien lors des primaires que lors des présidentielles, la couverture télévisée d'un candidat est inversement proportionnelle à son avance sur les autres: plus celle-ci est grande, moins la télévision s'intéresse au candidat.

    Les primaires de 1992 constituent à ce titre un exemple significatif: aussitôt que Bill Clinton et George Bush ont eu une avance insurmontable sur les autres candidats pour ce qui est de leur nombre respectif de délégués, la couverture a alors radicalement chuté. Une chose similaire s'est produite en 2004, la couverture télévisée ayant considérablement diminué dès qu'il a été clair que John Kerry serait le candidat choisi pour l'investiture démocrate.

    Construire une image

    L'auditoire large et varié de la télévision donne à celle-ci le pouvoir de construire littéralement l'image d'un candidat. Selon Kathleen Kandall, il existe quatre raisons qui permettent à ce média d'exercer une influence directe sur la population par le biais de la personnalisation excessive d'un candidat à la présidence ou par une construction volontaire.

    - Il faut une bonne histoire pour intéresser la télévision. Sans Pat Buchanan, George Bush n'aurait fait face à aucune opposition au sein du Parti républicain en 1992. Et sans cette opposition, la télévision n'aurait pas eu d'histoire à raconter.

    - Lorsque les journalistes ont une affection particulière pour un candidat, comme ce fut le cas de Bill Clinton en 1992, ils en parlent volontiers.

    - Si le candidat est une grande figure politique du pays, la télévision n'a d'autre choix que d'en parler abondamment.

    - Si les sondages démontrent qu'un candidat perd ou gagne rapidement des points, les reportages augmenteront invariablement. Les sondages constituent une grande source d'information pour les journalistes de la télévision. Le candidat démocrate John Edwards, pendant les primaires de 2004, a ainsi bénéficié de l'appui massif de la télévision lors de sa fulgurante ascension.

    L'exemple du Dean Scream

    Deuxièmement, la couverture plus négative de la télévision exerce un effet plus grand sur la population. Durant une campagne électorale, il arrive fréquemment que les journalistes agissent comme commentateurs ou analystes, ce qui les oblige à plus d'interprétation que de description. Ainsi, les téléspectateurs ont l'impression que les reportages sont critiques ou négatifs.

    De même, les reportages très courts ne permettent pas la nuance, au contraire: le côté plus spectaculaire de la télévision se reflète également dans les bulletins de nouvelles, qui doivent accrocher rapidement le public. Or ce sont souvent les aspects négatifs qui parviennent à atteindre cet objectif.

    Un exemple éloquent de la négativité de la couverture et du peu de temps consacré à l'analyse d'une situation est assurément ce que les journalistes appellent maintenant le Dean Scream. Fin 2003 et début 2004, Howard Dean était considéré comme le candidat le plus apte à remporter l'investiture du Parti démocrate. Cependant, il n'arrivait pas à récolter le nombre de délégués auquel les analystes s'attendaient.

    Le 19 janvier 2004, Dean n'a pas fait bonne figure dans le caucus de l'Iowa, jugé essentiel pour que le candidat puisse encore espérer l'emporter. Lors de son discours, Dean a poussé un grand cri, qui a finalement causé sa perte: on l'a accusé d'être agressif, mauvais joueur et colérique. En fait, ce sont des distorsions provenant de son micro qui ont contribué à amplifier le fameux cri. Cela n'a pas empêché la télévision de diffuser ce cri environ 700 fois dans les trois jours suivants. [...] La couverture du Dean Scream était assurément disproportionnée par rapport à sa signification, mais les explications du candidat et de son entourage n'ont pas pu modifier le ton des reportages. [...]

    Émissions de variétés

    Troisièmement, le temps d'antenne consacré aux candidats des élections présidentielles a radicalement diminué depuis 1968. En effet, les journalistes parlent en moyenne six fois plus longtemps que les candidats. La légère hausse du temps d'antenne alloué aux candidats constatée durant la campagne présidentielle de 2000 est due au fait que la campagne était très serrée entre les candidats républicain George W. Bush et démocrate Al Gore. Les journalistes ont laissé plus de temps aux deux hommes pour s'exprimer sur différents sujets, question d'aider les téléspectateurs à mieux les distinguer. Quatrièmement, lorsqu'on parle de la télévision et de son impact sur les campagnes présidentielles, on évoque nécessairement les bulletins de nouvelles. Or il existe d'autres types d'émissions qui peuvent paraître intéressantes pour les candidats aux élections et où les téléspectateurs vont chercher beaucoup d'information sur la campagne. Les émissions de variétés comme The Tonight Show de Jay Leno, The Late Show de David Letterman et The Oprah Winfrey Show d'Oprah Winfrey attirent des millions de téléspectateurs, un élément non négligeable pour les candidats des élections présidentielles.

    Cette pratique qui consiste à utiliser les émissions de variétés et de fin de soirée par les candidats s'est surtout développée durant la campagne de 1992. [...] Ces émissions sont désormais devenues incontournables pour les candidats à la présidence. Non seulement elles leur offrent plus de temps pour aborder les sujets qui les intéressent que les émissions d'information ou les bulletins de nouvelles, elles sont par surcroît moins «dangereuses» pour leur campagne. Les animateurs tentent en effet rarement de les piéger sur le plan politique et les questions posées portent plutôt sur leur vie personnelle ou sur leurs qualités de leader. La spontanéité des échanges et le ton humoristique permettent en outre aux candidats de s'attirer la sympathie du public.

    Fait intéressant, c'est également dans ce type d'émission de télévision qu'on retrouve davantage de contenu lié directement aux enjeux politiques de la campagne électorale alors que les émissions traditionnelles s'attardent plutôt à la stratégie et aux tactiques de la campagne électorale.

    ***

    Extraits de l'ouvrage Les Élections présidentielles américaines, sous la direction d'Élisabeth Vallet et de David Grondin (PUQ, Montréal, 2004), lancé mardi soir à Montréal. Le thème des médias fera aussi l'objet d'un débat organisé lundi prochain à l'Université du Québec à Montréal par la chaire Raoul-Dandurand.
     
     
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