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Des jeunes insensibles à leur propre existence

Alexandre T. Gingras - Gatineau, 30 juillet 2002  5 août 2002 
À M. Kofi Annan, Secrétaire général des Nations unies,

La deuxième Intifada vit encore, plus forte que jamais, même après deux ans d'affrontement entre les Israéliens et les Palestiniens. Chaque jour nous apporte des nouvelles plus désarmantes, des actes dégoûtants et des représailles sans précédant des deux camps. Je cite notamment l'attentat du mois dernier à Jérusalem où un terroriste s'est fait sauter dans un autobus bondé d'enfants, et de l'attaque aéroportée de la semaine dernière menée par Israël sur l'un des édifices du Hamas qui a fait neuf jeunes victimes... Ce conflit dégénère de jour en jour, et les espoirs de voir un accord de paix survenir entre les deux parties semble plus mince à chaque instant qui passe.

Comment peut-on régler un conflit où un camp n'accepte pas les concessions de l'autre pour qu'un processus de paix soit lancé? La question est difficile à répondre.

J'ai des amis qui vivent là-bas. Je les ai rencontrés lors du Forum des Enfants de l'ONU, en mai dernier, à New York.

Elad, 17 ans, vit dans la colonie juive de Girat Zeev. Il ne peut sortir dans la rue sans avoir peur d'être pris pour cible par un terroriste. Malgré toute l'angoisse, le stress et la paranoïa que le présent conflit nourrit, il se résout quand même à prendre l'autobus pour se rendre à l'école... en espérant que celui-ci n'ait pas été désigné pour le prochain attentat suicide...

Ahmad, 16 ans, un jeune adolescent comme tous les autres, vit dans la ville assiégée de Ramallah. De la fenêtre de sa chambre, il peut voir les chars d'assaut patrouiller dans les rues avant et pendant le couvre-feu imposé par l'armée israélienne. Pendant la journée, il sort quand même jouer dehors avec ses amis et se cache lorsque les militaires approchent.

«Alex, si tu savais ce que c'est d'être prisonnier de sa propre maison... Nous, on n'est plus capables. On a le droit de s'amuser dehors. On est des enfants. Mieux vaut mourir dehors en jouant que mourir d'ennui à l'intérieur.»

Il m'a dit cela lors d'une conversation sur Internet, et j'ai été choqué. Choqué de constater que ce conflit de la xénophobie qui dure depuis un demi-siècle rend les jeunes insensibles à leur propre existence. Quand un enfant n'a plus peur de mourir, quand un enfant se dit qu'il n'y a pas de différence entre la vie et la mort, il y a un grave problème... Quand est-ce que ces vieux politiciens se rendront-ils contre de la gravité de la situation? Quand se rendront-ils compte qu'ils détruisent des générations entières par l'intérieur? Ces enfants ne demandent que vivre en paix avec leurs voisins. Ce n'est pas une question ni politique ni militaire pour eux. Ils ne veulent qu'être enfants.
 
 
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