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Libre opinion: Paysages en voie de disparition

Hans Walser - vice-président de l'Association du patrimoine de Potton  1 octobre 2004 
Les attraits des Cantons-de-l'Est se distinguent par de vastes panoramas ouverts sur les vallées et sur nos majestueuses montagnes. Ces paysages grandioses doivent leur beauté à la diversité de vues panoramiques et de scènes champêtres qui s'ouvrent sur les massifs naturels environnants, visibles à partir des chemins qui traversent les cantons, pour le plus grand plaisir de notre population et de nos visiteurs.

Malheureusement, plusieurs de ces panoramas ont disparu depuis une dizaine d'années et d'autres sont menacés par la croissance de la friche et du reboisement de conifères.

En mai 2004, la municipalité du canton de Potton, Mansonville, informait la population que le conseil municipal avait mandaté le Comité consultatif en urbanisme de promouvoir la conservation des paysages avec, comme première étape, une campagne de sensibilisation du public. L'Association du patrimoine de Potton, qui a pour mission de promouvoir, de protéger et de mettre en valeur les acquis de notre patrimoine bâti, paysager, historique et archéologique, félicite le conseil de cette initiative.

La beauté du paysage est autant une richesse pour la population locale qu'un attrait touristique important. Ces paysages champêtres reflètent l'agriculture d'autrefois, où les fermes de petite et moyenne taille, plantées dans les vallées, ont ouvert de grands pâturages qui offrent encore aujourd'hui de splendides paysages le long de nos routes et de nos arrière-chemins.

Conifères subventionnés

Malheureusement, ces panoramas sont sérieusement menacés depuis plusieurs années par la disparition de l'agriculture traditionnelle. En effet, les prés d'autrefois retournent souvent en friche ou sont reboisés de conifères. Ces plantations en blocs denses et géométriques ont un impact irritant sur la qualité visuelle de l'environnement parce qu'elles ne s'harmonisent pas aux éléments naturels du paysage et, dans bien des cas, provoquent la disparition des vues panoramiques.

Ces monocultures de conifères ont aussi un impact très négatif sur l'écosystème, notamment sur la flore et la faune champêtres, qui disparaissent avec la croissance des arbres. Avec le vieillissement de la plantation, une forêt de pins devient un habitat quasi stérile, limité à des couronnes d'arbres vertes mais dont le sous-bois, composé de branches et d'un sol dénudé, est desséché. Ces vastes plantations deviennent des barrières écologiques pour un grand nombre d'espèces de mammifères et d'oiseaux parce qu'il n'y a rien pour se nourrir. Nous avons ici un exemple d'une pratique environnementale qui détruit la diversité biologique et notre paysage patrimonial.

Les plantations de conifères sont encouragées et subventionnées par le ministère des Ressources naturelles du Québec. De nombreuses anciennes terres agricoles ont été reboisées de cette façon et beaucoup d'autres vont subir le même sort.

Il y a sûrement de bonnes raisons pour reboiser, mais ce n'est pas nécessairement de l'intérêt du public de le faire sans tenir compte des effets sur le paysage et l'environnement local, qui ont une valeur en soi et constituent un important attrait touristique. Nous déplorons que le ministère des Ressources naturelles encourage ces plantations sans se préoccuper de leurs conséquences sur nos paysages. Il serait bon de réexaminer l'opportunité d'utiliser des fonds publics au profit de quelques propriétaires terriens par rapport à l'ensemble de la collectivité en recherchant un juste équilibre entre les droits des propriétaires de jouir de leur domaine comme bon leur semble et le bien commun.

Nous concluons avec une citation du Conseil du paysage du Québec: «Il est essentiel que la protection et la mise en valeur du paysage deviennent un objet de concertation: institutions, entreprises, professionnels et citoyens doivent arbitrer, en toute connaissance de cause, les orientations locales en ces matières. Le paysage doit se construire sur la base d'une entente collective; il est d'intérêt public, de responsabilité individuelle et collective. Chaque communauté est dépositaire du territoire qu'elle occupe et responsable de la valeur paysagère qu'elle lui attribue.»
 
 
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