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    L'entrevue - François Papineau, côté cour, côté jardin

    À Montréal, trop de spectacles sont gaspillés, déplore le comédien

    4 octobre 2004 |Dominique Reny
    Le comédien François Papineau, flamboyant maître de cérémonie de Cabaret.
    Photo: Jacques Nadeau Le comédien François Papineau, flamboyant maître de cérémonie de Cabaret.
    Même s'il se multiplie depuis quelques années à l'écran et sur les planches, le comédien François Papineau se fait toujours aussi discret dans les médias. Ce qui ne l'empêche pas de se forger des opinions — parfois fort critiques! — sur le monde artistique québécois.

    Pour le grand public, il est Pierre Dubé dans Les Poupées russes (TVA), Charles dans Catherine (Radio-Canada) ou le tueur Claude Lizotte dans Fortier (TVA). Récemment, il a aussi prêté ses traits à l'Ulysse de L'Odyssée vue par Dominic Champagne et Alexis Martin (TNM) et à Stanley dans Un tramway nommé Désir (TNM). Mais ces jours-ci, François Papineau incarne surtout le flamboyant maître de cérémonie du Cabaret de Joe Masteroff, mis en scène au Théâtre du Rideau vert par Denise Filiatrault. Fascinant croisement entre un clown lubrique, une femme fatale et un animateur caustique, il règne sans partage sur les nuits dansantes du Kit Kat Klub dans un Berlin qui s'étourdit pour tenter d'oublier la montée du nazisme.

    «Au départ, c'est un personnage magnifique, assure le comédien pour expliquer sa performance étourdissante. J'ai le privilège de faire un personnage qui est un outil assez idéal. Tant mieux si, en plus, c'est un personnage outrancier! Dans la vie, on doit être correct et, comme j'ai la possibilité de ne pas l'être sur scène, j'en profite. C'est un personnage qui offre une grande liberté: il faut se donner à soi-même la permission d'être baveux. On a chacun notre façon d'être délinquant, et je pense que c'est ma délinquance qui transparaît là-dedans...»

    Le bruit ambiant

    Pile à l'heure malgré la circulation de midi — il se déplace à vélo —, cheveux bruns en désordre, jeans et polo blanc immaculé, l'homme qui se présente au rendez-vous n'a pourtant rien d'un délinquant. Détendu, le geste mesuré, il ne lui reste en fait qu'un legs du MC extraverti qu'il incarnait la veille: un timbre éraillé qui oblige à tendre l'oreille. «Une voix de lendemain de show», s'excuse le comédien.

    De toute façon, il ne fallait pas s'attendre à assister à un tour de chant impromptu ou à un numéro de vedette. Autant François Papineau est prêt à briller à la scène, autant il préfère se faire discret à la ville. Par tempérament et par conviction, il se tient en général loin des médias.

    «Le public me voit déjà beaucoup, je ferais de la surexposition en en rajoutant! J'ai en masse de tribunes pour faire connaître ma façon de penser à travers mes projets sans avoir en plus à aller me montrer. Je n'ai rien contre les médias, mais je n'ai rien pour non plus. Simplement, je ne trouve pas ça très intéressant d'aller donner mon opinion à propos de tout et de rien. Il y a des spécialistes pour parler d'actualité, de culture: je n'ai pas à m'en mêler. Et il y a déjà assez de bruit ambiant créé par l'expression de l'humeur de chacun...»

    Pour résumer sa position, le comédien emprunte les mots d'un de ses anciens professeurs. «Souvent, les gens veulent davantage savoir ce que tu dis quand tu chuchotes que quand tu cries, assure-t-il. Je veux arrêter d'être du côté des chialeux. J'essaie plutôt d'avoir une influence de l'intérieur et d'apporter des changements dans mon milieu. Des changements à petite échelle, oui, mais qui ont de l'impact parce qu'ils permettent aux gens de vivre mieux.» Plutôt que de décrier McDonald's, demande-t-il, pourquoi ne pas ouvrir notre propre restaurant?

    «Il y a toutes sortes de façons de s'impliquer socialement. C'en est une de passer au Point, mais ce n'est pas la seule. Personnellement, ça ne me manque pas de ne pas y aller — et je ne pense pas que ça manque à la population que je n'y aille pas. Je ne suis pas un porteur d'étendard: il y a des gens qui font ça mieux que moi, et je préfère me consacrer aux choses que je fais bien.»

    La valse des saisons

    Et ce qu'il fait bien, c'est jouer. Apprivoiser un rôle, en tirer toutes les nuances, puis l'offrir au public. À 37 ans, 14 ans après avoir été diplômé de l'École nationale de théâtre, François Papineau tire toujours autant de plaisir à toucher les gens, «à communiquer une oeuvre au plus grand nombre possible». À ce chapitre, l'aventure de Cabaret, reprise cette saison après son succès du printemps dernier, le réjouit particulièrement. Le comédien le constate chaque soir: le retour à l'affiche de la production permet d'atteindre un nouveau public, plus jeune que lors des premières représentations.

    «Il y a trop de spectacles qui sont gaspillés, et c'est dommage.» Les théâtres, explique-t-il, nous ont habitués au concept de saisons, aux programmations serrées au cours desquelles quatre ou cinq productions se succèdent chaque année. «Après trois, quatre semaines, on passe déjà à autre chose. On ne se permet pas de prendre le temps que la mayonnaise pogne. Il y a des shows qui auraient la capacité de durer, sauf qu'on est dépendants du volume de vente pendant les premières semaines. C'est ce qui détermine si on peut continuer un show ou pas, avec comme résultat que plusieurs productions ne se rendent pas à leur maximum de durée.»

    Pourtant, rappelle François Papineau, la donne n'est pas la même partout. À New York ou en Europe, de nombreux théâtres se consacrent à un seul spectacle. «Tu pars un show et tu continues jusqu'à ce qu'il ne fonctionne plus. Il y a des pièces qui durent des années comme ça.» Même sans aller aussi loin, estime-t-il, il serait sans doute possible de diminuer le nombre de pièces produites chaque année, ou de consacrer une saison sur deux aux reprises des meilleurs succès de l'année précédente. «Les théâtres s'arrachent la tête pour trouver une façon économique de gérer un déficit inévitable: je pense que c'en serait une.»

    Peu de public?

    Et gare à ceux qui brandissent l'argument du peu de public disponible. «Le bassin est plus vaste qu'on a tendance à le penser, assure le comédien. Simplement, il faut offrir de bons produits. Aujourd'hui, il y a souvent un plus gros effort qui est fait sur la mise en marché que sur la qualité du produit. On vend un succès avant même qu'il soit créé, et le public n'est pas dupe longtemps. Quand les gens ont payé leur salaire de la semaine pour voir un show et qu'ils se sont fait avoir par une publicité, ça passe peut-être une ou deux fois, mais pas trois!»

    Au contraire, lorsqu'une production prévoit un plus grand nombre de représentations, elle se libère de «l'impact publicitaire de la première» et laisse une chance au bouche-à-oreille de faire son oeuvre. «Les gens veulent de bons spectacles et, quand ils en trouvent, ils y vont et ils disent aux autres d'y aller. C'est de ça qu'on bénéficie en restant à l'affiche plus longtemps: les gens embarquent.» Avec, en prime, la possibilité pour le public en région de planifier une sortie culturelle à Montréal. Les tournées, estime en effet François Papineau, sont bel et bien une bonne façon d'atteindre les gens, mais elles ne sont pas à la portée de toutes les productions. «Mais les gens peuvent se déplacer d'un peu plus loin si on dure plus longtemps ici. Après tout, quand on veut voir le zoo de Granby, on n'attend pas que les animaux fassent une tournée!»

    C'est un peu le pari qu'a fait le Théâtre du Rideau vert en reprogrammant Cabaret. Avec les difficultés financières que connaît l'établissement, il fallait miser sur le bon cheval. «Et ça marche: on a encore ajouté des supplémentaires [la semaine dernière]. On est la preuve qu'il est possible de faire les choses autrement.»

    ***

    Cabaret

    Au Théâtre du Rideau vert jusqu'au 30 octobre, (514) 844-1793, www.rideauvert.qc.ca
     
     
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