Charest renonce aux baisses générales d'impôt
Robert Dutrisac
, Tommy Chouinard
14 octobre 2004
Saint-Augustin-de-Desmaures — Pressé par plusieurs participants au Forum des générations, le premier ministre Jean Charest a ouvert la porte à l'abandon de sa promesse électorale de consentir une baisse générale d'impôt de un milliard pour l'ensemble des contribuables québécois. Ce sont plutôt les familles qui devraient être ciblées par le prochain budget.
En fin de journée, avant d'entreprendre les discussions à huis clos avec les participants, Jean Charest s'est montré sensible aux critiques assénées contre ces baisses générales d'impôt, qui totalisent cinq milliards de dollars en cinq ans. «Ça ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd», a dit le premier ministre.
«Peut-être qu'une baisse généralisée est une chose et une aide à la famille est une autre chose. Il y a la classe moyenne qui est importante. Cette classe moyenne, c'est beaucoup de jeunes familles», a-t-il évoqué dans son allocution de clôture. «Ce n'est pas parce qu'on baisse les impôts qu'on remet en question ses programmes sociaux», a ajouté le premier ministre.
Plus tôt dans la journée, le ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard, avait tenu une conférence de presse pour annoncer que le gouvernement privilégiera les familles dans le prochain budget. «Ce qui compte, c'est de réduire les pressions financières sur les familles, peu importe la façon», a-t-il expliqué.
Aux yeux du ministre, le gouvernement Charest respecterait ainsi son engagement électoral de réduire de un milliard par année l'impôt de tous les Québécois. «Il y a beaucoup de discussions là-dessus sur comment on appelle ça. Moi, j'appelle ça mettre de l'argent dans les poches des familles québécoises, que ce soit une baisse d'impôt ou une diminution du fardeau fiscal», a dit M. Béchard.
De son côté, le ministre des Finances, Yves Séguin, n'a pas exclu que le gouvernement Charest procède à une baisse générale d'impôt même si plusieurs participants au forum sont venus demander au gouvernement de ne pas réduire les impôts compte tenu de la situation précaire des finances publiques. Il a toutefois confirmé que les familles seront ciblées dans le budget 2005-06.
«Au prochain budget, on travaille toujours sur notre engagement à continuer de baisser l'ensemble du fardeau fiscal des contribuables. On cible bien sûr plus les contribuables moyens, avec une attention particulière pour les familles. Je pense que c'est dans l'intérêt public que nous fassions porter notre effort financier vers ces groupes de contribuables», a-t-il dit. Au cours d'un entretien, M. Séguin a affirmé au Devoir qu'il est maintenant assuré de dégager une marge de manoeuvre de un milliard dans son prochain budget afin d'alléger le fardeau fiscal des contribuables.
M. Séguin préfère donc parler de diminution du fardeau fiscal plutôt que de baisse d'impôt. Dans le budget 2004-05, M. Séguin avait réservé 547 millions pour une mesure de soutien aux familles les moins bien nanties, mesure qu'il avait alors assimilée à la baisse d'impôt promise. En fait, sur une base annuelle, la véritable baisse d'impôt contenue dans ce budget s'était chiffrée à 219 millions.
Hier, plusieurs participants ont ardemment prié Jean Charest de renoncer à la baisse générale d'impôt. Le président du Mouvement Desjardins, Alban D'Amours, a demandé au premier ministre de surseoir à cette promesse. L'économiste Pierre Fortin a fait de même. «Je vous embrasserais si vous faisiez ça», a-t-il dit, soulevant l'hilarité. «Ça me ferait plaisir d'embrasser Pierre Fortin si vous renonciez à votre baisse d'impôt généralisée», a renchéri plus tard le président de la FTQ, Henri Massé.
Mais alors qu'il se montrait souple à la fin de la journée, il est demeuré sur ses positions durant les discussions publiques en après-midi. Le choix du gouvernement, «c'est de ramener la fiscalité à la moyenne canadienne», a réitéré Jean Charest. Et ce, même si la dette du Québec est la plus élevée parmi les provinces canadiennes, même si l'État québécois a choisi, contrairement aux autres provinces, de soutenir activement la culture, de financer le rayonnement du Québec à l'étranger et de percevoir ses propres impôts.
Ce n'est pas un «dogme» et ce n'est pas «le vent froid de la droite qui souffle sur le Québec», a ajouté le premier ministre. Il s'est dit préoccupé par l'exode des jeunes célibataires qui gagnent de bons salaires. «Déménager de l'autre côté de la frontière, ça se fait vite», a-t-il dit.
Le président de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Henri-Paul Rousseau, a jeté un pavé dans la mare en réclamant une révision complète de la tarification des services publics. Il a dénoncé «la grande blague» que sont les frais de scolarité, qui sont beaucoup trop bas au Québec, selon lui, alors qu'«on ne fait pas la distinction entre la gratuité et l'accessibilité». Il a remis en question l'électricité «sous-tarifée», la gratuité de l'eau potable et celle des autoroutes. Cette sortie a fait bondir Henri Massé. La FTQ n'entrera pas dans «un débat de tarification tous azimuts», a dit le chef syndical.
Hier, les présidents des Conférences régionales des élus étaient en intenses pourparlers avec le ministre des Affaires municipales, du Sport et du Loisir, Jean-Marc Fournier, afin de concevoir le protocole d'entente visant la décentralisation des pouvoirs. Jean Charest doit faire connaître aujourd'hui la teneur de ce protocole d'entente dont la signature doit constituer un des éléments forts de la journée.
Dans son allocution de clôture, Jean Charest a noté plusieurs points généraux de «convergence» entre les participants et le gouvernement, dont le fait que le Québec est dans le peloton de tête des sociétés qui ont réussi. Il a cité un nombre impressionnant de sujets qui seront abordés lors des discussions à huis clos, allant de l'éducation à l'occupation du territoire, de la prospérité économique à l'immigration.
Le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, estime que Jean Charest n'a pas de vision précise à proposer aux participants. «On a l'impression que les idées restent un peu éparpillées parce que le premier ministre n'a pas vraiment une vision, a-t-il dit. Le seul gros point qui peut en sortir [du forum], c'est la décentralisation. Les gens des régions tiennent un peu le gouvernement à la gorge pour faire un succès de cet événement.»
En fin de journée, avant d'entreprendre les discussions à huis clos avec les participants, Jean Charest s'est montré sensible aux critiques assénées contre ces baisses générales d'impôt, qui totalisent cinq milliards de dollars en cinq ans. «Ça ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd», a dit le premier ministre.
«Peut-être qu'une baisse généralisée est une chose et une aide à la famille est une autre chose. Il y a la classe moyenne qui est importante. Cette classe moyenne, c'est beaucoup de jeunes familles», a-t-il évoqué dans son allocution de clôture. «Ce n'est pas parce qu'on baisse les impôts qu'on remet en question ses programmes sociaux», a ajouté le premier ministre.
Plus tôt dans la journée, le ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard, avait tenu une conférence de presse pour annoncer que le gouvernement privilégiera les familles dans le prochain budget. «Ce qui compte, c'est de réduire les pressions financières sur les familles, peu importe la façon», a-t-il expliqué.
Aux yeux du ministre, le gouvernement Charest respecterait ainsi son engagement électoral de réduire de un milliard par année l'impôt de tous les Québécois. «Il y a beaucoup de discussions là-dessus sur comment on appelle ça. Moi, j'appelle ça mettre de l'argent dans les poches des familles québécoises, que ce soit une baisse d'impôt ou une diminution du fardeau fiscal», a dit M. Béchard.
De son côté, le ministre des Finances, Yves Séguin, n'a pas exclu que le gouvernement Charest procède à une baisse générale d'impôt même si plusieurs participants au forum sont venus demander au gouvernement de ne pas réduire les impôts compte tenu de la situation précaire des finances publiques. Il a toutefois confirmé que les familles seront ciblées dans le budget 2005-06.
«Au prochain budget, on travaille toujours sur notre engagement à continuer de baisser l'ensemble du fardeau fiscal des contribuables. On cible bien sûr plus les contribuables moyens, avec une attention particulière pour les familles. Je pense que c'est dans l'intérêt public que nous fassions porter notre effort financier vers ces groupes de contribuables», a-t-il dit. Au cours d'un entretien, M. Séguin a affirmé au Devoir qu'il est maintenant assuré de dégager une marge de manoeuvre de un milliard dans son prochain budget afin d'alléger le fardeau fiscal des contribuables.
M. Séguin préfère donc parler de diminution du fardeau fiscal plutôt que de baisse d'impôt. Dans le budget 2004-05, M. Séguin avait réservé 547 millions pour une mesure de soutien aux familles les moins bien nanties, mesure qu'il avait alors assimilée à la baisse d'impôt promise. En fait, sur une base annuelle, la véritable baisse d'impôt contenue dans ce budget s'était chiffrée à 219 millions.
Hier, plusieurs participants ont ardemment prié Jean Charest de renoncer à la baisse générale d'impôt. Le président du Mouvement Desjardins, Alban D'Amours, a demandé au premier ministre de surseoir à cette promesse. L'économiste Pierre Fortin a fait de même. «Je vous embrasserais si vous faisiez ça», a-t-il dit, soulevant l'hilarité. «Ça me ferait plaisir d'embrasser Pierre Fortin si vous renonciez à votre baisse d'impôt généralisée», a renchéri plus tard le président de la FTQ, Henri Massé.
Mais alors qu'il se montrait souple à la fin de la journée, il est demeuré sur ses positions durant les discussions publiques en après-midi. Le choix du gouvernement, «c'est de ramener la fiscalité à la moyenne canadienne», a réitéré Jean Charest. Et ce, même si la dette du Québec est la plus élevée parmi les provinces canadiennes, même si l'État québécois a choisi, contrairement aux autres provinces, de soutenir activement la culture, de financer le rayonnement du Québec à l'étranger et de percevoir ses propres impôts.
Ce n'est pas un «dogme» et ce n'est pas «le vent froid de la droite qui souffle sur le Québec», a ajouté le premier ministre. Il s'est dit préoccupé par l'exode des jeunes célibataires qui gagnent de bons salaires. «Déménager de l'autre côté de la frontière, ça se fait vite», a-t-il dit.
Le président de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Henri-Paul Rousseau, a jeté un pavé dans la mare en réclamant une révision complète de la tarification des services publics. Il a dénoncé «la grande blague» que sont les frais de scolarité, qui sont beaucoup trop bas au Québec, selon lui, alors qu'«on ne fait pas la distinction entre la gratuité et l'accessibilité». Il a remis en question l'électricité «sous-tarifée», la gratuité de l'eau potable et celle des autoroutes. Cette sortie a fait bondir Henri Massé. La FTQ n'entrera pas dans «un débat de tarification tous azimuts», a dit le chef syndical.
Hier, les présidents des Conférences régionales des élus étaient en intenses pourparlers avec le ministre des Affaires municipales, du Sport et du Loisir, Jean-Marc Fournier, afin de concevoir le protocole d'entente visant la décentralisation des pouvoirs. Jean Charest doit faire connaître aujourd'hui la teneur de ce protocole d'entente dont la signature doit constituer un des éléments forts de la journée.
Dans son allocution de clôture, Jean Charest a noté plusieurs points généraux de «convergence» entre les participants et le gouvernement, dont le fait que le Québec est dans le peloton de tête des sociétés qui ont réussi. Il a cité un nombre impressionnant de sujets qui seront abordés lors des discussions à huis clos, allant de l'éducation à l'occupation du territoire, de la prospérité économique à l'immigration.
Le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, estime que Jean Charest n'a pas de vision précise à proposer aux participants. «On a l'impression que les idées restent un peu éparpillées parce que le premier ministre n'a pas vraiment une vision, a-t-il dit. Le seul gros point qui peut en sortir [du forum], c'est la décentralisation. Les gens des régions tiennent un peu le gouvernement à la gorge pour faire un succès de cet événement.»
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