Martin met l'opposition en garde
Ottawa — La réalité d'un Parlement minoritaire pose un défi au gouvernement, a reconnu le premier ministre Paul Martin hier. Mais il a rapidement averti les partis d'opposition contre la tentation de défaire trop facilement ses projets de loi.
«Le gouvernement ne peut plus être assuré qu'il garantira l'adoption des projets de loi. Les partis d'opposition ne peuvent plus voter automatiquement contre les projets de loi sans vivre avec les conséquences qui en découlent», a-t-il dit aux Communes, immédiatement après l'élection du président de la Chambre.
«Tous les députés de ce Parlement minoritaire sont confrontés à un défi: faire en sorte que le Parlement fonctionne pour le bénéfice des Canadiens. Pour ce faire, nous devrons établir des consensus. Nous devrons agir de façon constructive. [...]Un gouvernement minoritaire est synonyme de responsabilités accrues pour [le président], pour ceux d'entre nous qui font partie du caucus gouvernemental et, en fait, pour tous les députés», a-t-il ajouté, donnant une forte touche de sérieux à une cérémonie protocolaire qui, autrement, s'est déroulée dans un atmosphère bon enfant.
Les députés sont revenus à Ottawa hier pour élire le président de la Chambre des communes, mais c'est aujourd'hui que la véritable action commence avec la lecture du discours du Trône par la gouverneure générale Adrienne Clarkson.
Président lors de la précédente législature, le libéral Peter Milliken a été réélu par acclamation au poste de président, les six autres députés inscrits sur le bulletin s'étant désistés. Le résultat a été accueilli avec humour par tous les chefs de parti qui avaient tous en tête le défi qui attendait M. Milliken, soit arbitrer les débats au sein d'un Parlement minoritaire.
«Quand vous retournerez à votre bureau, vous trouverez un cadeau de circonstance. Nous vous avons envoyé une bouteille d'analgésiques extra-forts. J'espère que vous en ferez bon usage», a lancé à la blague le premier ministre Martin, après avoir rappelé qu'il s'agissait du premier Parlement minoritaire en 25 ans.
Le premier test de la solidité du gouvernement surviendra lors du vote sur le discours du Trône. Hier, le Parti conservateur est resté sur ses positions exprimées la semaine dernière, à savoir qu'il entendait voter contre le discours du Trône. «Nous allons attendre de voir à quoi ressemblera le discours, a prudemment souligné John Reynolds, le leader en Chambre des conservateurs. Mais, historiquement, l'opposition officielle a toujours voté contre le discours du Trône, même dans les gouvernements minoritaires, c'est son rôle. Le gouvernement doit se tourner vers les autres partis d'opposition pour aller chercher ses appuis.»
M. Reynolds n'a pas non plus fait taire la rumeur voulant que le PC propose un amendement au discours du Trône en vue de baisser les impôts des classes défavorisées de la société, afin d'embarrasser les libéraux qui pourraient difficilement s'y opposer sans perdre la face. «C'est toujours bien de voir que les personnes plus pauvres payent moins d'impôt, a simplement dit le député conservateur. Mais on verra mercredi dans notre réplique au discours de quoi il en retourne.»
Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a quant à lui répété qu'il allait appuyer les mesures favorables au Québec, peu importe qu'elles viennent du NPD, du PLC ou du PC. Il s'est réjoui du pouvoir accru des partis d'opposition. «Il en sera fini, je pense, de l'unilatéralisme qui a trop souvent été l'outil du gouvernement libéral. Cela leur demandera une attitude plus respectueuse de l'opposition», a-t-il répondu à M. Martin.
Le chef bloquiste et ses troupes jugeront de l'ensemble du discours du Trône et non pas d'un élément seulement. «Il arrive un moment où la quantité se transforme en qualité, c'est ce que nous verrons», a souligné Gilles Duceppe à sa sortie des Communes. Son parti sera guidé par deux balises, a-t-il ajouté. «La population ne veut pas d'élection toutes les deux semaines, c'est vrai, et il faut en tenir compte, mais la population ne veut pas non plus des députés qui se font élire en disant quelque chose et qui font le contraire rendus au Parlement. [...] Nous, nous n'irons jamais voter pour quelque chose qui va à l'encontre de ce que nous avons dit à la dernière campagne électorale, ça, c'est certain.»
Le leader du NPD, Jack Layton, a, comme M. Duceppe, un oeil sur le programme national de garderies promis par les libéraux durant la dernière campagne. «Pour nous, c'est une politique très importante, a-t-il dit à sa première journée aux Communes depuis qu'il est à la tête du NPD. C'est dans le programme libéral depuis 1993, et on n'a toujours rien vu. Nous voulons que le gouvernement ait une approche sérieuse dans ce dossier.» L'application du protocole de Kyoto devra aussi être reflété dans le discours du Trône d'aujourd'hui, a-t-il ajouté.
Le discours inaugural ne devrait pas réserver beaucoup de surprises, les libéraux ayant un programme électoral bien connu à mettre en oeuvre. Dans l'entourage du premier ministre, on convient que ce deuxième discours du Trône en moins d'un an pour le gouvernement Martin s'inscrira dans la continuité. Il restera à voir si l'ordre des priorités a changé.
Mais si on se fie aux signaux de la dernière semaine, on devrait retrouver la santé, la petite enfance, les villes, les autochtones et les affaires internationales en tête de liste. À surveiller: l'attention qui sera accordée à l'environnement.
La question de la santé, qui était au coeur du programme libéral, ne sera pas passée sous silence mais ce sera davantage l'occasion de se féliciter de l'accord conclu en septembre avec les provinces. En matière de petite enfance, les libéraux ont promis d'injecter cinq milliards sur cinq ans pour financer un programme national de garderies et on s'attend à ce qu'ils réitèrent leur engagement. Même chose pour le pacte avec les villes assorti d'un transfert d'une portion de la taxe fédérale sur l'essence. Ce projet de cinq milliards sur cinq ans exige toutefois la conclusion d'un accord avec les provinces.
En matière de relations internationales, beaucoup d'attention devrait être accordée aux relations canado-américaines. Le dossier le plus délicat reste la participation éventuelle du Canada au bouclier antimissile américain. Une décision doit être prise cet automne, mais non seulement le Bloc et le NPD y sont opposés, mais aussi une partie du caucus libéral.
Le premier ministre a aussi déjà indiqué, lors de son passage récent aux Nations unies, qu'il entendait aller de l'avant avec l'augmentation de la taille des forces armées grâce au recrutement de 5000 soldats et de 3000 réservistes. Il compte aussi poursuivre son projet de création d'un G20 qui réunirait les pays les plus industrialisés et les pays émergents de tous les continents. On envisagerait aussi, selon le Globe and Mail, d'adopter une politique pour l'Arctique axée sur le développement durable et la coopération avec les autres pays circumpolaires.
Tous les partis d'opposition ont une fois de plus déploré le peu de consultations préalables au discours du Trône de la part des libéraux. C'est toutefois Jack Layton qui a été le plus tranchant, soutenant que «ne pas répondre aux précisions demandées par les partis d'opposition est une insulte pour tous les Canadiens qui ont voté pour des députés de l'opposition».
Les libéraux n'ont fait élire que 135 députés le 28 juin dernier, soit 20 de moins que ce qui est nécessaire pour détenir une majorité aux Communes. Ils font face à 99 conservateurs, 54 bloquistes, 19 néo-démocrates et un indépendant.
«Le gouvernement ne peut plus être assuré qu'il garantira l'adoption des projets de loi. Les partis d'opposition ne peuvent plus voter automatiquement contre les projets de loi sans vivre avec les conséquences qui en découlent», a-t-il dit aux Communes, immédiatement après l'élection du président de la Chambre.
«Tous les députés de ce Parlement minoritaire sont confrontés à un défi: faire en sorte que le Parlement fonctionne pour le bénéfice des Canadiens. Pour ce faire, nous devrons établir des consensus. Nous devrons agir de façon constructive. [...]Un gouvernement minoritaire est synonyme de responsabilités accrues pour [le président], pour ceux d'entre nous qui font partie du caucus gouvernemental et, en fait, pour tous les députés», a-t-il ajouté, donnant une forte touche de sérieux à une cérémonie protocolaire qui, autrement, s'est déroulée dans un atmosphère bon enfant.
Les députés sont revenus à Ottawa hier pour élire le président de la Chambre des communes, mais c'est aujourd'hui que la véritable action commence avec la lecture du discours du Trône par la gouverneure générale Adrienne Clarkson.
Président lors de la précédente législature, le libéral Peter Milliken a été réélu par acclamation au poste de président, les six autres députés inscrits sur le bulletin s'étant désistés. Le résultat a été accueilli avec humour par tous les chefs de parti qui avaient tous en tête le défi qui attendait M. Milliken, soit arbitrer les débats au sein d'un Parlement minoritaire.
«Quand vous retournerez à votre bureau, vous trouverez un cadeau de circonstance. Nous vous avons envoyé une bouteille d'analgésiques extra-forts. J'espère que vous en ferez bon usage», a lancé à la blague le premier ministre Martin, après avoir rappelé qu'il s'agissait du premier Parlement minoritaire en 25 ans.
Le premier test de la solidité du gouvernement surviendra lors du vote sur le discours du Trône. Hier, le Parti conservateur est resté sur ses positions exprimées la semaine dernière, à savoir qu'il entendait voter contre le discours du Trône. «Nous allons attendre de voir à quoi ressemblera le discours, a prudemment souligné John Reynolds, le leader en Chambre des conservateurs. Mais, historiquement, l'opposition officielle a toujours voté contre le discours du Trône, même dans les gouvernements minoritaires, c'est son rôle. Le gouvernement doit se tourner vers les autres partis d'opposition pour aller chercher ses appuis.»
M. Reynolds n'a pas non plus fait taire la rumeur voulant que le PC propose un amendement au discours du Trône en vue de baisser les impôts des classes défavorisées de la société, afin d'embarrasser les libéraux qui pourraient difficilement s'y opposer sans perdre la face. «C'est toujours bien de voir que les personnes plus pauvres payent moins d'impôt, a simplement dit le député conservateur. Mais on verra mercredi dans notre réplique au discours de quoi il en retourne.»
Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a quant à lui répété qu'il allait appuyer les mesures favorables au Québec, peu importe qu'elles viennent du NPD, du PLC ou du PC. Il s'est réjoui du pouvoir accru des partis d'opposition. «Il en sera fini, je pense, de l'unilatéralisme qui a trop souvent été l'outil du gouvernement libéral. Cela leur demandera une attitude plus respectueuse de l'opposition», a-t-il répondu à M. Martin.
Le chef bloquiste et ses troupes jugeront de l'ensemble du discours du Trône et non pas d'un élément seulement. «Il arrive un moment où la quantité se transforme en qualité, c'est ce que nous verrons», a souligné Gilles Duceppe à sa sortie des Communes. Son parti sera guidé par deux balises, a-t-il ajouté. «La population ne veut pas d'élection toutes les deux semaines, c'est vrai, et il faut en tenir compte, mais la population ne veut pas non plus des députés qui se font élire en disant quelque chose et qui font le contraire rendus au Parlement. [...] Nous, nous n'irons jamais voter pour quelque chose qui va à l'encontre de ce que nous avons dit à la dernière campagne électorale, ça, c'est certain.»
Le leader du NPD, Jack Layton, a, comme M. Duceppe, un oeil sur le programme national de garderies promis par les libéraux durant la dernière campagne. «Pour nous, c'est une politique très importante, a-t-il dit à sa première journée aux Communes depuis qu'il est à la tête du NPD. C'est dans le programme libéral depuis 1993, et on n'a toujours rien vu. Nous voulons que le gouvernement ait une approche sérieuse dans ce dossier.» L'application du protocole de Kyoto devra aussi être reflété dans le discours du Trône d'aujourd'hui, a-t-il ajouté.
Le discours inaugural ne devrait pas réserver beaucoup de surprises, les libéraux ayant un programme électoral bien connu à mettre en oeuvre. Dans l'entourage du premier ministre, on convient que ce deuxième discours du Trône en moins d'un an pour le gouvernement Martin s'inscrira dans la continuité. Il restera à voir si l'ordre des priorités a changé.
Mais si on se fie aux signaux de la dernière semaine, on devrait retrouver la santé, la petite enfance, les villes, les autochtones et les affaires internationales en tête de liste. À surveiller: l'attention qui sera accordée à l'environnement.
La question de la santé, qui était au coeur du programme libéral, ne sera pas passée sous silence mais ce sera davantage l'occasion de se féliciter de l'accord conclu en septembre avec les provinces. En matière de petite enfance, les libéraux ont promis d'injecter cinq milliards sur cinq ans pour financer un programme national de garderies et on s'attend à ce qu'ils réitèrent leur engagement. Même chose pour le pacte avec les villes assorti d'un transfert d'une portion de la taxe fédérale sur l'essence. Ce projet de cinq milliards sur cinq ans exige toutefois la conclusion d'un accord avec les provinces.
En matière de relations internationales, beaucoup d'attention devrait être accordée aux relations canado-américaines. Le dossier le plus délicat reste la participation éventuelle du Canada au bouclier antimissile américain. Une décision doit être prise cet automne, mais non seulement le Bloc et le NPD y sont opposés, mais aussi une partie du caucus libéral.
Le premier ministre a aussi déjà indiqué, lors de son passage récent aux Nations unies, qu'il entendait aller de l'avant avec l'augmentation de la taille des forces armées grâce au recrutement de 5000 soldats et de 3000 réservistes. Il compte aussi poursuivre son projet de création d'un G20 qui réunirait les pays les plus industrialisés et les pays émergents de tous les continents. On envisagerait aussi, selon le Globe and Mail, d'adopter une politique pour l'Arctique axée sur le développement durable et la coopération avec les autres pays circumpolaires.
Tous les partis d'opposition ont une fois de plus déploré le peu de consultations préalables au discours du Trône de la part des libéraux. C'est toutefois Jack Layton qui a été le plus tranchant, soutenant que «ne pas répondre aux précisions demandées par les partis d'opposition est une insulte pour tous les Canadiens qui ont voté pour des députés de l'opposition».
Les libéraux n'ont fait élire que 135 députés le 28 juin dernier, soit 20 de moins que ce qui est nécessaire pour détenir une majorité aux Communes. Ils font face à 99 conservateurs, 54 bloquistes, 19 néo-démocrates et un indépendant.
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