samedi 11 février 2012 Dernière mise à jour 01h25
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

Fiers, deux fois plutôt qu'une - Un défilé aux allures de victoire

La nouvelle Loi sur l'union civile accentue la fierté de la communauté homosexuelle

Fabien Deglise   5 août 2002 
Cette année encore, le défilé de la fierté gaie a réservé de «plaisantes» surprises aux Montréalais et aux touristes massés le long du boulevard René-Lévesque pour voir passer les chars allégoriques. Selon les organisateurs, près de 800 000
Photo : Patrick Sanfaçon
Cette année encore, le défilé de la fierté gaie a réservé de «plaisantes» surprises aux Montréalais et aux touristes massés le long du boulevard René-Lévesque pour voir passer les chars allégoriques. Selon les organisateurs, près de 800 000
Après le Grand Prix, le Festival de jazz et les FrancoFolies, c'était hier au tour d'un autre grand événement de l'été montréalais d'égailler les rues de la métropole: le «défilé de la fierté», gaie, lesbienne, bisexuelle, transsexuelle et travestie, s'entend. Un cortège prévisible, comme c'est le cas depuis maintenant dix ans, avec son lot de shorts courts et serrés — là où il faut! —, de costumes à paillettes, de seins nus, de fesses habillées de fils et surtout d'homosexuels et de lesbiennes de tous âges qui affichaient cette année, en plus de leur fière différence, le sourire de la victoire.

«L'ambiance est incroyable aujourd'hui. Particulière aussi contrairement aux autres années, a lancé André Boulerice, ministre délégué aux Relations avec les citoyens et à l'Immigration et habitué depuis une décennie de cette grande fête où «les différences sont palpables», dit-il. «En plus de l'affirmation des droits de la communauté gaie du Québec, c'est aussi l'avancée considérable qu'a faite le Québec avec la loi 84 [sur l'union civile] que nous célébrons ici.»

«Une loi novatrice et audacieuse», a ajouté pour sa part Pauline Marois, vice-première ministre du Québec, venue elle aussi au milieu de la brochette de politiciens présents pour l'occasion «témoigner de sa solidarité envers une communauté pour laquelle le gouvernement du Québec s'est toujours montré accueillant», a-t-elle précisé.

Air du temps, le défilé ouvert, comme il est désormais de bon ton, par les «huiles» du Québec — représentants syndicaux, ex-maire, conseillers municipaux, députés provinciaux et fédéraux —, sur l'invitation de l'organisme Gai Écoute (l'oreille de la communauté), avait accordé pour sa cuvée 2002 une place de choix au premier couple du Québec à profiter de l'union civile enregistrée: Roger Thibeault et Theo Wouters. Le symbole était inévitable. Remarqué aussi; autant du moins que la Chrysler officielle avec à son bord les gardes du corps de Mme Marois — premier vice-premier ministre à participer à un tel événement — à quelques voitures décapotables des heureux «presque mariés» acclamés par les milliers de personnes massées le long du parcours sur le boulevard René-Lévesque.

Loin derrière, Michael Hendricks et René Leboeuf qui tentent depuis 1998 d'obtenir devant les tribunaux le droit de se marier, ne profitaient visiblement pas du même traitement, condamnés à marcher à l'écart des officiels devant une poignée d'amis portant une pancarte sur laquelle un sobre «mariage civil, un choix, un droit» avait été inscrit. «En raison de notre réaction mitigée à la Loi sur l'union civile [considérée par le couple comme un pas en avant, certes, mais qui discrimine encore et toujours les homosexuels par rapport aux hétérosexuels], les politiciens ne veulent pas nous parler et forcément se montrer à nos côtés», a déploré M. Hendricks dans son costume à queue de pie et chapeau haut de forme. Au loin, un cliché: deux hommes tout de cuir vêtu s'embrassent avec passion.

Ces petites guerres politiques, Sophie et Karine, la fraîche vingtaine, enlacées au milieu des représentants de l'Association des mères lesbiennes du Québec ne s'en souciaient guère. «Si nous sommes venues aujourd'hui, c'est avant tout pour montrer à la face du monde que nous sommes unies et que nos familles sont comme celles des hétérosexuels», dit Sophie sur fond de musique disco revisitée dans des sonorités techno/dance provenant du char allégorique du Forum des gais et lesbiennes syndiqués du Québec (FGLSQ). Coin Seymour et René Lévesque, nouveau cliché: un groupe d'homo déguisés en extraterrestres armés d'immenses drapeaux aux couleurs arc-en-ciel répètent leur chorégraphie avant de prendre part au cortège.

Lola — c'est son nom d'artiste —, originaire du Venezuela, avait pour sa part un message moins prosaïque à faire passer. Seins nus, fesses partiellement recouvertes pour profiter de la chaleur ambiante de cette journée estivale, c'est montée sur une croix, à la manière du Christ, qu'elle a décidé de défiler. «Parce que je suis transsexuelle et fière de l'être» a-t-elle indiqué. Avec un slogan sans équivoque: «Arrêtez de nous crucifier, nous sommes enfants de Dieu.»

Politique, coloré, festif, musical, engagé, provocant, dénonciateur, le 10e «Défilé de la fierté» était, comme on pouvait s'y attendre, tout ça à la fois. Varié aussi avec d'un côté une Nathalie Rochefort, députée libérale dans Mercier dans un costume moulant à la wonder woman, histoire de se fondre dans la communauté, Pierre Bourque saluant la foule assis sur la plage arrière d'une décapotable et de l'autre le Club Bolo et ses danseurs gais adeptes du country/western, une poignée d'asiatiques le torse nu montés sur le camion du regroupement Gais et lesbiennes asiatiques de Montréal, quelques homos barbus et bien portant membres de l'association «Montreal Bears» mais aussi des éphèbes, l'entrejambe sommairement vêtu, fusil à eau en main, qui voulaient rappeler que les Jeux gais se tiendront ici en 2006.

«C'est beau à voir, a résumé Yvan, un Montréalais de longue date venu assister au défilé pour la première fois. C'est comme ça que j'aime ma ville: festive et tolérante.»

Cette tolérance, cette ouverture d'esprit, Didier Lefort, un touriste belge venu dans la ville aux cent clochers spécialement pour les célébrations orchestrées par l'organisme Divers/Cité s'y attendait. «Mais ça va au-delà de mes espérances. J'en ai la preuve aujourd'hui, Montréal est vraiment un exemple à suivre. La communauté homosexuelle y est très bien acceptée et se fond dans le rythme de la ville. C'est rafraîchissant à voir.»

Il n'a pas été le seul à être séduit par ce «rythme»: 800 000 personnes hier ont assisté à cette ode à la différence sur le boulevard René Lévesque entre les rues Guy et Saint-Denis. «50 000 de plus que l'an passé», a précisé Paul Girard de Divers/Cité à 17 h depuis la place Émilie-Gamelin où les festivités devaient se poursuivre toute la nuit avec musique, chanteurs, danseurs, discours et boissons glacées pour supporter la chaleur de cette journée d'été

ennuagée.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Articles
Recherche complète sur le même sujet


Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012