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Haïti - La tension monte aux Gonaïves

Le Devoir   27 septembre 2004 
Les pieds dans l’eau, des dizaines de résidants des Gonaïves, en Haïti, faisaient la queue à l’entrée d’un marché, hier, dans l’attente de recevoir un peu d’eau potable.
Photo : Agence Reuters
Les pieds dans l’eau, des dizaines de résidants des Gonaïves, en Haïti, faisaient la queue à l’entrée d’un marché, hier, dans l’attente de recevoir un peu d’eau potable.
Une semaine après le passage meurtrier de l'ouragan Jeanne en Haïti, la situation reste extrêmement tendue et chaotique aux Gonaïves, où un convoi d'aide humanitaire a été attaqué hier après-midi en plein centre-ville par plusieurs dizaines de jeunes Haïtiens armés de barres de fer. Les efforts menés pour distribuer des vivres, de l'eau potable et d'autres produits de première nécessité sont toujours perturbés par des problèmes de sécurité, et l'aide internationale entre au compte-gouttes dans la ville ravagée.

De leur côté, les Québécois ont continué toute la fin de semaine à répondre massivement à l'appel à l'aide lancé par les autorités, à un point tel que la Ville de Montréal a dû demander hier soir à la population de cesser de faire des dons matériels, les entrepôts étant pleins.

Le dernier bilan des inondations désastreuses infligées à Haïti par le passage de la tempête tropicale s'est alourdi à 1650 morts, et 800 autres personnes sont toujours portées disparues, a déclaré hier un responsable gouvernemental haïtien. Selon lui, le nombre total de morts pourrait dépasser largement les 2000, dans la mesure où l'on retrouve encore des corps aux Gonaïves, ville portuaire de 200 000 habitants dans la moitié nord d'Haïti.

Le niveau de l'eau continue de baisser et les macabres découvertes se multiplient. Dans des rigoles, des canaux, sur les plages, dans des carcasses de voitures, sous des murs effondrés, les habitants découvrent des cadavres souvent non identifiables en raison de l'état de décomposition avancée.

Plusieurs des rescapés n'ont pas mangé ni bu depuis plusieurs jours. La tension est vive sur le terrain. Hier, malgré la présence de soldats argentins de la mission de stabilisation des Nations unies en Haïti (Minustah), de jeunes Haïtiens ont tenté de dévaliser deux camions d'aide humanitaire avant d'être dispersés par des gaz lacrymogènes. Cet incident grave, le premier du genre, survient alors que l'acheminement et la distribution de vivres aux sinistrés des Gonaïves s'effectue depuis plusieurs jours sous haute surveillance, les convois étant escortés par des soldats de la Minustah qui veillent ensuite à ce que la distribution se déroule dans l'ordre.

Hier après-midi, une cinquantaine de soldats uruguayens de la Minustah ont escorté dans le centre de la ville deux camions de vivres et de vêtements destinés aux sinistrés. Le pasteur Joseph Lormeus, qui dirigeait cet envoi humanitaire, a expliqué à l'Agence France-Presse que les deux camions avaient été pris en charge par les Casques bleus, «par crainte des pillards».

Conditions difficiles

Pour survivre, des milliers d'habitants de la ville s'entassent depuis une semaine dans des églises et des écoles où ils vivent dans le plus grand dénuement et sans la moindre hygiène.

Hier, des volontaires de la Croix-Rouge haïtienne ont entrepris de faire la tournée de 43 de ces centres d'hébergement improvisés pour y dénombrer les réfugiés et dresser la liste de leurs besoins les plus urgents en matière de santé et d'alimentation.

À la cathédrale, 500 personnes, en majorité des familles nombreuses, se sont réfugiées à la tribune de ce bâtiment moderne de béton et de bois. Les bancs ont été rapprochés pour y poser quelques matelas moisis tandis que les rares ustensiles de cuisine contiennent des soupes de pâtes et de pain.

À quelques centaines de mètres de là, l'école de la Rédemption de l'Église épiscopale haïtienne abrite quelque 400 personnes. Sur le site de l'organisation humanitaire Care, dont les entrepôts abritent près de deux mille tonnes de blé, de riz, d'huile, de médicaments et de matériel de purification et de distribution d'eau des organisations humanitaires, 87 familles, soit 450 personnes, campent, démunies de tout, sous des hangars et quelques tentes blanches qui viennent d'être montées.

Le Québec généreux

Touchés par cette situation, les Québécois ont répondu avec générosité à l'appel à l'aide relayé par différents groupes et organisations d'ici. Hier après-midi, l'hôtel de ville de Montréal bourdonnait ainsi d'activité. C'est là qu'on tient la collecte-radiothon organisée conjointement par la Ville et la radio haïtienne (1610 AM), depuis samedi et jusqu'à demain. Jusqu'ici, on a amassé plus de 312 000 $ (la Croix-Rouge a aussi amassé 370 000 $ au Québec pour sa collecte spéciale).

Cinquante lignes de téléphone ont été installées. Dehors, les citoyens sont nombreux à laisser dans les bacs verts des vêtements ou des denrées non périssables. À tel point qu'en début de soirée, on indiquait aux Montréalais d'essayer de ne faire que des dons en argent: les quatre points de chute de dons dispersés dans la Ville sont maintenant pleins.

«C'est extraordinaire de voir tous ces gens qui viennent donner un peu d'argent, commente Pierre-Gérald Jean, un des coordonnateurs de l'événement. Des centaines de bénévoles sont venus prendre des appels, et ça n'arrête pas. Ça fait vraiment chaud au coeur.»

Comme plusieurs autres Haïtiens rencontrés hier, Pierre-Gérald Jean était ému de voir ses concitoyens exilés travailler ensemble et se serrer les coudes. «Ce n'est pas surprenant, on est comme ça. Mais là, on voit ce que ça peut donner.» M. Jean disait par contre espérer que les problèmes d'acheminement de l'aide se régleraient au plus vite.

Le Canada a promis deux millions de dollars d'aide au gouvernement haïtien, en plus du prêt d'un avion pour le transport du matériel. Québec a débloqué de son côté 200 000 $, une somme qui pourrait être augmentée, selon la ministre de l'Immigration, Michelle Courchesne. «C'est un premier pas, a-t-elle déclaré de l'hôtel de ville, hier. C'est une aide d'urgence, et la communauté nous a dit qu'ils auront aussi besoin d'aide de reconstruction. Nous sommes ouverts à ça.»

Par ailleurs, une délégation de Médecins du Monde Canada, dont fait partie le docteur Réjean Thomas, le président de l'organisme, se rendra en Haïti aujourd'hui, pour soutenir leurs collègues français, présents sur place depuis mardi.

Avec l'Agence France-Presse et Reuters

***

La population peut faire des dons par téléphone notamment au radiothon (1 877 774-2484), à Oxfam-Québec (1 877 937-1614), au CECI (1 877 875-2324), à Développement et Paix (1 888 664-3387) ou encore à la Croix-Rouge (1 800 418-1111).
Les pieds dans l’eau, des dizaines de résidants des Gonaïves, en Haïti, faisaient la queue à l’entrée d’un marché, hier, dans l’attente de recevoir un peu d’eau potable. Pendant ce temps, à l’hôtel de ville de Montréal, des bénévoles comme Giodani César recevaient les dons des Québécois désireux de venir en aide aux Haïtiens après le passage de l’ouragan Jeanne qui a fait, dans le pays, plus de 1600 morts
 






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