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Bouclier: Ottawa n'a pas eu le choix

Manon Cornellier   27 septembre 2004 
Ottawa — La défense antimissile n'était pas une priorité canadienne, mais les États-Unis n'ont pas laissé le choix à Ottawa. En décidant d'aller de l'avant avec leur projet dès cette année, ils ont forcé le Canada à donner priorité à ce dossier, reconnaît le ministre de la Défense, Bill Graham, qui admet aussi qu'en cherchant à obtenir l'appui du Canada, Washington cherche «peut-être», entre autres choses, une caution morale.

Les priorités du Canada sont beaucoup plus immédiates et terre à terre, y compris pour assurer la défense du Canada et de l'Amérique du Nord, a-t-il expliqué au Devoir en entrevue. Ces priorités se résument à une politique de défense à jour et à suffisamment de troupes et d'équipement pour faire le travail correctement.

Ainsi, en plus de terminer dès que possible la revue de la politique étrangère et de défense, M. Graham veut obtenir «le genre d'équipement nécessaire pour que les forces soient en mesure de défendre le Canada et l'Amérique du Nord et de participer à des activités internationales». Il veut aussi s'assurer que le Canada a «suffisamment de troupes et que celles-ci sont bien entraînées et préparées pour remplir [ses] obligations au Canada et à l'étranger». Le bouclier antimissile n'apparaît nulle part, même si M. Graham affirmait la semaine dernière que le Canada pourrait «le regretter» s'il décidait de ne pas participer au projet de bouclier américain.

Mais comme les Américains ont déjà commencé à déployer des intercepteurs basés au sol en Alaska et en Californie, le Canada est forcé de se brancher. «Si on avait le choix, est-ce que le Canada donnerait la priorité à ce dossier?» a demandé Le Devoir. «Non, évidemment pas», a répondu M. Graham sans hésiter. «C'est énormément dispendieux. C'est pour ça que je dis: si les Américains décident de dépenser leur propre argent, c'est leur décision, on ne peut pas leur dire qu'ils n'en ont pas le droit. Mais si ce n'était que de nos priorités, il est évident, non seulement du point de vue du prix, mais aussi du point de vue de nos objectifs, qu'on ne ferait pas ça.»

Même la menace que tente de contrer ce bouclier, soit un missile lancé de façon accidentelle ou par un État voyou, ne figure pas en tête de liste des préoccupations d'Ottawa. Selon M. Graham, le terrorisme représente actuellement une menace difficile à cerner mais davantage prioritaire pour le Canada. Invité à mesurer ces deux menaces sur une échelle de un à dix, il n'hésite pas à dire que celle posée par un missile figurerait «beaucoup plus bas, il n'y a pas de doute», que le terrorisme. Mais il précise rapidement que ce jugement serait valable uniquement «pour le présent».

La participation canadienne au bouclier est une question politique, car les Américains ne demandent ni argent ni installations au Canada. Qu'attendent-ils de lui alors? Une caution morale? «Ils veulent peut-être ça, une caution morale, admet candidement M. Graham, mais ils veulent aussi que le Canada soit solidaire avec eux dans la défense de l'Amérique du Nord. Je crois que ce n'est pas déraisonnable de leur part de vouloir cela, même s'il y a des voix aux États-Unis et au Canada qui disent que ce programme devrait être abandonné en faveur d'autres programmes axés davantage vers le terrorisme ou autre chose.»

Les discussions sur une éventuelle participation canadienne au bouclier antimissile se poursuivent toujours, et la décision du Canada n'a pas encore été prise, précise le ministre. Mais selon lui, le Canada se doit, en bon voisin, de discuter avec les États-Unis, et ce, «même si nous avons des réserves à l'égard de leur décision».

Dans un discours prononcé la semaine dernière et dans une entrevue diffusée le lendemain, M. Graham a manifesté son appui à une participation canadienne. Son raisonnement est le suivant. Washington a décidé d'aller de l'avant, que le Canada suive ou non. Si le Canada veut continuer à avoir son mot à dire sur tous les volets de la défense de l'Amérique du Nord et donc sur sa propre défense, s'il veut par conséquent préserver sa souveraineté en la matière, il doit être à la table où se prennent les décisions. «Ne pas participer diminuerait significativement notre souveraineté», disait-il.

Mais le gouvernement Martin a des critiques à contrer s'il veut aller de l'avant dans ce dossier, des gens qui craignent le déploiement à moyen terme d'armes dans l'espace, qui doutent du sérieux de la menace ou encore de l'efficacité du système.

Pour y répondre, M. Graham invoque d'abord la prévoyance. On ne peut traiter à la légère une menace qui pourrait, à long terme, se révéler sérieuse mais qui exigerait, pour y répondre, des moyens technologiques qui demandent des années pour être mis en place, a-t-il répété en entrevue.

Cette même prévoyance se dissipe quand il s'agit de l'évolution du système. «On ne peut pas prédire ce qui va se passer d'ici 20 ans», dit-il. Le Canada est opposé à l'arsenalisation de l'espace et il refusera de participer au bouclier si ce dernier l'envisage, mais il affirme que ce n'est pas le cas du volet auquel le Canada est invité à s'associer. «Je le répète, ce n'est pas ce programme qui va poser problème, mais d'autres programmes», une assurance qu'il dit tirer des rapports des négociateurs canadiens.

Pourtant, la Missile Defense Agency (MDA), l'organisme américain qui assure la mise en oeuvre du bouclier, présente souvent le système de défense comme un tout «évolutif» destiné à être réalisé par étapes, la première étant le déploiement amorcé cet automne. Des critiques craignent donc, sur la base des plans de la MDA, que le bouclier mène au déploiement d'armes dans l'espace et que le Canada ne s'y trouve associé malgré lui.

Si le système devait se diriger dans cette direction, le Canada s'en retirerait, affirme M. Graham, car, contrairement à plusieurs experts, il est persuadé qu'«on peut toujours reculer». Il relève par ailleurs que le déploiement d'armes dans l'espace a ses supporteurs mais aussi ses détracteurs aux États-Unis. «Nous sommes les alliés de ceux qui sont contre», dit-il.






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  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    lundi 27 septembre 2004 15h35
    Tenons-nous debout
    « J'ai beau lire et relire les arguments voulant que le Canada doive inexorablement participer au bouclier antimissile des États-Unis, je persiste à penser que ce serait une erreur et que le Canada a de bons arguments à faire valoir pour justifier son refus de se lancer dans cette aventure de pure politique américaine.
    Il serait trop long de détailler ici toutes les fluctuations et les contradictions de la coopération canado-américaine et toute l'histoire des programmes politico-militaires concernant les intercepteurs américains. Une étude approuvée par les chefs d'état-major canadiens et présentée au ministre de la Défense en 1962 soutenait déjà que la défense contre les ICBM était presque impossible. Les généraux américains ne disent pas autre chose aujourd'hui.
    Notre asservissement aux pressions américaines nous a valu d'abandonner la construction d'un magnifique avion d'avant-garde, l'Arrow, qui aurait concurrencé les avions américains. Avec pour résultat que nous avons dû acheter des avions aux États-Unis, à grands frais, et en perdant des emplois et des techniciens de grande valeur.
    Les erreurs commises devraient inspirer nos dirigeants et les faire réfléchir. L'espace aérien du Canada n'est menacé par personne et ne le sera pas de si tôt. Et si jamais un État voulait lancer des missiles balistiques contre les États-Unis, dans les 20 ou 30 années à venir, ce pays lanceur aurait aussi trouvé les moyens de contourner les systèmes de défense antimissile. Il en va toujours ainsi dans la course aux armements. Et en nous associant à la militarisation américaine, nous deviendrons une cible, pour d'éventuelles attaques terroristes. Nous n'en avons pas besoin. Vivons en paix.
    Les contradictions des propos de Bill Graham trahissent bien une valse hésitation à ce sujet, parce qu'il n'y a aucune base scientifique justifiant la participation canadienne à ce projet et que l'indépendance politique du Canada doit lui faire affirmer sa position face aux États-unis, comme certains Premiers ministres l'ont fait dans le passé, pour des questions bilatérales.
    Que le gouvernement du Canada dise à l'administration américaine qu'il va s'occuper de la lutte antimissile en évitant que des pays aient la tentation d'en envoyer, c'est-à-dire par une intense activité relationnelle, commerciale, sociale et diplomatique avec d'éventuels États(mais où sont-ils) qui seraient tenté de le faire. Lorsque des pays ont besoin les uns des autres, ils ne se combattent pas. En ce sens, la mondialisation des relations, des communications, des échanges commerciaux peut faire oeuvre utile, beaucoup plus que le rejet ou les condamnations du genre «axe du mal» ou «états voyous».
    Allons, Canada, tiens-toi debout! »

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