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Le Forum des générations

13 octobre 2004 
[...] On a réuni autour de cette table des gens qui sont à la fois des milieux urbain et rural, des jeunes, des aînés, des syndicats, des représentants du patronat, du monde communautaire, du monde des affaires, des autochtones mais aussi des communautés culturelles. Il y a autour de cette table des hommes et des femmes qui représentent ensemble la somme de nos ambitions, de nos espoirs et de nos rêves.

L'événement qui nous réunit aujourd'hui s'inscrit dans une démarche entreprise il y a plusieurs mois. Et, dans cette déclaration d'ouverture, je veux vous présenter aussi simplement, aussi directement que possible le contexte de la démarche que nous avons proposée et qui a mené à la tenue d'une vingtaine de forums régionaux.

D'abord, le gouvernement du Québec, depuis son élection du mois d'avril 2003, a rapidement réalisé que nous étions devant deux grands enjeux qui ont un impact très important sur l'ensemble de nos décisions. Les deux enjeux présents partout ce sont les finances publiques et le déclin démographique

[...]

Dans le cas des finances publiques, pour résumer très rapidement, au Québec depuis une trentaine d'années, notre situation est très, très serrée. Le moindre imprévu, tous les gouvernements toutes tendances confondues vous le diront, le moindre imprévu peut très facilement changer l'équilibre budgétaire du gouvernement du Québec.

C'est en soi une situation anormale et on a voulu pousser plus loin la réflexion et le débat. Nous devons mieux comprendre pourquoi, d'année en année, notre situation financière est celle-là. Et nous devons nous interroger sur ce que nous devrons faire à l'avenir pour regagner les marges de manoeuvre que devrait normalement avoir l'État.

Le deuxième enjeu, c'est celui du déclin de la démographie. La démographie essentiellement ce sont deux choses. C'est le phénomène de la dénatalité auquel on ajoute le phénomène du vieillissement de la population. De temps en temps en parlant de démographie, on a tendance à associer le phénomène de changement démographique à des impacts négatifs alors que le déclin démographique est un phénomène avec lequel nous devrons vivre et qui aura des conséquences à la fois positives et négatives. Par exemple, les femmes qui atteindront 65 ans dans quelques années seront déjà très différentes de leur mère lorsque leur mère avait 65 ans. Elles auront vécu dans un contexte qui est très différent. Sur le plan financier, elles seront généralement plus indépendantes, elles seront en meilleure santé.

[...]

Mais l'important, ce que je retiens comme premier ministre du Québec dans le débat que nous allons faire ensemble, c'est l'importance de comprendre les changements. De les anticiper, de se préparer comme société pour que nous puissions justement tirer notre épingle du jeu pour que nous puissions tout mettre en oeuvre pour que chaque citoyen du Québec puisse participer pleinement dans la société québécoise.

Alors, voilà un enjeu sur lequel il faut absolument se pencher, réfléchir, anticiper et se préparer.

Sur le plan des finances publiques, le portrait est déjà assez complexe. Au Québec, nous sommes la province canadienne la plus endettée. Nous sommes les citoyens les plus taxés. On a fait le choix au Québec, de se donner de généreux programmes sociaux.

Et d'ailleurs, c'est intéressant, dans les forums, ce que j'en retiens, ce que j'ai vu, ce que j'ai entendu, c'est que les citoyens et citoyennes du Québec ne disent pas d'arrêter de faire des programmes sociaux ou de reculer sur ce qu'on a fait. Au contraire. Les Québécois et Québécoises sont très fiers de ce qu'ils ont pu réaliser. Il y a là-dedans l'incarnation de nos valeurs.

Notre réseau de la santé et des services sociaux exprime nos valeurs de compassion et de justice sociale. Alors, il faut regarder tout ça avec beaucoup de fierté. On fait un peu le bilan de tout ce qu'on a pu réaliser dans une très courte période de temps. On a raison d'être fier et en même temps, c'est parce que cela évoque des valeurs auxquelles nous tenons beaucoup, que nous devons mesurer l'impact sur les finances publiques et ce que nous devons faire à l'avenir justement pour pouvoir préserver nos programmes sociaux.

[...]

D'un côté, nous sommes trop endettés, de l'autre côté, nous sommes trop taxés. Ça nous coûte plus cher et on gagne moins. Je n'ai pas besoin de vous faire un long portrait pour vous dire qu'il y a là un enjeu très important qui finit par se retrouver dans le budget d'un État qui d'année en année est toujours étiré à l'ultime limite.

Comment allons-nous, comme société, justement continuer à préserver nos programmes sociaux s'il y a moins de gens qui paient, si dans une région en particulier il y a moins de citoyens qui habitent cette région, qui occupent le territoire, un enjeu extrêmement important pour l'avenir du Québec. Alors, vous voyez très rapidement pour quelles raisons ce Forum devient pour nous, pour la société québécoise un lieu privilégié, un moment très important pour que nous puissions ensemble mieux comprendre, surtout mieux réfléchir et alimenter également notre capacité de trouver de meilleures solutions.

[...]

Vous êtes invités à participer, vous avez accepté de participer à un forum. Je tiens à vous préciser qu'un forum ce n'est pas un sommet. L'objectif de ce que nous allons entreprendre pendant les prochains jours n'est pas d'arriver à un consensus à tout prix. Ce n'est pas d'aller vers le dénominateur commun le plus bas. L'objectif c'est que nous puissions justement, dans certains cas, poursuivre une réflexion, dans d'autres cas, élaborer des stratégies et lorsque nous sommes prêts, passer à l'action.

Alors, je veux que vous vous sentiez très à l'aise pendant les trois prochains jours. De vous exprimer. D'exprimer des points de vue divergents. J'insiste là-dessus: on n'est pas ici pour demander à tout le monde de répéter la même chose. Ce n'est pas l'unanimité qui est recherchée.

D'ailleurs, je vais vous faire une confidence. Une chose que je rappelle à mon conseil des ministres de temps en temps, si les problèmes que l'on vous soumettait étaient faciles, si les réponses étaient évidentes, il y a longtemps que quelqu'un d'autre les aurait réglés à notre place.

C'est justement parce qu'il y a là deux enjeux qui font appel à beaucoup de créativité, qui font appel à nos meilleures ressources, que nous allons voulu réunir des Québécois et des Québécoises qui sont en mesure de contribuer par leur intelligence, leur expérience et leur énergie à nous aider à trouver les meilleures solutions.

Ce que nous savons, une fois qu'on a fait le tour des deux questions, c'est que le statu quo n'est pas une option. Le statu quo dans le contexte actuel du Québec n'est pas un choix. Nous devons bouger, nous devons changer nos façons de faire et nous devons chercher à amener le plus grand nombre de Québécois et de Québécoises à se saisir de ces enjeux, à mieux les comprendre et à contribuer aux solutions.

Dans les forums [préparatoires à cet événement], les gens [ont parlé] d'une plus grande souplesse. Cela paraît instinctif de faire appel à cette souplesse pour que nous puissions reconnaître les besoins particuliers. Pour qu'on se sorte du mur à mur et qu'on puisse reconnaître qu'il y a des façons de faire différentes et que si on veut préserver un certain nombre de choses, il faudra travailler ensemble et accepter de faire preuve de souplesse de part et d'autre.

Deuxième filon, c'est le renforcement des communautés locales. Encore là, instinctivement, la population sent que plus on rapproche les lieux de décisions de ceux et celles qui paient et qui reçoivent les services, plus les citoyens seront en mesure de tailler sur mesure les services qu'ils reçoivent.

Je veux vous rassurer on ne va pas compenser en deux jours et demi, 40 ans de déclin de la natalité. Et on ne va pas non plus en 60 heures refaire l'architecture de 50 milliards de dépenses de programmes. Il y a une chose que nous allons faire ensemble, nous allons faire équipe pour s'engager à réaliser des changements profonds tout en se rappelant que les vrais changements, les changements qui arrivent à long terme, commandent beaucoup de détermination. Cela commande une certaine patience et surtout beaucoup de volonté. Finalement, cela commande que, de part et d'autre, nous puissions faire un effort de lucidité pour anticiper et bien comprendre la nature des enjeux.

[...]

Une autre remarque que je voulais vous faire c'est une mise en garde, que j'ai reçue à quelques reprises lorsqu'on présente les enjeux du déclin démographique et celui des finances publiques parce qu'on a tendance à présenter des chiffres qui peuvent paraître un peu déprimants. La mise en garde a été la suivante: on me dit «vous peignez tout en noir, vous présentez un portrait qui est tellement noir que c'en est décourageant». Si on prend la peine de vous présenter le portrait tel qu'il est, ce n'est pas pour conclure que les choses vont rester comme elles sont.

Ce que nous faisons ici c'est exactement le contraire de la fatalité. En tant que premier ministre, lorsqu'on me présente les chiffres, je ne dis pas que ça va être comme ça pour toujours, au contraire j'ai l'intention de changer le cours des événements et la même chose devrait être vraie pour vous. Alors, oui, si on vous présente des faits qui paraissent durs, si vous voulez les remettre en question, allez-y. Mais le vrai débat n'est pas là. Les chiffres, on peut les interpréter différemment. Mais les grands défis des finances publiques et du déclin démographique demeurent entiers. Le vrai débat c'est comment peut-on changer le cours des choses. Est-ce possible de le faire?

La bonne nouvelle c'est qu'il y en a qui l'ont fait avant nous. La preuve c'est que nous vivons dans une société remarquable. L'histoire du Québec c'est une histoire de réussite, c'est l'histoire d'un peuple qui a su préserver sa langue, sa culture et qui a tiré son épingle du jeu sur le plan économique. Cette réussite va continuer. Aujourd'hui, nous sommes conviés à une étape importante dans notre développement pour que nous puissions à notre tour subir ce test des générations. Ce test doit être le suivant: quand on prend une décision, on doit être capable de s'interroger sur l'impact de notre décision sur les générations futures et sur celles qui nous ont précédés, qui méritent elles aussi de recevoir les services auxquels elles ont droit. Au Forum des générations, c'est un test important pour nous.

Je tiens à vous remercier d'avoir accepté de participer à un moment charnière dans la vie et l'histoire du Québec.

Merci.






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