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Fraude - Deux ex-dirigeants de WorldCom arrêtés

Claude Turcotte   2 août 2002 
David Myers, ancien vice-président et contrôleur de gestion de WorldCom, s’est livré à la justice américaine pour répondre aux accusations de fraude qui pèsent contre lui.
Photo : Agence Reuters
David Myers, ancien vice-président et contrôleur de gestion de WorldCom, s’est livré à la justice américaine pour répondre aux accusations de fraude qui pèsent contre lui.
Après l'arrestation de cinq ex-dirigeants d'Adelphia la semaine dernière, ce fut au tour hier de deux ex-hauts dirigeants de WorldCom de subir le même sort après s'être eux-mêmes livrés à la police, qui les a par la suite conduits, menottes aux poignets, à la Cour fédérale de Manhattan. Ils ont ensuite été relâchés moyennant des cautionnements de dix et de deux millions de dollars. Quelques passants ont applaudi en les voyant monter dans le panier à salade.

Les deux inculpés ont été de toute évidence, par complicité ou ignorance crasse, au coeur des fraudes destinées à cacher des dépenses de 3,8 milliards, laissant ainsi croire aux investisseurs que WorldCom était nettement en meilleure santé financière que ce n'était le cas en réalité. Scott Sullivan était directeur financier à WorldCom et David Myers en était le contrôleur, c'est-à-dire celui qui vérifie toutes les dépenses effectuées par l'entreprise. Comment ont-ils pu ne pas voir un trou de 3,8 milliards?

La plainte dont les deux hommes font l'objet comprend sept chefs d'accusation pour fraude, complicité de fraude et présentation de documents falsifiés devant la Securities and Exchange Commission. S'ils sont reconnus coupables au titre de telles accusations, les inculpés sont passibles d'une peine d'emprisonnement allant de cinq à dix ans. Selon la plainte déposée, qui s'étend sur 17 pages, Sullivan a indiqué à Myers comment dissimuler les 3,8 milliards en les saupoudrant dans les comptes du groupe, ce qui avait pour effet de gonfler les bénéfices.

On sait que ces pratiques ont fini par conduire WorldCom aux portes de la faillite et par le contraindre à se mettre sous la protection de la loi (chapitre 11). Le tribunal a autorisé l'entreprise à emprunter deux milliards pour lui donner le temps de réagir à sa nouvelle situation.

Irving Nathan, l'avocat de M. Sullivan à Washington, a déclaré que ces arrestations lui apparaissaient comme «une précipitation vers le jugement» et a précisé que son client plaiderait non coupable.

Par ailleurs, dans une conférence de presse, John Ashcroft, l'attorney général des États-Unis, a soutenu que ces arrestations visaient à envoyer un message très clair aux dirigeants d'entreprises malhonnêtes. «Les cadres corrompus ne valent pas mieux que les voleurs ordinaires quand ils trahissent leurs employés et volent leurs investisseurs», a-t-il dit. Ces arrestations hier surviennent exactement quatre semaines après que WorldCom eut dévoilé des erreurs de comptabilité telles que plus de cinq résultats trimestriels avec profits se sont transformés en pertes colossales.

Le 25 juillet, cinq anciens dirigeants d'Adelphia Communications ont été les premiers à se faire arrêter sous l'inculpation de fraude massive. Parmi euxse trouvaient l'ex-pdg et fondateur de la compagnie, John Rigas, et deux de ses fils. Adelphia a dû également demander la protection de la loi de la faillite. Ces premières arrestations, qui confirmaient la volonté du gouvernement de sévir contre les dirigeants frauduleux, avaient ramené la confiance parmi les investisseurs, et cela s'était instantanément répercuté sur le parquet des bourses avec une remontée de la valeur des titres.

Ce ne fut toutefois pas le cas hier, puisque l'indice Dow Jones a reculé de 2,6 % et ceux du Nasdaq et du S&P 500 ont baissé respectivement de 3,6 % et 2,9 %. Ces diminutions s'expliquent par des facteurs essentiellement économiques, notamment une forte baisse de l'indice manufacturier tel que calculé par le groupement national des directeurs d'achat. Cet indice, qui permet de mesurer le degré d'activité dans les achats, est passé le mois dernier de 56,2 à 50,5. Cela constitue un autre signe que l'économie ne manifeste pas la vigueur attendue pour favoriser une reprise. Le pire des scénarios que craignent les investisseurs consisterait en un retour vers la récession. Il faut conclure que le taux directeur aux États-Unis va demeurer à son niveau actuel probablement jusqu'à l'hiver. Aujourd'hui, on annonce que le taux de chômage pourrait monter, ce qui serait un signe de plus de la difficulté de l'économie américaine à se relever.
 
 
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