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Sur la question démographique et les finances publiques

Pier-André Bouchard St-Amant - Président de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ)  13 octobre 2004 
S'il est un constat maintenant reconnu au Québec, c'est que la population est de plus en plus «vieille». D'une part à cause de la faible natalité: il y a de moins en moins de bébés mis au monde. D'autre part, les «vieux» vivent plus longtemps, notamment grâce au progrès de la science médicale et pharmaceutique. À bien des égards, ce simple constat est lourd de conséquences pour le Québec: départs à la retraite plus nombreux que le nombre d'embauches, déplacement du poids politique chez les aînés et surtout, en d'autres termes, moins de contribuables.

Nous pouvons cerner une partie du phénomène démographique de la façon suivante: aujourd'hui, il y a 5,1 travailleurs pour un bénéficiaire des services publics. Dans 30 ans, si rien n'est fait, il n'y aura plus que 2,1 travailleurs pour un bénéficiaire. En termes budgétaires concrets, cela signifie de plus en plus de dépenses pour le trésor québécois et une diminution des revenus! Loin de nier ces faits, le gouvernement du Québec utilise ce constat pour convaincre la population du bien-fondé de ses lignes d'action politiques, nommément une série de compressions budgétaires. Comme les phénomènes démographiques, à l'instar du mouvement d'un glacier, sont largement prévisibles, il incombe aux pouvoirs publics d'appliquer des solutions à long terme. Malheureusement, cette approche est trop souvent balayée du revers de la main, notre système électoral favorisant des plans d'action dont la durée ne dépasse généralement pas un mandat.

Le premier ministre Charest avance essentiellement deux arguments pour justifier son engagement de baisser les impôts. D'une part, cela entraînerait une croissance économique et, d'autre part, «nous sommes les plus taxés en Amérique du Nord», comme il se plaît à le répéter.

S'il est une affirmation qui ne repose sur aucune évidence statistique, c'est qu'une baisse d'impôt entraîne une croissance économique. Un coup d'oeil à l'ensemble des pays du monde développé au cours des dix dernières années suffit à montrer qu'il n'existe aucun lien structurel entre la croissance économique et le niveau d'imposition d'un pays. Par ailleurs, les récents exemples où une telle mesure a été adoptée (les États-Unis sous George Bush et l'Ontario de Mike Harris) donnent à penser que les baisses d'impôt ne sont pas un remède au marasme économique et peuvent plonger les administrations dans d'importants déficits.

Pour ce qui est de notre niveau de taxation, il est globalement vrai que nous payons plus de taxes et d'impôts qu'ailleurs, notamment lorsque nous nous comparons avec le reste du continent. Toutefois, on oublie trop souvent que nous avons, pour l'instant, les services publics les moins chers en Amérique du Nord. Une comparaison avec les autres provinces n'est donc pas sans intérêt. Qu'on y songe: des services de garderie abordables, de bas tarifs d'électricité, un système scolaire (presque) gratuit et les frais de scolarité les plus bas en Amérique du Nord.

On le sait, l'argent ne pousse pas dans les arbres. Si nous diminuons les impôts, il faudra financer les services publics par la tarification (les utilisateurs) ou par l'emprunt, ce qui ne fait que repousser le problème. À cet égard, les citoyens auraient-ils plus d'argent dans leurs poches pour dépenser dans un système plus axé sur la tarification que dans le système actuel? En comparant le revenu disponible net (après services publics) de la majorité des familles québécoises à celles de l'Ontario, on observe que ce sont les Québécois qui, en bout de piste, ont le plus d'argent dans leurs poches! [...]

Se donner les moyens

Il faut comprendre que le Québec ne peut pas, à cause de sa petite population et de sa structure économique, concurrencer certaines économies émergentes (l'Inde, par exemple) qui comptent sur une main-d'oeuvre bon marché pour écouler une myriade de produits à faible valeur ajoutée. C'est donc sur notre expertise en recherche et en développement et sur notre capacité à concevoir des produits technologiques d'avant-garde que nous pouvons vendre plus cher, que repose la prospérité du Québec. Cela nous permet, entre autres, de préserver un niveau de vie intéressant pour l'ensemble des citoyens.

Ceci nous amène logiquement à aborder la question de l'éducation postsecondaire. Nous pensons ainsi que se priver de candidats à la maîtrise et au doctorat a pour conséquence de ralentir nos progrès en matière de recherche et de développement. Est-il nécessaire de rappeler que 75 % des emplois de demain nécessitent un diplôme d'études postsecondaires?

Un diplômé universitaire coûte entre 15 000 $ et 30 000 $ à l'État. Par leurs revenus plus élevés, les étudiants redonnent au gouvernement près de 17 fois ce qu'il en coûte pour les former par rapport à un diplômé du secondaire, soit 530 000 $. En tenant compte de la diminution du nombre de jeunes, se priver d'une véritable politique d'accessibilité des études postsecondaires revient à amputer les revenus actuels et futurs de l'État. Il n'est donc pas irresponsable, comme le claironnent certains, de prolonger le gel des frais de scolarité et de mettre en place un régime de prêts et bourses adéquat!

Il faut aussi anticiper les départs à la retraite. Les entreprises doivent favoriser des politiques de report de la retraite, voire de mise à la retraite progressive. De plus, il est de leur intérêt d'encourager le mentorat et les transferts d'expertises. Toutes ces mesures doivent trouver leur place dans les conventions collectives, les politiques de ressources humaines et les politiques de l'État.

Il faut également compenser en partie le manque de travailleurs par l'arrivée d'immigrants qualifiés au Québec. À ce titre, les étudiants internationaux universitaires et collégiaux constituent des candidats de choix. Non seulement ils sont jeunes, ils sont formés pour les emplois d'ici! Il faut donc mettre en place une politique énergique d'attraction et de rétention des étudiants internationaux car seulement 25 % d'entre eux demeurent au Québec au terme de leurs études. Dans cette perspective, il est clair qu'une déréglementation des frais de scolarité facturés à ces étudiants ne s'inscrit pas dans ce dessein. La dette publique s'élève actuellement à 113 milliards de dollars. Malgré les efforts consentis pour parvenir au déficit zéro, elle augmente toujours. Il importe de se rappeler que pour chaque dollar d'impôt versé, 11 ¢ vont au paiement de l'intérêt sur la dette. En cela, ce serait faire preuve de responsabilité intergénérationnelle que de commencer à rembourser ce qu'on s'est payé collectivement. [...]

Attention, toutefois: rembourser la dette ne doit pas se faire au détriment du financement des services publics. À ce titre, un plan de remboursement de la dette n'est responsable que dans la mesure où il n'y a pas de baisses d'impôt au menu.
 
 
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