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Les maux du Brésil

Serge Truffaut   5 août 2002 
L'univers économique est vacillant. Il l'est suffisamment pour avoir chamboulé quelque peu les ordres du jour politiques des gouvernements. Après les méfaits comptables de WorldCom et consorts, le recul prononcé des Bourses, voici que les maux financiers rencontrés par le Brésil et l'Uruguay ajoutent aux déraillements constatés.

Malgré un fort ralliement à mi-parcours, l'indice Dow Jones a terminé la semaine dernière en affichant un recul marqué. Parmi les facteurs ayant influencé cette évolution des cours, on a pu observer ceci: une nouvelle variable s'est insérée entre celles qui distillent bien des rancoeurs dans la circulation de capital depuis maintenant près de trois mois. Il s'agit évidemment du Brésil et de l'Uruguay, surtout du Brésil.

Il y a un an encore, le Brésil était considéré par le FMI comme son meilleur élève. Aujourd'hui, il en va tout autrement. Les experts en notation économique estiment en effet que ce pays de 175 millions d'habitants se situe au troisième rang des nations présentant un risque élevé, juste derrière le Nigeria et... l'Argentine! Depuis que ce dernier pays décida, l'automne dernier, d'imposer un moratoire sur le remboursement de sa dette de 100 milliards de dollars, depuis que l'Argentine est confrontée à la pire crise financière depuis des lunes et des lunes, on s'attendait à ce que le Brésil, son principal partenaire commercial, écope passablement. C'est fait. Mais cela n'explique pas tout, loin de là.

Dans la tourmente brésilienne, deux faits politiques ont joué. Le premier est lié à la présente campagne électorale qui se poursuivra jusqu'en octobre. Le deuxième découle de la volonté manifestée par l'administration Bush de se démarquer de l'administration Clinton. En ce qui a trait à la lutte que se livrent les trois principaux candidats au poste de président de la puissance économique d'Amérique du Sud, on se souviendra que le candidat de la gauche, Luis Inacio da Silva surnommé Lula, a affolé durablement les marchés.

En effet, au début de sa campagne Lula promettait la rupture avec le capitalisme et, en conséquence, le gel de la dette brésilienne qui atteint les 274 milliards américains. Comparée ou confrontée à la croissance moyenne du PIB, cette dette s'avère tout simplement infernale à supporter. Si Lula est revenu sur cet engagement, il n'a pas perdu pour autant ses accents fortement démagogiques. Aux Brésiliens, il promet que, sous sa gouverne, le pays enregistrera une croissance moyenne du PIB de 7 %, la maîtrise de l'inflation à 4 %, et la réduction du temps de travail combinée à une augmentation de 20 % du salaire minimum. Bref, Lula fait miroiter le paradis. Résultat net, il est en tête des sondages.

Il n'en fallait évidemment pas plus pour qu'ici et là on s'agite en envoyant les représentants des grandes agences de cotation américaines étudier le dossier. Les Moody's, Standard & Poor, J. P. Morgan et compagnie ont toutes abaissé les notes ou, si l'on préfère, indiqué que ce pays représentait aujourd'hui un risque plus marqué pour tous les investisseurs. À cet égard, il est remarquable de constater combien le profil de la crise brésilienne est pour ainsi dire le jumeau de la crise mexicaine survenue au milieu de la décennie précédente. Ce qui nous amène au deuxième facteur politique de la mésaventure brésilienne.

Depuis son entrée en fonction, Bush s'est toujours promis de ne pas jouer les pompiers financiers comme le faisait son prédécesseur. Son credo économique se conjuguant exclusivement avec la main invisible du marché, il n'était pas question de s'immiscer dans les affaires brésiliennes. Adhérent de longue date de ce credo, le secrétaire du Trésor Paul O'Neill a ajouté passablement aux inquiétudes des marchés en laissant entendre, il y a quelques jours à peine, qu'il n'était pas assuré que les États-Unis accorderaient leur imprimatur à l'emprunt demandé par la Brésil auprès du FMI. Et en vertu de quoi? O'Neill ne voulait pas que l'argent souhaité se retrouve dans les comptes de cette Suisse qui a le don de laver plus blanc. Si sur le fond, le secrétaire du Trésor a raison — des milliards accordés à l'Argentine, l'Algérie, la Russie et autres ont effectivement été camouflés par les escrocs qui dirigeaient ces pays —, il n'en reste pas moins que O'Neill s'est trompé de cible. Contrairement à bien des pays, la corruption au Brésil n'est pas une politique de gouvernement.

Toujours est-il que Washington a décidé de faire volte-face. L'administration Bush a probablement fini par comprendre ce vieil axiome de l'économie: les exportations de l'un sont les importations de l'autre. Il se trouve en effet que les actifs des entreprises américaines au Brésil sont de loin plus élevés que ceux des entreprises des autres pays.
 
 
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