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Une mère est accusée d'avoir aidé son fils à mettre fin à ses jours

La compassion sera au coeur du procès, assure l'avocat de la défense

Brian Myles   28 septembre 2004 
Charles Fariala a fait son deuil de la vie le printemps dernier. Le plus difficile pour lui fut d'obtenir l'aide de sa mère, Marielle Houle, qui est aujourd'hui accusée d'avoir facilité son suicide.

Mme Houle s'est traînée de peine et de misère jusqu'au banc des accusés, une boîte de mouchoirs à la main, pour répondre à une accusation d'avoir aidé ou encouragé son fils à se donner la mort, un crime passible d'une peine maximale de 14 ans de pénitencier. Le ministère public a consenti à la remise en liberté de la dame de 58 ans, à la condition qu'elle consulte son psychiatre dès aujourd'hui. Les policiers ont trouvé Mme Houle en état de choc, dimanche matin, dans l'appartement de la rue Drolet où Charles Fariala s'est suicidé.

Âgé de 36 ans, M. Fariala souffrait de la sclérose en plaques, une maladie à symptômes multiples qui peut-être fatale dans certains cas. En raison de la mise en accusation de Mme Houle, peu de détails de cette affaire ont été rendus publics hier. Charles Fariala n'était pas complètement terrassé par la maladie — des voisins l'ont vu marcher et transporter des sacs. Il éprouvait cependant de vives douleurs, a dit hier dans les couloirs du palais de justice Dulcinea Langfelder, une ancienne amie de coeur et collègue du disparu. Mme Langfelder a joué dans Victoria, une pièce de théâtre écrite en 1999 par M. Fariala. L'actrice l'a vu pour la dernière fois en mai, et il lui avait clairement fait comprendre qu'il ne laisserait pas la sclérose en plaques le malmener trop longtemps.

Peut-être connaissait-il trop bien les ravages de la maladie? Dramaturge à ses heures, Charles Fariala travaillait comme préposé aux bénéficiaires à l'Hôpital Saint-Charles-Borromée, un centre de soins de longue durée où séjournent des patients durement atteints par cette affliction imprévisible qui s'attaque à la myéline (la gaine des fibres nerveuses du système nerveux central), provoquant de la fatigue extrême, des pertes d'équilibre, des troubles visuels, des raideurs musculaires et parfois même la paralysie.

Mme Langfelder est convaincue que Marielle Houle, «une mère extraordinaire», n'a pas pris elle-même l'initiative de mettre fin aux jours de son fils. «Mais Charles était convaincant. Il a trimbalé sa mère dans cette affaire-là», croit-elle. «Je suis venue ici aujourd'hui pour voir Marielle, pour lui dire que je suis triste et que je vais l'aider le plus que je le peux. [...] Je veux la soutenir. Je sais qu'elle a souffert de façon inimaginable. Le fait de l'avoir vu mourir — ne serait-ce que ça —, cela devait être extrêmement traumatisant», a-t-elle ajouté.

L'avocat de Mme Houle, Salvatore Mascia, a bon espoir d'obtenir l'acquittement de la mère éplorée qui, par ses sanglots et son expression de désespoir, a jeté hier un silence glacial dans une salle d'audience bondée d'une cinquantaine de personnes. C'est la première fois en vingt ans de carrière que Me Mascia est confronté à une cause semblable. Mme Houle est en effet accusée d'avoir aidé son fils à se suicider, et non de meurtre ou d'homicide involontaire comme ce fut le cas dans les causes d'euthanasie qui ont défrayé la manchette dans les dix dernières années. À cet égard, les procureurs ont porté «une accusation plausible», estime Me Mascia.

Me Mascia n'est guère au fait des derniers moments de Charles Fariala, qui se serait suicidé au moyen de produits de nature inconnue. Il ne connaît pas davantage l'état de santé de sa cliente, qui faisait l'objet d'un suivi psychiatrique antérieur à cette tragédie. Malgré son extrême fragilité, Mme Houle, une infirmière de métier, a prodigué des soins à son fils jusqu'à la dernière heure. «Elle a agi strictement par compassion. [...] Nous tous, un jour ou l'autre, sommes confrontés à la souffrance et à la maladie de nos proches», a dit Me Mascia. Cet élément de compassion sera au coeur du procès à venir, a assuré l'avocat.

Pour l'organisme Handicap, vie et dignité, l'empressement de l'avocat et des médias à relancer le débat sur l'euthanasie est révélateur de l'attitude de la société à l'égard des handicapés. «Tous ceux qui sont peu ou pas utiles à la société n'ont pas vraiment de valeur, et on invoque toutes les raisons possibles pour justifier leur mort», estime Hélène Rumak, cofondatrice du groupe. Pour Handicap, vie et dignité, le vrai débat consiste à déterminer si Charles Fariala et ses proches ont bénéficié de toutes les ressources disponibles pour affronter la maladie incurable sans y laisser leur amour-propre. Le désespoir de Charles Fariala trouve peut-être ses origines ailleurs que dans la sclérose en plaques, laisse entendre Mme Rumak, désireuse d'en connaître plus sur cette cause.
 
 
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