Chronique d'une chirurgie ordinaire
Yves Gingras - Professeur, Université du Québec à Montréal
4 octobre 2004
Au moment où le gouvernement du Québec se félicite d'avoir «arraché» à Ottawa des millions pour le système de santé qu'il s'apprête à redistribuer en baisses d'impôts, j'ai pensé que l'histoire très récente d'une chirurgie mineure (hernie inguinale bilatérale) pouvait apporter un éclairage digne d'un roman de Kafka sur la gestion des listes d'attente.
J'attends depuis environ deux ans d'être appelé pour subir la dite chirurgie d'un jour par laparoscopie. À l'automne 2002, j'ai reçu un appel pour passer quelques tests en prévision de la chirurgie. Comme ces tests (électrocardiogramme, prises de sang, pesée) sont valables pour trois mois seulement, j'en avais déduit que la date serait bientôt fixée. Un an plus tard, toujours rien. J'ai donc dû repasser les mêmes tests.
On m'a ensuite proposé deux dates (en octobre 2003 et en juin 2004) que j'ai dû refuser pour cause d'engagements importants déjà pris. Finalement, le 7 septembre dernier, on a fixé l'opération au 10 septembre. Je me suis alors dit qu'enfin ç'en serait fini de ce petit problème. Quelle ignorance, quelle naïveté que de croire que, une fois le rendez-vous fixé, le reste allait de soi! En effet, le 9 septembre au matin, soit la veille de l'opération prévue, je reçois un appel m'apprenant, sans plus d'explication, que l'opération était annulée et remise au vendredi suivant, le 17 septembre.
D'abord surpris, je me suis dit qu'au fond ce n'était pas bien grave et j'ai modifié mon agenda en conséquence. N'ayant pas reçu d'appel le jeudi suivant, j'ai conclu que cette fois était vraiment la bonne et je me suis présenté à l'hôpital le vendredi matin à sept heures, à jeun, comme prévu.
Au moment de remplir les formalités d'accueil, la préposée semble préoccupée. Y- a-t-il quelque chose qui ne va pas? lui demandai-je. Elle m'annonce que l'on avait tenté de me joindre la veille au soir pour me dire d'arriver à neuf heures plutôt que sept heures mais que la ligne était occupée. Ouf! Ce n'était qu'un détail... Je m'installe donc dans la salle d'attente avec un livre. Quelques heures plus tard, on m'assigne une chambre. Je continue à attendre en lisant dans le corridor tout près de ma chambre.
Le temps passe...
Vers midi trente, je commence à m'inquiéter et demande à quelle heure est prévue la chirurgie. Réponse: 13 heures. Je retourne à ma chambre et me repose un peu, lassé d'avoir lu de sept heures à midi sans arrêt. Vers 13 heures, l'infirmière vient prendre mes signes vitaux en m'expliquant qu'ils serviront de repère pour suivre mon état après l'opération. Elle me fait également signer quelques documents.
Comme le temps passe, je lui dis que je ne serais pas surpris qu'ils annulent encore une fois. Elle semble incrédule et, vers 14 heures, je lui demande d'aller aux nouvelles car je doute que la chirurgie se fasse à l'heure du souper! Comme elle tarde à revenir, je me rends dans le corridor et l'observe de loin discuter avec la responsable de la section. Elle se tourne et, comme elle me voit, lève les bras, impuissante, pour m'indiquer que l'opération est annulée.
Elle semble très surprise, mais je lui dis que je ne le suis pas et que je commençais à m'en douter quand j'ai entendu à quelques pas de ma chambre une personne annoncer à un patient en robe de chambre, au milieu du corridor, que sa chirurgie était annulée et qu'on le rappellerait pour fixer une autre date.
Puisque je n'avais rien ingurgité depuis minuit la veille, l'infirmière a eu la gentillesse de m'apporter un jus d'orange et un yogourt avant de me laisser rentrer chez moi. En fait, tout le personnel a été très gentil et s'est dit vraiment désolé.
Mais ce qui me frappe, c'est l'incapacité de fournir une explication quelconque à cette gestion kafkaïenne. Il serait pourtant facile de dire qu'une urgence est survenue ou autre chose qui rendrait plausible et acceptable l'annulation de dernière minute. Mais encore aujourd'hui, je n'en sais pas plus et j'attends sagement un autre appel qui peut survenir n'importe quand, avec 24 heures de préavis.
La prochaine fois, cependant, j'apporterai avec moi, pour le relire dans la salle d'attente, un roman de Kafka...
J'attends depuis environ deux ans d'être appelé pour subir la dite chirurgie d'un jour par laparoscopie. À l'automne 2002, j'ai reçu un appel pour passer quelques tests en prévision de la chirurgie. Comme ces tests (électrocardiogramme, prises de sang, pesée) sont valables pour trois mois seulement, j'en avais déduit que la date serait bientôt fixée. Un an plus tard, toujours rien. J'ai donc dû repasser les mêmes tests.
On m'a ensuite proposé deux dates (en octobre 2003 et en juin 2004) que j'ai dû refuser pour cause d'engagements importants déjà pris. Finalement, le 7 septembre dernier, on a fixé l'opération au 10 septembre. Je me suis alors dit qu'enfin ç'en serait fini de ce petit problème. Quelle ignorance, quelle naïveté que de croire que, une fois le rendez-vous fixé, le reste allait de soi! En effet, le 9 septembre au matin, soit la veille de l'opération prévue, je reçois un appel m'apprenant, sans plus d'explication, que l'opération était annulée et remise au vendredi suivant, le 17 septembre.
D'abord surpris, je me suis dit qu'au fond ce n'était pas bien grave et j'ai modifié mon agenda en conséquence. N'ayant pas reçu d'appel le jeudi suivant, j'ai conclu que cette fois était vraiment la bonne et je me suis présenté à l'hôpital le vendredi matin à sept heures, à jeun, comme prévu.
Au moment de remplir les formalités d'accueil, la préposée semble préoccupée. Y- a-t-il quelque chose qui ne va pas? lui demandai-je. Elle m'annonce que l'on avait tenté de me joindre la veille au soir pour me dire d'arriver à neuf heures plutôt que sept heures mais que la ligne était occupée. Ouf! Ce n'était qu'un détail... Je m'installe donc dans la salle d'attente avec un livre. Quelques heures plus tard, on m'assigne une chambre. Je continue à attendre en lisant dans le corridor tout près de ma chambre.
Le temps passe...
Vers midi trente, je commence à m'inquiéter et demande à quelle heure est prévue la chirurgie. Réponse: 13 heures. Je retourne à ma chambre et me repose un peu, lassé d'avoir lu de sept heures à midi sans arrêt. Vers 13 heures, l'infirmière vient prendre mes signes vitaux en m'expliquant qu'ils serviront de repère pour suivre mon état après l'opération. Elle me fait également signer quelques documents.
Comme le temps passe, je lui dis que je ne serais pas surpris qu'ils annulent encore une fois. Elle semble incrédule et, vers 14 heures, je lui demande d'aller aux nouvelles car je doute que la chirurgie se fasse à l'heure du souper! Comme elle tarde à revenir, je me rends dans le corridor et l'observe de loin discuter avec la responsable de la section. Elle se tourne et, comme elle me voit, lève les bras, impuissante, pour m'indiquer que l'opération est annulée.
Elle semble très surprise, mais je lui dis que je ne le suis pas et que je commençais à m'en douter quand j'ai entendu à quelques pas de ma chambre une personne annoncer à un patient en robe de chambre, au milieu du corridor, que sa chirurgie était annulée et qu'on le rappellerait pour fixer une autre date.
Puisque je n'avais rien ingurgité depuis minuit la veille, l'infirmière a eu la gentillesse de m'apporter un jus d'orange et un yogourt avant de me laisser rentrer chez moi. En fait, tout le personnel a été très gentil et s'est dit vraiment désolé.
Mais ce qui me frappe, c'est l'incapacité de fournir une explication quelconque à cette gestion kafkaïenne. Il serait pourtant facile de dire qu'une urgence est survenue ou autre chose qui rendrait plausible et acceptable l'annulation de dernière minute. Mais encore aujourd'hui, je n'en sais pas plus et j'attends sagement un autre appel qui peut survenir n'importe quand, avec 24 heures de préavis.
La prochaine fois, cependant, j'apporterai avec moi, pour le relire dans la salle d'attente, un roman de Kafka...
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