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Toujours hégémonique

Bernard Descôteaux   6 octobre 2004 
Le discours du Trône présenté hier par la gouverneure générale, Adrienne Clarkson, est à plusieurs égards un calque du dernier programme électoral du Parti libéral. Il ne s'y trouve guère de surprises, si ce n'est un état d'esprit du gouvernement Martin qui, face à une opposition majoritaire, se pose fermement en maître du jeu politique.

Les gouvernements en situation minoritaire n'ont guère le choix des armes. Soit ils composent avec l'opposition en cherchant à nouer des alliances qui lui assureront une période d'accalmie, comme l'avait fait le premier ministre Trudeau, en 1972, avec le NPD. Soit ils tentent de se comporter comme s'ils détenaient une majorité. C'est le choix qu'a fait le premier ministre Paul Martin.

Un premier indice de cette attitude avait été donné par M. Martin lundi, lorsqu'il avait averti les trois partis d'opposition de ne pas l'empêcher de gouverner en rejetant un à un ses projets de loi. L'odieux d'une défaite du gouvernement vous reviendra, les avait-il prévenus. Hier, il a poursuivi sur cette lancée, avec un discours du Trône qui n'est ni plus ni moins qu'un acte de défi à leur endroit. Conservateurs et bloquistes, ces derniers tout particulièrement, pourront difficilement se rallier à un texte qui ne rejoint que très peu leurs préoccupations et celles des électeurs qui ont, majoritairement, voté le 28 juin pour l'opposition plutôt que pour le gouvernement.

Pour les Québécois, ce discours du Trône sera plus que décevant, dans la mesure où il fait fi de ce qu'il est convenu d'appeler le consensus québécois. D'aucune façon, le texte lu hier par Mme Clarkson ne reconnaît la spécificité du Québec. Au contraire, on peut même d'ores et déjà dresser la liste des conflits qui s'annoncent avec le gouvernement québécois sur les questions d'ordre fédéral-provincial. De la part d'un parti qui voulait reconquérir le Québec, la chose étonne.

De Paul Martin, on avait cru qu'il se distinguerait de son prédécesseur en adoptant une attitude respectueuse des compétences provinciales, ce que semblait confirmer la conclusion récente de l'entente sur la santé. Ce qu'on peut maintenant comprendre, c'est que son gouvernement sera interventionniste. Il cherchera à imposer aux provinces des objectifs, des normes ou des indicateurs nationaux dans presque tous les domaines, de l'environnement à l'enseignement post-secondaire en passant par les garderies, les municipalités, le logement social.

Au passage, le discours du Trône souligne certes l'intention du gouvernement actuel de respecter les compétences des provinces, mais du bout des lèvres. Nul mot, dans le cas du Québec, sur sa volonté de poursuivre dans la voie du fédéralisme asymétrique. Ce silence est inexplicable. Craint-on d'alimenter les critiques qui se sont fait jour à la suite de l'entente particulière convenue avec le Québec en matière de santé ou veut-on envoyer un message au gouvernement Charest pour qu'il modère ses attentes? Dans un cas comme dans l'autre, il faut conclure que le Québec semble compter pour peu dans la stratégie électorale du gouvernement Martin. Ce gouvernement sera aussi hégémonique que le précédent, ce qui au Canada anglais s'est généralement révélé un atout pour les libéraux.

Il serait bien étonnant que ce discours du Trône soit le premier et le dernier actes du gouvernement Martin. Aucun des quatre partis présents aux Communes n'a intérêt à provoquer la tenue précipitée d'élections. Ces prochains jours, chacun pourra nuancer sa position. Pour l'instant, le jeu consiste à savoir qui, du gouvernement ou de l'opposition, fera le premier une concession. Le danger est évidemment que, de part et d'autre, on s'entête, ce qui n'est pas à exclure.

bdescoteaux@ledevoir.ca
 
 
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