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Double défaite de Charest

L'ADQ prend Vanier; le PQ arrache Laurier-Dorion

C’était la joie, hier soir, dans Vanier, à Québec, où le chef de l’ADQ, Mario Dumont, est venu saluer ses troupes après la victoire de Sylvain Légaré.
Photo : Clément Allard
C’était la joie, hier soir, dans Vanier, à Québec, où le chef de l’ADQ, Mario Dumont, est venu saluer ses troupes après la victoire de Sylvain Légaré.
Les libéraux ont encaissé hier soir deux défaites crève-coeur à l'occasion de la tenue de quatre élections partielles au Québec. Sur l'île de Montréal, le Parti québécois a causé une commotion en arrachant au Parti libéral la circonscription multiethnique de Laurier-Dorion. De son côté, l'Action démocratique du Québec a soutiré après une croisade aux accents populistes, la circonscription de Vanier, dans la région de Québec.

Toute la soirée, la valse des résultats a révélé une lutte serrée dans Laurier-Dorion. Peu avant 23h, la candidate péquiste de 25 ans Elsie Lefebvre a été élue par 483 voix sur son adversaire libérale Voula Neofotistos. Laurier-Dorion était représenté par le libéral Christos Sirros depuis 23 ans.

Pour Bernard Landry, dont le leadership est quelque peu contesté, cette victoire pourrait lui donner un élan afin de faire taire ses opposants. Hier soir, M. Landry affichait une mine réjouie d'autant plus qu'il s'agit vraisemblablement d'une percée auprès des électeurs allophones qui appuient traditionnellement le Parti libéral. Le taux de participation dans la circonscription a toutefois été plutôt faible avec 35 %.

«Je viens de vivre un grand moment de vie publique dans Laurier-Dorion. Après avoir rêvé d'un appui substantiel des immigrants, il est là. Le PQ n'est plus seulement à l'est de la rue Saint-Laurent. C'est la clé de l'avenir et d'une réélection», a commenté M. Landry.

Dans la circonscription de Vanier, le PQ a toutefois été incapable de tirer profit du mécontentement populaire à l'endroit du gouvernement de Jean Charest et a dû se contenter d'une troisième place. L'adéquiste Sylvain Légaré a recueilli une majorité de plus de 4500 voix sur ses deux principaux adversaires, le libéral Michel Beaudoin et le péquiste Sylvain Lévesque.

Dans cette circonscription, qui comprend des quartiers défavorisés de la Basse-ville, les enjeux locaux comme la survie de la station radiophonique CHOI-FM ainsi que la relance de l'Opération Scorpion sur la prostitution juvénile et dont le chef Mario Dumont a fait la promotion, semblent avoir servi l'ADQ. À l'inverse, dans les trois circonscriptions montréalaises où se déroulaient également des élections partielles, l'ADQ a obtenu un faible score. Dans Gouin et Laurier-Dorion, le parti de Mario Dumont s'est même classé en quatrième place derrière l'Union des forces progressistes (UFP).

«La victoire de ce soir démontre bien que, quand on respecte la population, on gagne aussi son respect. C'est ça qui s'est passé dans Vanier. C'est la victoire du vrai monde sur les vieux partis», a lancé Mario Dumont à la soixante de militants adéquistes euphoriques qui s'étaient réunis dans un pub de Vanier.

Le chef de l'ADQ, Mario Dumont, était radieux hier soir comme il l'a rarement été depuis la cuisante défaite des élections générales d'avril 2003. «L'Action démocratique du Québec a une voix de plus à l'Assemblée nationale. La place de l'ADQ est plus forte que jamais au Québec», a-t-il affirmé.

L'arrivée d'un cinquième député au sein du caucus adéquiste représente une «belle brique» qui vient se poser «sur les fondations de la renconstruction» du parti, a affirmé Mario Dumont. «La victoire dans Vanier démontre que les efforts de reconstruction portent fruit et que c'est prometteur pour le parti», a-t-il ajouté.

La victoire arrive à point nommé pour l'ADQ, puisqu'il tient un congrès des membres ce week-end à Drummondville. Selon Mario Dumont, le résultat obtenu dans Vanier illustre bien «l'implantation progressive» du parti, qui célèbre son dixième anniversaire. De 13 % en 1994, l'appui à l'ADQ dans Vanier est passé à 20 % en 1998, à 31 % en 2003 et enfin à presque 50 % aujourd'hui. Le chef adéquiste est d'autant plus heureux que la victoire de son parti est décisive alors que les sondages laissaient plutôt présager une lutte à trois très serrée.

Le nouveau député adéquiste Sylvain Légaré a affirmé que sa victoire est celle du «gros bon sens». Il a tenu à remercier les deux coprésidents de sa campagne, Paule Cantin, de la Fondation Scorpion, et Frédérik Têtu, professeur de philosophie et défenseur de la station de radio de Québec CHOI-FM.

Quant au premier ministre Jean Charest, il a accepté la défaite dans un court discours prononcé dans Laurier-Dorion. «Les résultats n'arrivent pas toujours au moment où on le souhaiterait, a-t-il souligné. La politique m'a appris une grande leçon en 20 ans: il faut être armé de patience [...]. Le PLQ a une grande tradition, c'est cette capacité d'écouter et de recevoir de la part des citoyens les messages qu'il nous envoie. »

«Le résultat est dispersé. Le PLQ a obtenu plus de vote que les autres partis. Ça témoigne d'un résultat qu'il faudra regarder de près», a-t-il ajouté.

Le Parti libéral ne conserve que son château fort de Nelligan. Yolande James, une jeune avocate de 26 ans y a été élue avec une majorité de 3774 voix, soit près de 20 000 voix de moins que son prédécesseur, Russel Williams. Le candidat indépendant Michel Gibson, qui souhaitait être candidat libéral, a fait une chaude lutte à Mme James en misant notamment sur le mécontentement des citoyens dans le controversé dossier des défusions municipales.

Âgée de 26 ans, Mme James est la première femme noire à faire son entrée à l'Assemblée nationale. «C'est sûr que les jeunes, les femmes et les minorités visibles sont sous-représentés, et ça me fait plaisir d'être présente. J'espère que les résultats de ce soir vont faire en sorte qu'ils auront le goût de s'impliquer davantage.» Sans vouloir être un «symbole», elle estime quand même avoir une responsabilité supplémentaire. «Ça me donne le goût de travailler très fort.»

Dans Gouin, une circonscription péquiste depuis 1976, le nouveau député Nicolas Girard soulignait sa satisfaction d'avoir amélioré le dernier résultat d'André Boisclair, alors qu'il termine avec près de 58% des voix. «C'est très satisfaisant, disait-il en fin de soirée. Les gens ont choisi de faire confiance à un jeune comme il l'avait avec André. C'est la preuve de la qualité de son travail dans le comté. Il laisse de gros souliers que j'ai envie de chausser.»

M. Girard, 32 ans, a aussi tendu la main à l'UFP, qui a réalisé un bon score dans Gouin. «Nous partageons beaucoup de valeurs communes, et j'espère qu'on aura l'occasion de continuer à échanger.»

De son côté, Amir Khadir, porte-parole national de l'Union des forces progressistes du Québec (UFP), s'est dit «agréablement surpris» des résultats de son parti dans Gouin et Laurier-Dorion, où les candidats de l'UFP ont récolté 8 % et 5 % du vote. «C'est très réjouissant. Ça montre que lorsqu'on fait vraiment campagne quelque part, ça peut marche», a souligné M. Khadir.
C’était la joie, hier soir, dans Vanier, à Québec, où le chef de l’ADQ, Mario Dumont, est venu saluer ses troupes après la victoire de Sylvain Légaré. Le premier ministre Jean Charest est arrivé tard hier soir au quartier général libéral de Laurier-Dorion, un château fort libéral que le PQ a réussi à arracher.
 
 
 
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