Une rente collective
Jean-Robert Sansfaçon
1 octobre 2004
Hydro-Québec plaide pour une hausse de tarifs de 2,9 % à partir du printemps prochain. C'est beaucoup, et il appartiendra à la Régie de l'énergie d'évaluer la pertinence d'une telle hausse après l'augmentation de 4,4 % imposée l'an dernier. Cela étant, comment ne pas se réjouir de savoir que la société d'État versera deux milliards au gouvernement cette année seulement?
Les gens qui utilisent l'électricité pour se chauffer ne trouvent pas drôle cette demande de hausse de 2,7 % qu'Hydro-Québec Distribution vient de présenter devant la Régie de l'énergie pour avril prochain. D'entrée de jeu, on peut cependant prévoir que la Régie étudiera attentivement les composantes de la demande avant d'en arriver à une décision qui, il faut l'espérer, sera moins douloureuse que ce qui est sur la table. Mais il faut se faire à l'idée: le Québec est entré dans une nouvelle ère de son histoire énergétique, marquée par une rareté grandissante de la ressource.
Tant mieux si les réservoirs d'eau sont pleins, comme il semble que ce soit le cas: voilà qui permettra d'éviter la construction du Suroît. Mais d'ici dix ans, il faudra quand même investir quelque trois milliards par année pour faire face à la demande croissante liée à la performance de l'économie et à l'augmentation de la population.
Certes, il reste encore des rivières à harnacher, du vent à exploiter et des économies d'énergie à concrétiser, mais quelle que soit la filière choisie, les coûts d'investissement seront plus élevés que par le passé. Avec la hausse des taux d'intérêt qui pointe, les frais de financement de la dette d'Hydro-Québec seront à la hausse eux aussi, de sorte que la société d'État n'aura pas le choix de vendre son électricité plus cher afin de verser un dividende raisonnable à l'actionnaire, le gouvernement du Québec, qui en a bien besoin pour équilibrer ses comptes.
En entrevue télévisée depuis quelques jours, un pseudo-représentant des consommateurs critique la demande d'Hydro Distribution en comparant le Québec à l'Alberta qui, dit-il, a profité des royautés sur le pétrole pour éliminer sa taxe de vente. Tiens donc! Le gouvernement du Québec ne fait-il pas la même chose en utilisant les profits d'Hydro pour financer les services publics? On ne peut que se réjouir du fait qu'Hydro améliore sa rentabilité tout en maintenant ses tarifs à des niveaux relativement stables et avantageux comparativement au prix du mazout et du gaz. Choisir d'augmenter les impôts de deux milliards au lieu de majorer les tarifs d'électricité serait profondément injuste pour ceux qui chauffent au mazout et qui devraient absorber des hausses d'impôt pour épargner les consommateurs d'électricité. La rente générée par Hydro appartient à tous, pas seulement aux consommateurs d'électricité.
Cela étant, on peut se demander pourquoi Hydro-Québec n'a pas donné suite à son projet de tarification en fonction de la quantité d'électricité consommée, comme elle l'avait annoncé l'an dernier. Si on veut inciter les gens à consommer l'électricité de façon rationnelle, il faut faire payer plus cher le kilowatt aux heures de pointe.
Dans la même logique, il va de soi que Québec doit désormais résister à toutes les demandes de vente à rabais qui lui sont faites par les industries les plus énergivores, alumineries, papetières ou autres. Aucune raison ne justifie que l'on fasse de cadeau à ces multinationales aux dépens de l'ensemble des consommateurs. Si Québec veut aider l'entreprise, il peut lui consentir des subventions ad hoc au lieu de céder pour l'éternité une fraction de la rente énergétique collective.
jrsansfacon@ledevoir.ca
Les gens qui utilisent l'électricité pour se chauffer ne trouvent pas drôle cette demande de hausse de 2,7 % qu'Hydro-Québec Distribution vient de présenter devant la Régie de l'énergie pour avril prochain. D'entrée de jeu, on peut cependant prévoir que la Régie étudiera attentivement les composantes de la demande avant d'en arriver à une décision qui, il faut l'espérer, sera moins douloureuse que ce qui est sur la table. Mais il faut se faire à l'idée: le Québec est entré dans une nouvelle ère de son histoire énergétique, marquée par une rareté grandissante de la ressource.
Tant mieux si les réservoirs d'eau sont pleins, comme il semble que ce soit le cas: voilà qui permettra d'éviter la construction du Suroît. Mais d'ici dix ans, il faudra quand même investir quelque trois milliards par année pour faire face à la demande croissante liée à la performance de l'économie et à l'augmentation de la population.
Certes, il reste encore des rivières à harnacher, du vent à exploiter et des économies d'énergie à concrétiser, mais quelle que soit la filière choisie, les coûts d'investissement seront plus élevés que par le passé. Avec la hausse des taux d'intérêt qui pointe, les frais de financement de la dette d'Hydro-Québec seront à la hausse eux aussi, de sorte que la société d'État n'aura pas le choix de vendre son électricité plus cher afin de verser un dividende raisonnable à l'actionnaire, le gouvernement du Québec, qui en a bien besoin pour équilibrer ses comptes.
En entrevue télévisée depuis quelques jours, un pseudo-représentant des consommateurs critique la demande d'Hydro Distribution en comparant le Québec à l'Alberta qui, dit-il, a profité des royautés sur le pétrole pour éliminer sa taxe de vente. Tiens donc! Le gouvernement du Québec ne fait-il pas la même chose en utilisant les profits d'Hydro pour financer les services publics? On ne peut que se réjouir du fait qu'Hydro améliore sa rentabilité tout en maintenant ses tarifs à des niveaux relativement stables et avantageux comparativement au prix du mazout et du gaz. Choisir d'augmenter les impôts de deux milliards au lieu de majorer les tarifs d'électricité serait profondément injuste pour ceux qui chauffent au mazout et qui devraient absorber des hausses d'impôt pour épargner les consommateurs d'électricité. La rente générée par Hydro appartient à tous, pas seulement aux consommateurs d'électricité.
Cela étant, on peut se demander pourquoi Hydro-Québec n'a pas donné suite à son projet de tarification en fonction de la quantité d'électricité consommée, comme elle l'avait annoncé l'an dernier. Si on veut inciter les gens à consommer l'électricité de façon rationnelle, il faut faire payer plus cher le kilowatt aux heures de pointe.
Dans la même logique, il va de soi que Québec doit désormais résister à toutes les demandes de vente à rabais qui lui sont faites par les industries les plus énergivores, alumineries, papetières ou autres. Aucune raison ne justifie que l'on fasse de cadeau à ces multinationales aux dépens de l'ensemble des consommateurs. Si Québec veut aider l'entreprise, il peut lui consentir des subventions ad hoc au lieu de céder pour l'éternité une fraction de la rente énergétique collective.
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