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    Les gais républicains rompent avec leur parti

    L'organisation Log Cabin a retiré son appui à George W. Bush et se concentrera sur la lutte contre la droite radicale

    30 septembre 2004 |Élisabeth Vallet - Chercheure à la chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l'Université du Québec à Montréal et codirectrice de l'ouvrage Les Élections présidentielles américaines, qui vient de paraître aux Presses de l'Université du Québec
    Le 8 septembre dernier, l'organisation gay Log Cabin a officiellement retiré son appui au candidat républicain à la présidence, George W. Bush. Le bureau national de l'organisation a annoncé qu'il se concentrerait sur les candidats aux élections au Congrès (Sénat et Chambre des représentants) qui prendraient résolument position en faveur des droits des gais et lesbiennes. L'organisation a ainsi affirmé que ses ressources seraient mobilisées dans la lutte contre la droite radicale et dans l'appui aux candidats favorables à la cause gaie. Or elle pourrait peser lourd dans l'élection présidentielle de novembre prochain, qui s'annonce serrée.

    Le nom «Log Cabin» fait directement référence au premier président républicain, Abraham Lincoln (né dans une cabane de rondins), notamment parce qu'il s'est fait le chantre des principes de liberté et d'égalité au Parti républicain. Cette organisation est née en 1977 en Californie tandis que les avancées significatives qu'avaient connues les droits des gais et lesbiennes marquaient le pas et qu'un référendum était organisé en vue d'exclure les gais et lesbiennes des postes d'enseignement à l'école publique.

    Avec l'appui du gouverneur de l'époque, Ronald Reagan, le mouvement gai républicain qui se crée parvient à faire échec à ce projet référendaire, rejeté en novembre 1978. Depuis lors, les membres de Log Cabin sont essentiellement des hommes, tous conservateurs, favorables aux réductions d'impôt, à l'armée et à la guerre en Irak, et attachés — peut-être paradoxalement — à un grand nombre de valeurs traditionnelles de la société américaine.

    La trahison de George W. Bush

    Pourtant, le président Bush paraît prêt à payer le prix de la défection des Log Cabin Republicans pour rallier sa base conservatrice: depuis février 2004 — et à l'inverse des positions qu'il avait adoptées en 2000 —, le président affiche clairement sa volonté de «défendre le mariage traditionnel» contre certains activistes (il évoquait ici notamment les juges) qui, en imposant le mariage de même sexe «contre la volonté du peuple», allaient finir «par altérer la société» dans son entier.

    Le programme du parti adopté lors de la convention nationale est à ce titre sans ambiguïté aucune. Au cours de son second mandat, Bush promet d'inciter le Congrès à amorcer une procédure de réforme constitutionnelle pour définir et protéger l'institution du mariage. Pour l'instant, la proposition d'amendement qu'il avait appuyée a été rejetée au Sénat pour des questions procédurales.

    Au demeurant, pour que cet amendement soit adopté, il importe qu'il soit adopté par les deux tiers des sénateurs et des représentants et qu'il soit ratifié par les trois quarts des États. Si cet amendement constitutionnel venait à être adopté, ce serait là une révolution juridique: pour la première fois aux États-Unis, une discrimination serait constitutionnalisée, enchâssée dans la loi fondamentale américaine.

    Entre-temps, il s'agit là d'une compétence fédérée. Le 4 août 2004, le Missouri a ainsi proscrit, à la suite d'un référendum au cours duquel 71 % des votants en ont approuvé le principe, les mariages de même sexe. Désormais, 34 États se sont dotés d'un dispositif législatif prohibant les mariages entre personnes de même sexe.

    Guerre culturelle

    Dès lors, pour son directeur exécutif, Log Cabin a une véritable bataille à livrer, dépassant l'actualité et les enjeux de l'élection présidentielle. Les membres de cette organisation dénoncent, au sein même du Parti républicain, la discordance entre l'appui de nombreux républicains à leur cause et la virulence du programme électoral du parti, soit le décalage entre le discours de haine homophobe de certains porte-parole républicains et les déclarations de Bush en 2000.

    De toute évidence, le sinistre Karl Rove a choisi d'axer la campagne du candidat Bush sur les quatre millions de fondamentalistes religieux qui se seraient abstenus en 2000. Ainsi, le slogan «conservatisme et compassion» développé par Bush perd considérablement en crédibilité.

    C'est la première fois, depuis que Log Cabin a pignon sur rue à Washington (1993), que cette organisation refuse son appui au candidat investi par le Parti républicain. Or ce groupe pèse lourd dans les élections en raison des intérêts qu'il représente. Les sondeurs évaluent le vote gai à plus de quatre millions de voix en 2000, dont un million pour Bush. Et, parmi eux, 50 000 en Floride... De quoi faire basculer un État-pivot.

    Pour la première fois de son histoire, l'organisation Log Cabin a également créé un spot publicitaire télévisé. Paradoxalement, en pleine campagne électorale fédérale, cette publicité vise... son propre camp. Il s'agit de convaincre Washington, la Maison-Blanche et les membres du Congrès, de renverser la tendance à la radicalisation du parti. Pour ce faire, cette publicité a été diffusée dans des États-pivots comme le Missouri, l'Ohio, la Floride, le Minnesota, le Nouveau-Mexique, le Colorado et la Californie ou encore dans des États-clés comme le Texas. Elle met en parallèle le dernier discours de Ronald Reagan, qui se voulait un message d'espoir, avec la campagne de haine et le discours virulent de l'aile radicale du Parti républicain.

    Log Cabin est entrée en guerre, en guerre culturelle contre la droite religieuse, au coeur même du Parti républicain. Mais ce ne sera pas son seul cheval de bataille. De nombreux candidats démocrates aux élections de novembre (notamment aux postes de gouverneur et de législateur) ont choisi de contourner le débat en s'opposant ouvertement aux mariages de même sexe. Ce faisant, ils participent du conservatisme accru du monde politique américain.

    Plus encore, l'enjeu atteindra son point d'orgue le 2 novembre car les électeurs de huit États auront à se prononcer par voie référendaire sur le mariage homosexuel. Si l'ensemble des groupes gais est affecté par cette radicalisation de la politique américaine, il demeure que le retrait de Log Cabin atteste de la virulence de la droite religieuse, à tel point que, depuis le 8 septembre, la cohabitation au sein du Parti républicain n'est plus envisageable.












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