L'étoffe d'un président
Serge Truffaut
2 octobre 2004
À la faveur du premier débat organisé dans le cadre de la campagne présidentielle américaine, l'état-major démocrate souhaitait que John Kerry s'affirme comme une solution de rechange crédible à George W. Bush. Du côté républicain, on priait pour que la réputation d'indécis qui colle à Kerry demeure en l'état. Résultat? Le champion des démocrates a atteint son objectif.
Avant toute chose, mettons la table afin de rappeler et de préciser les rythmes qui ont marqué la campagne actuelle. Au printemps dernier, soit au plus fort du scandale entourant le sort fait aux prisonniers irakiens, Bush perdait progressivement des parts, au profit, on s'en doute, de Kerry. Histoire de mettre un terme à cette érosion, le président a demandé à Karen Hugues, sa patronne des communications lors du combat contre Al Gore, de rempiler. Le geste a été payant: Bush a repris de l'ascendant. Surtout après l'épisode concocté par des républicains ayant fait la guerre du Vietnam.
Après la valse-hésitation qui a distingué la réponse démocrate lors de cet épisode, Kerry a fait le ménage: il a chamboulé son équipe pour faire place aux vétérans de l'administration Clinton. À telle enseigne que l'équipe en question présente un profil radicalement différent de celle choisie par Kerry avant le début des primaires. Pourquoi rappelle-t-on ces faits? Pour mieux souligner que son organisation ressemble très peu à ce qu'elle était il y a 12 mois.
À la suite de ces changements, le clan Kerry s'est mis au diapason de celui de... Bush. Lequel? La culture d'une campagne se décline en trois mots: attaque, attaque, attaque. Ces trois mots, on s'en souviendra, forment le mantra de Karl Rove, le chef d'orchestre électoral de Bush. Ces modifications, il est important de le soulever, ont été arrêtées par Kerry et, derrière les rideaux, par Bill Clinton afin de gommer une fois pour toutes cette réputation d'indécis dont Bush avait fait la pierre angulaire de ses offensives.
De fait, Kerry, lors du débat de jeudi soir, s'est montré direct, sûr de son fait et peu hésitant. À ce propos, c'est-à-dire à propos d'hésitation, un journaliste de la chaîne ABC responsable du chronométrage a calculé que les silences du président sortant ont été plus nombreux que ceux du prétendant. Ce petit fait mis à part, Kerry a été en mesure d'illustrer avec fermeté tout ce qui le sépare de Bush. Tout ce qui les divise.
Sur l'Irak, sujet central de ce débat sur lequel Bush souhaitait capitaliser au maximum, on sait que ce dernier entend maintenir le cap suivi jusqu'à présent. Par exemple, il n'est pas question de faire appel aux bons offices de l'ONU. Tout au contraire, Kerry, s'il est élu évidemment, travaillerait à modifier la donne de manière à partager les responsabilités inhérentes à ce dossier avec tous les alliés. Et ce, afin de combattre avec plus d'efficacité les deux principaux problèmes auxquels le monde est confronté, soit le terrorisme et surtout la prolifération nucléaire.
À cet égard, Kerry n'a pas manqué de pointer le doigt sur ceci: entre la Corée du Nord et l'Iran, le monde nucléaire est beaucoup plus agité aujourd'hui qu'il l'était il y a quatre ans. S'il en est ainsi, c'est bel et bien parce qu'en décidant de faire une guerre préventive en Irak, Bush a encouragé, à son corps défendant il va sans dire, les membres de l'«axe du mal» à commander l'accélération de la fabrication de la bombe.
Cela étant, l'assaut que Bush a conjugué avec l'indécision n'a pas eu les effets escomptés. En effet, ainsi que l'a fait remarquer Kerry, «on peut être certain, mais on peut être certain et se tromper tout de même». Peut-être est-ce au tour de Bush de méditer. Sur quoi? Sur son obstination fanatique.
Avant toute chose, mettons la table afin de rappeler et de préciser les rythmes qui ont marqué la campagne actuelle. Au printemps dernier, soit au plus fort du scandale entourant le sort fait aux prisonniers irakiens, Bush perdait progressivement des parts, au profit, on s'en doute, de Kerry. Histoire de mettre un terme à cette érosion, le président a demandé à Karen Hugues, sa patronne des communications lors du combat contre Al Gore, de rempiler. Le geste a été payant: Bush a repris de l'ascendant. Surtout après l'épisode concocté par des républicains ayant fait la guerre du Vietnam.
Après la valse-hésitation qui a distingué la réponse démocrate lors de cet épisode, Kerry a fait le ménage: il a chamboulé son équipe pour faire place aux vétérans de l'administration Clinton. À telle enseigne que l'équipe en question présente un profil radicalement différent de celle choisie par Kerry avant le début des primaires. Pourquoi rappelle-t-on ces faits? Pour mieux souligner que son organisation ressemble très peu à ce qu'elle était il y a 12 mois.
À la suite de ces changements, le clan Kerry s'est mis au diapason de celui de... Bush. Lequel? La culture d'une campagne se décline en trois mots: attaque, attaque, attaque. Ces trois mots, on s'en souviendra, forment le mantra de Karl Rove, le chef d'orchestre électoral de Bush. Ces modifications, il est important de le soulever, ont été arrêtées par Kerry et, derrière les rideaux, par Bill Clinton afin de gommer une fois pour toutes cette réputation d'indécis dont Bush avait fait la pierre angulaire de ses offensives.
De fait, Kerry, lors du débat de jeudi soir, s'est montré direct, sûr de son fait et peu hésitant. À ce propos, c'est-à-dire à propos d'hésitation, un journaliste de la chaîne ABC responsable du chronométrage a calculé que les silences du président sortant ont été plus nombreux que ceux du prétendant. Ce petit fait mis à part, Kerry a été en mesure d'illustrer avec fermeté tout ce qui le sépare de Bush. Tout ce qui les divise.
Sur l'Irak, sujet central de ce débat sur lequel Bush souhaitait capitaliser au maximum, on sait que ce dernier entend maintenir le cap suivi jusqu'à présent. Par exemple, il n'est pas question de faire appel aux bons offices de l'ONU. Tout au contraire, Kerry, s'il est élu évidemment, travaillerait à modifier la donne de manière à partager les responsabilités inhérentes à ce dossier avec tous les alliés. Et ce, afin de combattre avec plus d'efficacité les deux principaux problèmes auxquels le monde est confronté, soit le terrorisme et surtout la prolifération nucléaire.
À cet égard, Kerry n'a pas manqué de pointer le doigt sur ceci: entre la Corée du Nord et l'Iran, le monde nucléaire est beaucoup plus agité aujourd'hui qu'il l'était il y a quatre ans. S'il en est ainsi, c'est bel et bien parce qu'en décidant de faire une guerre préventive en Irak, Bush a encouragé, à son corps défendant il va sans dire, les membres de l'«axe du mal» à commander l'accélération de la fabrication de la bombe.
Cela étant, l'assaut que Bush a conjugué avec l'indécision n'a pas eu les effets escomptés. En effet, ainsi que l'a fait remarquer Kerry, «on peut être certain, mais on peut être certain et se tromper tout de même». Peut-être est-ce au tour de Bush de méditer. Sur quoi? Sur son obstination fanatique.
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